fr. de plus, ce qui ferait un total de 70,000 fr
La vérité est qu’au mois de novembre 1895, j’ai
emprunté à M. Charles Bertrand 20,000 francs, pour lesquels je lui ai remis des billets d’égale somme qui ont été renouvelés à leur échéance, pour lesquels je lui ai payé l’intérêt et l’agio; qu’au mois de mars 1894, il m’a escompté un nouveau billet de 10,000 francs qui a été renouvelé dans les mêmes conditions ; qu’au mois de juillet, enfin, je lui ai non emprunté 20,000 francs, mais vendu pour
20,000 francs d’actions du XIX^ Siècle, en payement desquels il m’a remis un chèque chez son banquier, M. Khan, 17, rue Scribe; total, 50,000 francs.
Entre le compte de M. Charles Bertrand et le mien, il y a donc une différence de 20,000 francs.
Existe-t-il une preuve, un commencement de preuve du prétendu premier versement de 20,000 francs que M. Charles Bertrand m’aui'ait fait au commencement de novembre et qui, en réalité, font double emploi avec ceux pour lesquels je lui ai souscrits des billets dans le courant du même mois? Non. Questionné à cet égard par le juge d’instruction, M. Bertrand a déclaré que sa comptabilité n’en portait aucune trace.
Il reste deux affirmations en présence, la sienne et la mienne. Qui croira-t-on? L’ex-tenancier ou le journaliste? L’homme qui s’est enrichi en exploitant des maisons de jeu et en prêtant de l’argent, ou celui qui s’est ruiné en défendant des idées généreuses et en mettant le public en garde contre les pièges des exploiteurs ?
Comme je n’ai jamais menacé M. Charles Bertrand et
comme la menace seule constitue le délit, il importe peu au point de vue de ma culpabilité ou de mon innocence juridiques que je lui aie emprunté 30,000 ou 50, 000 francs, que les opérations que j’ai pu faire avec lui roulent sur un chiffre de 50,000 ou de 70,000 francs.
Mais au point de vue de la pkjsiologie du procès, il est très intéressant de rechercher comment ces 20,000 francs supplémentaires ont été introduits dans le débat.
Voulant à tout prix fournir aux juges les éléments d’une condamnation, M. Isidore Bloch, qui était redevenu l’ami de M. Bertrand et qui le voyait tous les jours (*), avait dénoncé à M. Dopffer le fait Bertrand et l’avait fait dénoncer par son fidèle auxiliaire, le mouton de Ciercq. « M. Bertrand, dépose M. Bloch le 19 novembre, avant que M. Bertrand soit entendu, M. Bertrand m’a dit que pour faire cesser les attaques du XIX® siècle, il avait payé 20,000 francs. Je crois qu’il a payé davantage (2). » C’est sur cette donnée première que M. Dopffer a questionné M. Bertrand. C’est d’après elle qu’il a dirigé son inter-
(1) Déposition de M. Charles Bertrand.
(2) Comme preuve de la complicité de M. Heftler dans l’extorsion de fonds au préjudice de M. Charles Bertrand, dont j’étais accusé, le jugement de 1'* instance et l’arrêt de la cour disent que M. Heftler se serait plaint à de Ciercq de mon peu de générosité à son égard. M. Heftler a formellement et énergiquement nié le propos, qui est un des innombrables mensonges de de Ciercq, car je n’ai eu à me montrer ni généreux ni pas généreux à l’égard de M. Heftler, qui a ignoré les opérations que j’ai faites avec M. Charles Bertrand ; mais comme le propos était contraire à un prévenu, entre l’affirmation de M. Heftler et celle de de Ciercq, le ministère public et les juges ont préféré celle de la «petite crapule qui, d’après M. le substitut Thomas,« a l’habitude du mensonge ».
De Ciercq a aussi prétendu que M. Heftler lui avait raconté l’entrevue qui avait eu lieu chez lui entre M. Charles Bertrand et moi. « M. Portalis, a-t-il dit, était au piano. » Il a inventé l’hisloire pour faire le mot. Tout le monde a ri. Les juges ont été convaincus. Ce sont ces incidents d’audience qui décident le sort des procès criminels. La plaisanterie d’un mouton à la solde de la préfecture tient lieu de preuve décisive.
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rogatoire. Or, si M. Bertrand s’était borné à dire la vérité, il eût été impossible de trouver dans cette affaire prétexte à noursuites et à condamnation. Elle se serait effondrée d’elle-même malgré mon absence, comme s’était effondrée l’affaire Trocard et comme se serait effondrée l’affaire Bloch, si celui-ci à la dernière minute n’avait imaginé de dire que de Clercq était venu le trouver de la part du X/X® Siècle et avait partagé avec moi le produit de son chantage Hemerdinger. Il n’y avait qu’un moyen d’empêcher cet effondrement : c’était de faire dire à M . Charles Bertrand que, 'pour arriver à obtenir la cessation des attaques du Vieux Ponte, — ce sont les termes mêmes de sa déposition — il m’avait, « cédant à mes exigences », remis tout de suite 20,000 francs en dehors de ceux pour lesquels je lui ai ensuite signé des billets...
Mais, d’une part, comme je l’ai dit dans le précédent chapitre, M . Charles Bertrand n’avait plus à craindre les attaques du X/X® Siècle^ puisqu’il n’était plus tenancier, et il n’avait aucun besoin, d’autre part, de donner 20,000 iv, pour arriver à obtenir la cessation de ces attaques, puisque le XIX^ Siècle non seulement ne l’attaquait plus, mais le défendait.
Est-il enfin vraisemblable que M. Charles Bertrand qui, pour le payement des actions du X/X® Siècle^ avait tenu à me donner un chèque sur son banquier M. Khan, 17, rue Scribe, et qui, pour les 30,000 francs qu’il m’a prêtés, s’était fait faire des billets parfaitement en règle, m’ait remis ces premiers 20,000 francs sans me demander aucun reçu et sans s’arranger pour que ce versement laissât une trace quelconque?
Ce qui prouve d’ailleurs que cette accusation concernant le fait Bertrand a été bâtie de chic et sur des données matériellement fausses, c’est la teneur du réquisitoire écrit et du réquisitoire oral de M. le substitut Thomas.
Après les premiers versements, dit le réquisitoire écrit, les attaques diminuèrent sans pourtant cesser tout à fait. Puis le XIX^ Siècle ayant sans doute besoin d’argent, elles redoublent d'intensité^ au commencement àe 1894 ; Bertrand les apaisa un instant, en versant encore 10,000 francs à Portalis, le 10 mars, et, comme elles reprenaient le 25 mai suivant, malheureux fermier de cercle s’imposait un nouveau sacrifice, en remettant au même un chèque de 20,000 francs pour obtenir un peu de répit.
Le ministère public commet une première erreur en appelant M. Charles Bertrand le malheureux fermier de cercle; il ne l’était plus, ainsi que lui-même l’a déclaré à l’audience, depuis le mois d’octobre 1893; mais il en commet une autre beaucoup plus grave et plus difficile à comprendre en disant que M. Charles Bertrand m’a versé 10,000 francs, le 10 mars, 'pour apaiser les attaques^ qui avaient redoublé d'intensité au commencement de 1894. C’est dans le redoublement de ces attaques du « Vieux Ponte « que M. le substitut Thomas voit, ainsi qu’il l’a redit à l’audience dans son réquisitoire oral, la menace constitutive du délit de chantage. Comme pour la souscription de Vienne, il aura été le jouet d’une hallucination. Si, en effet, il avait pris la peine de consulter la collection du XIX^ Siècle, ce qui lui eût été facile, puisqu’il en avait fait saisir trois exemplaires, il aurait vu au commencement de Vannée 1894, le XIX^ Siècle ne contient pas V ombre d'une attaque contre M. Charles Bertrand, ni d’ailleurs contre aucun autre tenancier, ni contre aucun cercle. « Comment l’aurais-je pu, si je n’étais pas né, dit le héros de la fable? « Comment ces attaques auraientelles redoublé d’intensité puisqu’elles n’ont pas existé ?
M. le substitut Thomas renouvelle la môme erreur et y insiste dans son réquisitoire oral, quand il dit : 1® que les attaques du « Vieux Ponte «, « adoucies quand Bertrand
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menait de verser des fondSy reprenaient quand le XIX*’ Siècle avait de nouvelles eœigenees w (^) ; 2® que j’ai touché de M. Charles Bertrand « 70,000 francs en huit mois, du mois de novembre 189.3 au mois de juin 1894, c’est-à-dire au cours de la violente campagne du « Yieuœ Ponte » dans le XIX^ Siècle ^ (^).
Tout cela, c’est du roman, c’est de la fantaisie, c’est du reve, c’est de l’hallucination. Les attaques du « Vieux Ponte « n’ont pas « été adoucies quand Bertrand venait de verser des fonds « , puisqu’elles avaient cessé avant môme que je visse M. Bertrand; elles ne reprenaient pas quand le XIX^ Siècle avait de nouvelles exigences ^ puisqu’à partir de la fin d’octobre 1893 il n’a jamais été question dans le XIX^ Siècle de M. Charles Bertrand ou de ses frères que sur la demande expresse de M. Charles Bertrand, dans son intérêt, pour reprocher au préfet de police de se montrer si sévère à son endroit, alors qu’il était si indulgent pour les autres tenanciers; enfin, comment M. le substitut Thomas a-t-il pu dire que les versements de M . Charles Bertrand avaient eu lieu au cours de la violente compagnie du « Yieux Ponte «, puisque lui-même déclare qu’ils ont eu lieu en huit mois, de novembre 1893 au mois de juin 1894y et que du 28 décembre 1893 au 25 août 1894 il n'a pas paru dans le XIX*^ Siècle une seule lettre du « Yieux Ponte » (3)? La preuve matérielle est là dans la collection du XIX^ Siècle, On n’avait qu’à l’ouvrir pour se renseigner.
C’est ainsi que le ministère public écrit l’histoire et c’est d’après l’histoire ainsi écrite que les juges condamnent.
(1) « sténographie du réquisitoire de M. le substitut Thomas. »» [Revue dea procès célehreî^^ p. 2?0.)
(2) Ibid.
(8} Du 8 au 28 décembre 1893, il n’a paru dans le XIX* Siècle que deux lettres du « Yieux Ponte » , qui ne contenaient ni le nom des Bertrand, ni aucune allusion les concernant.
La principale raison — même la seule — sur laquelle se sont appuyés le réquisitoire et le jugement pour dire que M. Charles Bertrand aurait cédé à des menaces écrites provient donc d’une erreur matérielle, grossière et manifeste.
J’ai démontré, d’autre part, que M. Charles Bertrand, qui n’a pas déposé plainte, n’a jamais été de ma part l’objet d’aucune menace verbale explicite ou implicite. Je l’ai démontré par l’exposé des faits, par le récit de notre première entrevue, par le caractère de nos relations, par l’indication de quelques-uns des services qu’il m’a demandés et que je lui ai rendus.
Telle est cette affaire Bertrand.
Si j’avais menacé M. Charles Bertrand, si je lui avais demandé de l’argent ou si j’en avais accepté de lui pour ne plus l’attaquer, je soutiens que ce serait une infamie de m’avoir pour cela poursuivi et condamné quand tant d’autres dans la presse, dans la politique et dans les affaires ont employé et emploient encore cette méthode pour arriver à la fortune et aux honneurs. Car, enfin, qu’est-ce que le chantage? Où ça commence-t-il? Où ça finit-il? Qui est-ce qui fait le chantage, qui est-ce qui n’en fait pas ? Quand le chantage est-il déshonorant, quand est-il honorant? Quand est-il punissable, quand est-il récompensable? On a dit bien des fois que le premier homme qui avait fait du chantage était Jacob, quand il avait menacé Esaü de ne pas partager avec lui son plat de lentilles s’il ne lui cédait pas son droit d’aînesse. Et avant Jacob, Eve n’avait-elle pas fait du chantage comme toutes ses filles en font depuis le commen- 1 cernent du monde en disant à l’homme ou en lui donnant à entendre qu’elles ne lui accorderont ce qu’il demande que s’il leur donne ce qu’elles désirent? Le diplomate qui menace une puissance de la guerre, d’une guerre à coups de canon ou à coups de tarifs, si on ne lui accorde pas tels
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OU tels avantages ; le banquier qui vous menace de ne pas faire votre affaire si vous ne lui cédez pas une assez grosse part de bénéfices ; le propriétaire qui vous menace de ne pas vous louer sa maison ou de ne pas renouveler votre bail, et le commerçant qui vous menace de ne pas vous céder sa marchandise si vous ne lui offrez pas le prix qui lui convient ; le député qui menace le ministère d’une façon explicite ou implicite de ne pas lui donner son vote s’il n’obtient pas sur l’heure tant de bureaux de tabac, telle place, telle faveur pour lui, pour ses proches ou pour ses amis ; le maire d’une commune, qui menace le député de ne pas voter et de ne pas faire voter pour lui si on ne lui accorde pas à lui personnellement ou à sa commune ce qu’il demande ; l’électeur qui menace le candidat de ne pas lui donner sa voix, ne font-ils pas tous plus ou moins et d’après des procédés divers du chantage?
Dans un salon très élégant, j’entendais un soir une dame, qui occupe dans la politique une situation très importante et très en vue, faire ainsi sa profession de foi devant plusieurs hommes politiques parmi lesquels il y en avait de très purs : « Moi, quand le gouvernement ne m’accorde pas sur l’heure ce que. je demande, je m’aligne ! » Et ce disant, elle faisait avec une moue charmante et un appel de pied mutin le geste de l’escrimeur qui se met en garde. Quand elle appliquait son programme, ne faisait-elle pas du chantage?
Je ne parle pas de chantages autrement odieux : le chantage, dont je m’occupais tout à l’heure, des juges d’instruction disant aux accusés que s’ils ne se dénoncent pas eux-mêmes, « ils se mettront dans un mauvais cas « ; le chantage du ministère Dupuy, menaçant les journaux de les faire poursuivre et condamner s’ils, lui font de l’opposition ou du moins un certain genre d’opposition ; le chantage du même M. Dupuy, faisant insérer dans le Figaro du 20 janvier 1895 cette note abominable :
Les juges d’instruction semblent piétiner sur place, mais qui nous assure que dans le cas de votes trop accentués de la part de certaines individualités compromises ils ne reprendront pas une offensive meurtrière (’)?
Mais tout cela c’est le chantag^e permis, le chantage bien porté. Le seul chantage qui semble aujourd’hui prohibé est le chantage par la voie de la presse. En quoi donc consiste-t-il?
« Rien de plus net, dit M. Jean Richepin dans le Journal du 18 février 1896. Menacer de la plume et se faire payer pour ne point exécuter la menace, voilà du chantage !
« Mais, ajoute-t-il, ne se fait-on jamais payer qu’en argent ? Et passer la casse pour qu’on nous rende le séné, n’est-ce pas aussi strictement une façon de chantage? Et louer, au détriment des gens de talent, un médiocre qui vous solde en services, qu’est-ce donc ? Et se monter une galerie gratis en écrivant des salons? Et mettre au septième ciel, en la proclamant étoile, une mauvaise cabotine qui ne l’a été vraiment que sous le ciel de votre lit ? Et apothéoser pareillement la maîtresse d’un homme en place, celle d’un critique influent? Et tant d’autres péchés véniels en journalisme, qu’est-ce donc, si ce n’est pas aussi du chantage? »
Et un directeur de journal ou un journaliste quelconque, s’il a assez d’autorité pour cela, qui, au lieu d’argent, se fera donner dans un marché, dans une entreprise, dans une affaire, un intérêt qu’il revendra l’instant d’après quelques centaines de mille francs ou même quelques millions, ne sera-ce pas du chantage?
« De quel droit, concluait M. Richepin, déclarer maîtrechanteur celui qui se fait payer en argent et celui-là seulement? «
(1) Beaucoup de journaux ont publié à propos de cette note des articles intitulés ; Vote au chantage.
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Mais même quand le payement a lieu en argent, où commence le chantage?
M. Marcel Habert, député de Seine-et-Oise, dans son discours du 29 novembre 1895, accusait de chantage tous les journaux qui reçoivent des subventions de la maison de jeu de Monaco, prétendant que « si, à l’exemple des grands financiers, elle avait pris l’habitude d’avoir un budget de publicité, c’était pour fermer la bouche aux personnes trop curieuses « (^). Le même député signalait une curieuse inconséquence gouvernementale. Il montrait les ministres ordonnant des procès de chantage contre la presse et en même temps excitant la presse au chantage en permettant aux « établissements qui relèvent de son concours, comme la Banque de France, les compagnies de chemins de fer, le Crédit foncier de donner de l’argent aux journaux sous forme de mensualité ou autrement dit pour être à l’abri de leurs critiques p). « Ces établissements, s’écriait-il, font une besogne abominable. « Et s’adressant aux membres du gouvernement : « La démoralisation de la presse est en grande partie votre œuvre (^). «
D’après M. Millerand, il y a des journaux qui ne seront jamais accusés de chantage, ce sont ceux qui ont commencé par faire chanter le gouvernement en se faisant inscrire sur la liste des fonds secrets. Une autre opinion à citer dans le même ordre d’idées est celle de M. Carlier, représentant du syndicat des grandes compagnies de chemins de fer. Dans sa déposition devant la commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner le cas de M. Raynal, il a fait cette déclaration : « On a dit récemment qu’il y avait la presse honnête et l’autre. . . , les publicistes dont les noms
(1] Séance du 29 novembre 1894. Journal offlciél du 39.
(2) Séance du 13 février 189iS.
(8) Ibid,
figurent sur nos relevés, ceux-îà, je les considère comme les publicistes les plus honorables »». D’où un député 0 a tiré cette conclusion qu’il n’y avait de presse honnête aux yeux des grandes compagnies que celle qu’elles payaient. L’autre, c’est la presse qui n’est pas honnête, c’est la presse de chantage.
En somme, le délit de chantage oUf pour employer le terme juridique, le délit d’extorsion de fonds est un délit de fantaisie. Il existe ou il n’existe pas, selon le bon plaisir du gouvernement et des magistrats. C’est l’éternelle histoire des bons et des mauvais sujets. Pourquoi un tel n’est-il pas poursuivi? Parce qu’il a la grâce du gouvernement? Pourquoi tel autre l’est-il? Parce qu’il ne l’a pas.
Mais j’en reviens à mon cas particulier. Encore une fois, je n’ai jamais menacé M. Bertrand, jamais je ne lui ai demandé et jamais je n’ai accepté de lui de l’argent pour ne pas l’attaquer. Les opérations que j’ai faites avec lui n’ont en rien modifié l’attitude du X/X® Siècle à son égard ou à l’égard des tripots. Elle est restée après, exactement ce qu’elle était avant.
Les poursuites dirigées contre moi dans cette affaire sont plus monstrueuses encore que dans l’affaire Bloch. J’ai dit ce qu’était la plainte de M. Bloch. Le plaignant était de mauvaise foi, c’était un calomniateur, c’était un faux dénonciateur ; je l’ai démontré et je défie bien que personne à présent s’avise de soutenir le contraire. Au moins avait-on, pour me poursuivre, le prétexte de sa fureur, de son désir de vengeance, de sa plainte, tandis que dans l’affaire Bertrand, on n’en avait aucun : personne ne s’est plaint. Mais la justice, qui s’émeut si peu des extorsions journellement pratiquées par les tenanciers au
fl) M. Gustave Rouanet. Séance du 5 février 1890.
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préjudice des joueurs et des emprunteurs, a vu un haut intérêt social à venger malgré lui M. Charles Bertrand d’extorsions chimériques qui n’ont, en réalité, jamais eu lieu. On a dit que c’était une question d’ordre public, et on a poursuivi l’affaire. Eh bien, il est propre l’ordre public î
Pour bâtir cette affaire Bertrand, on est allé chercher un ex-tenancier, un prêteur d’argent qui se souciait si peu de se plaindre et de déposer contre moi que le jour où il avait été convoqué chez le juge d’instruction, il était parti pour la Belgique, un de ces hommes enfin que leur situation met dans l’impossibilité de rien refuser à la police, ou de résister à une interrogation d’un juge d’instruction, et on lui a extorqué, par une véritable manœuvre de chantage, une déposition mensongère. Qu’aurais-je pu faire, si je n’avais pas fait défaut, pour lutter c<*nire cette accusation? Je n'aurais sûrement pas été confronté avec M. Charles Bertrand avant l’audience, car, de nos jours, pour rendre le triomphe de l’accusation plus facile et plus certain, on ne confronte plus les témoins avec les accusés au cours de l’instruction. — Dans l’affaire des cercles, il n’y a pour ainsi dire pas eu de confrontations dans le cabinet de M. Dopffer. — A l’audience, j’aurais dit la vérité. M. Charles Bertrand stylé par la police, terrorisé par le président, lié par la signature qu’on lui a fait mettre au bas de ses dépositions à l’instruction, aurait balbutié le contraire, et, d’après le système de l’unique témoin, c’est lui qu’on aurait cru. Ce nouveau mode de justice pourxait s’appeler la justice des tenanciers de tripot, et, puisque ces hommes honnêtes sont crus sur parole, puisqu’en fin de compte ce sont eux qui jugent et qui condamnent, je me demande, en vérité, pourquoi on ne leur passe pas tout de suite la toque et la toge, et pourquoi on ne les fait pas moncer sur le siège. Ce serait plus simple et plus franc.
L’hilarant Crémieux et le faux témoin Pont-Jest.
Le Cercle de la Presse. — Charles Leroux et Sicre du Breilh.
— Ardisson dit d’Entrac, dit Fischer, dit le major Bob. — Feue Léonide. — Le légumier. — L’heure de la vengeance.
— Un petit bossu. — Un tenancier connu de.'^ maSstrats... ou des avocats. — Delmas, dit de Pont-Jest. — Je ^ejure!
— L’outiaw. — Un coup de tricaerie. — Le modèle des tripots. — Un bandit de cercles. — Chut 1 — Le vertueux Pont-Jest. — Un dessin de Forain : la rentrce au tripot. — Cadot de Villemonble. — Le Rougyff. — Pour prouver le faux témpignage.
Succédant à M. Isidore Bloch et àM. Charles Bertrand, voici maintenant à la barre des témoins, M. Josué Crémieux, alors directeur du Cercle de la Presse et du Casino de Luchon.
Le Cercle de la Presse? Les journalistes françai.-. s’étaient-ils donc réunis pour fonder un U?rcle de la Presse?
Le titre était un coup monté, comme on dit en argot de joueur. C’était une tricherie.
Dans un article de VÉcho de Paris du 21 avril, M. Henry Bauer a donné d’intéressants renseignements sur la fondation de ce cercle.