I.e piisonnior détonu â Maz/as, comme
a-’jiteMs Jo prisonnier â§ k Bâ-stille, est complôtimant séquestré du monde, A rhorrour d§ k prisan vient aînii iS^ajoutor pour lui le tourment de rineartituda. Il m sait ((ju’une chose, c’ost .qu\on instruit oontro lui un au plusiaurg propùs^ olest que la polieo at k prassa sont an train da louillar sa \vie, cAest .qu’on ohercho activamant la testa de M plus ou mains élastique avec laquai on pourra la con» 4amner à passer des mois, des années, paut4tra la rasta de ^a \via dans la tombeau où il est enfermé.
Au bout de dk jours de secret, quelquefois plus, k fennnapaut obtenir de voir son mari deux fois par samaina, la yendredi et la lundi, oomma une bête fauve dans une ménagaria, à trayers daux grilles séparées par une espèce de vouloir de près d’ufi mètre, La visiteuse et le prévenu jSOüt enfermés en face l’un de T autre dans deux cages si étroites .qu’on peut à peine s’y asse.oir. Un atroce vacarme de conversations, de mis, de pîem's, de sanglots enipècha
i^) Ls/eni .4, OU'/ wA. SLci.Cu'.ic C^üteurs,1888,
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de s’entendre. Au bout de dix minutes, un quart d’heure au plus, un gardien ouvre la cage. Le temps est passé, d’autres attendent, il faut céder la place, s’en aller. Adieu...
Le mari et la femme se sont regardés, ils se sont trouvés déjà bien changés. Lui porte déjà le stigmate que le désespoir inscrit sur le front du prisonnier : qu’il soit condamné ou acquitté, il ne s’effacera plus. Elle a pensé à leur vie déchirée, à leur bonheur écroulé, à leurs espérances anéanties. Ils ont pleuré, ils n’ont rien pu se dire d’utile.
JX reste au pi'évenu la ressource de la correspondance, triste ressource !
Linguet nous dit qu’à la Bastille les lettres devaient être remises toutes ouvertes au greffe ou bien y étaient décachetées, que c’était pour les préposés à ce triage un amusement que la lecture de ces douloureuses lamentations, qu’ils se divertissaient un moment du ton sur lequel chacun des encagés soupirait (^). C’est la même chose aujourd’hui. LTn prisonnier de Mazas, l’année dernière, terminait une lettre à sa femme en lui disant « Je t’embrasse ”, et le préposé facétieux avait écrit au-dessous au crayon : « Moi aussi ! ”
Dès qu’une lettre, adressée au prévenu ou écrite par lui, contient quoi que ce soit d’intéressant, elle est interceptée ; le greffe la garde ; elle lui sera remise à sa sortie de prison.
A la Bastille, avec son argent on pouvait se procurer un fauteuil à la place de la chaise trop étroite. Dans nos prisons modernes, pareille faveur n’est jamais accordée sous aucun prétexte (^j.
Linguet raconte aussi qu’autrefois à la Bastille comme aujourd’hui à Mazas, « tous les prisonniers, même ceux
(1) Mémoires de la Bastille, p. 60.
(2) A la Bastille aussi avec son argent on pouvait faire du feu. C’était une distraction qu’on n’a plus aujourd’hui, toutes les cellules étant chauffées par des conduites d’eau cliaude.
qui par leur profession sont le plus étrangers aux manipulations du ménage, sont obligés de faire eux-mêmes leur lit et de laver leur cellule ” . S’ils se font prier ou s’ils s’y prennent mal, on les menace du cachot.
Je dirai de la prison préyeptive ce que j’ai dit de l’anthropométrie. Je veux hipn admettre qu’elle soit nécessaire pour les criminels que J’ipp^rcératiQn spule peut rendre inofFensifs ; mais quelle utilité de l’infliger à des personnes accusées d’un délit qui n’existait pas hier, qui n’existera peut-être plus demain? Que craint-on? Qu’elles s’enfuient? A cette objection, on peut d’abord répondre, avec M. Henry Maret, que leur fuite ne fait courir aucun danger à la société et que laisser échapper cent prévenus vaut mieux que de tenir injustement en prison, même pendant un jour, un seul innocent. J’ajoute que du jour où la prison préventive serait abolie pour les délits, les prévenus n’auraient plus les memes raisons pour prendre la fuite. Ceux qui ont un établissement, un intérieur, une femme, des enfants, une fanlille, des intérêts qui réclament impérieusement leur présence ne les abandonneraient à aucun prix s’ils ne savaient que, dans un instant, ils vont en être violemment séparés par l’arrestation préalable. La plupart des prévenus, enfin, il faut le dire, ont foi dans la justice et croient fermement à leur acquittement. Ils sont persuadés de l’excellence de leurs moyens de défense ; ils sont impatients de les faire valoir. S’ils prennent la ^uite, c’est uniquement pour échapper à la prison préventive.
La peine infligée par provision aux prévenus sous forme de prison préventive ('), dans une prison comme Mazas, produit, d’ailleurs, sur le physique et sur le moral des
(1) Dans l’affaire des Cercles, M. Trocard, ex-dirfcteur du journal la Paix, et M. Raoul Canivet, directeur du journal Paris, ont été ac-
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prévenus, des effets très différents, selon leur condition sociale. Pour les uns, c’est le plus humiliant et le plus horrible des supplices, — il arrive qu’on en meurt ; — pour les autres, ce n’est qu’un désagrément; pour d’autres, enfin, c’est une bonne fortune.
he soir de ma condamnation par défaut, ma femme dînait seule. Elle regardait ma place vide et ses larmes coulaient. La domestique qui la servait, fiile d’un pauvre paysan, jadis condamné à cinq ans de prison pour avoir essayé de fabriquer un peu de fausse monnaie, la voit pleurer, et pour la consoler : « Ah ! madame a bien tort de se faire tant de chagrin. On n’est pas si mal en prison. Mon père n’a jamais été si tranquille que lorsqu’il a fait ses cinq ans, et quand il est sorti de prison, il avait un pécule de six cents francs. Jamais il ne s’était vu si riche! »»
Tout est relatif. Pour le vagabond, ne vaut-il pas mieux coucher à Mazas que sous les ponts, un jour de bise ?
Au mois de septembre 1895, un pauvre diable de coiffeur, nommé Jean Reistroffer, âgé de dix-sept ans, simulait un vol, afin de se faire mettre en prison. La prison était son rêye. Rlle lui donnerait tout ce qui lui manquait ; de quoi m^uger, un abri, du travail, le moyen d’épargner un peu d’argent et de s’aclietep des vêtements respecta-
quittés ruii et l’autre et renvoyés des fins delà plainte sans dépens, mais non sans avoir fait l’un et l’autre deux mois et demi de prison préventive.
M. Merry, maire de Gien, arrêté à la suite de cette même affaire, avait été, comme je l’ai dit, condamné en première instance, le 28 février 1895, à quatre mois de prison. En appel, le jugement fut confirmé le 11 avril, mais avec application de la loi Béranger qpi. on le sait, dispense le condamné de faire sa prison. A cette époque, il ne restait plus à M. Merry que quim:e jours de prison à faire pour être libéré. Lui appliquer la loi Béranger dans ces conditions, n’était-ce pas démontrer l’iniquité de la prison préventive? Pans l’affaire Lebaudy, MM. Carie des Ferrières, Rosenthal, de Labruyère, Chariasolo, de Civry, ont également été acquittés apiès plusieurs mois de prison préventive.
blés, car avec ses haillons, aucun patron ne l’eût accepté (').
L’ambition du souteneur qui, durant les jours d’été, rôde et dort sur les fortifs est de se faire emprisonner pour six mois à Mazas, au début de la mauvaise saison. Une fois, au moins, par semaine, sa bonne amie ou sa mère, souvent les deux ensemble, lui apporteront du vin et de la mangeaille. En dépit de ses horribles tinettes, de sa vermine, de l’humidité qui suinte des murs, Mazas est pour lui un agréable lieu de retraite où il se voit délivré du souci quotidien du vivre et du gîte. Il s’y prélasse; il en sort frais et gras.
Est-ce que vraiment le sort de ce souteneur est comparable à celui d’un père de famille arraché à l’affection de sa femme et des siens, à son foyer, à ses habitudes, à son travail, à ses amis ?
Un homme âgé avait été récemment impliqué dans un procès dont les débats occupèrent plusieurs audiences. Il avait obtenu du secrétaire du parquet que, chaque soir, il serait reconduit à Mazas en fiacre. Un jour, par oubli, les gardes n’avaient pas été prévenus. On le fait monter dans la voiture cellulaire avec six ou sept souteneurs, qui se mettent à se moquer de lui et à lui reprocher de « faire
:,i) Petite République du 22 septembre 1895 et tous les autres journaux de la môme date.
Tous les journaux du 17 janvier 1896 ont publié le fait-divers suivant ;