‹ Un guet-apens judiciaireChapitre 18 sur 47 · MADAME HUGOT, NÉE MULLER · texte numérisé non relu

MADAME HUGOT, NÉE MULLER

portai Pargent moi-môme à son cercle, près de l’Opéra. Il m’a rendu la somme.

Elle dépose ensuite que dans le courant du mois de mai ou de juin de la même année, el^e a reçu la visite de M. Hefder, qui est venu lui demander 5,000 ou 6,000 francs en lui disant que si elle ne les lui donnait pas, il la ferait attaquer par le X/X® Siècle,

M. Heftler n’a jamais eu le pouvoir de faire attaquer ni défendre qui que ce soit dan le XiX® Siècle, S’il avait dit le contraire, il se serait vanté.

L*a-t-il dit? 11 le nie formellement, mais c’est une affaire entre lui et Hugot. L.a seule chose qui m’intéresse personnellement et qui soit intéressante aussi pour la foule entière des justiciables, c’est de savoir comment j’ai pu être impliqué et condamné, ainsi que M. Girard, dans le procès dirigé à ce propos contre M. Heftler.

En supposant que Hugot ..’ait dit aux juges que la strie ce vérité, deux choses certaines résultent des termes mômes de ses dépositions : la première, c’est que M. Heftler ne s’est pas présenté à elle de la part du X/X® Siècle^ de M. Girard ou de moi, qu’il ne lui a pas demandé 5,000 ou 6,000 francs pour le X/X® Siècle ou pour quelqu’un du X/X® Siècle^ mais pour lui, Heftler, personnellement, de même que c’est pour lui personnellement qu’il avait antérieurement emprunté 300 ou 400 francs à la même M”^® Hugot sur des bijoux.

Mais alors où est le lien entre M"^® Hugot et le X/X Siècle?

Mme Hugot, dans la suite de sa déposition, va nous le dire :

Une campagne, dit-elle, sur interrogatoire de M. Dopffer, une campagne a été faite dans le journal le X/X* Siècle, je ?ie saurais dire à quelle époque exacte, mais '^ai reconnu des allusio^is à mon adresse.

Ainsi, une campagne de presse avait été dirii^ée dans le XIX^ Siècle contre Hugot, née r^uiJler, iVlarie- Clémentine, 34 ans, marchande à la toilette et prêteuse sur gages, exactement comme contre les cercles ouverts, contre le Pari mutuel, contre les trafics de l’Elysée, contre la Compagnie Transatlantique... Il ne respectait donc rien, ce XIX'^ Siècle?

M. Dopffei et le parquet se mettent à leur tour en campagne pour découvrir la grande campagne du XIX Siècle, contre Marie Ulémentine Hugot. On fouille la collection du XlX^ Siècle depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, on ne trouve rien concernant Hugot. Ce nom n’est pas imprimé une seule fois dans le journal.

Quelle est cette campagne d’un nouveau genre? La campagne « implicite ?», sans doute, celle qui ne se formule pas, mais qui n’en est pas moins terrible. M. Dopffi'r ajuste ses lunettes, M. Thomas met son lorgnon : ils ont beau chercher, ils ne découvrent rien, aucun indice, nulle trace de campagne « implicite « , même « déguisée ” .

Que résoudre? Jeter sa langue aux chiens? Abandonner la poursuite contre le XIX Siècle, contre Girard, contre Portalis? Fâcheuse extrémité. Avant d’en venir là, ils décident de faire appel au dévouement du « mouton «, du bon mouton qui n’est pas l’agneau sans tache, mais qui plu -, d’une fois, dans ce procès, a fait le salut de l’accusation. On amène de Clercq, qui fouille à son tour la collection du X7A® Siècle et qui finit par signaler aux magistrats deux lignes d’un long article de reportage de deux colonnes, paru le 26 avril 1894, un moi^ avant la visite de M Heftier à Hugot, à la deuxième page du XIX Siècle, sous le titre : Les couloirs du Palais de Justice.

Cet article que je n’avais pas lu, je l’avoue, avant qu’il m’ait été signalé par le compte rendu du procès du 13 février, se rapportait à l’affaire Talleyraiid-Périgord-

Page 1