‹ Un guet-apens judiciaireChapitre 5 sur 47 · LES ORIGINES DE L AFFAIRE DES CERCLES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE L AFFAIRE DES CERCLES

Il y avait donc des grecs, des grecs notoirement connus, des grecs avérés^ dans les maisons de jeu autorisées par le gouvernement et étroitement surveillées par la préfecture de police : c’est le préfet lui-même qui le proclame.

Quelques jours après le 12 octobre, le Temps publiait une nouvelle note de la préfecture de police, se terminant par ces mots :

Les cercles expulsent les gens interlopes et tel cercle très fréquenté a déjà opéré plus de vingt-cjnq radiations.

Ce que la note officieuse n’ajoute pas, c’est que tout ce monde de grecs avérés et de gens interlopes, à peine sortis du tripot par une porte, y rentraient par une autre. Il n’y avait de définitivement exclus, sous prétexte de tricherie ou d’interlopie, que les malheureux joueurs complètement décavés auxquels il était notoirement impossible de plus rien voler.

De cette situation, qu’il était nécessaire de connaître poui comprendre et, à plus forte raison, pour juger l’affaire des cercles, et que M. le substitut Thomas, s’il ne l’ignorait pas lui-même, s’est en tout cas bien gardé de faire connaître au tribunal, les conséquences sont fatales. Dès qu’un incident quelconque appelle l’attention sur les cercles ouverts, tout le monde se demande pourquoi on accorde des autorisations de cercle à celui-ci et pas à celui-là, pourquoi il n’y a pas à Paris vingt, trente, quarante, cent maisons de jeu, au lieu de huit, ou pourquoi ily en a huit au lieu d’une, pourquoi cet opulent monopole que ne compense aucune charge, aucune responsabilité, est sévèrement maintenu à un personnel d’anciens cochers, d’anciens laveurs de vaisselle, de ruffians toujours les mêmes. Chacun répond à cette question selon ses passions, ses désirs, ses rancunes. Dans la France Juim, M. Édouard Drumont avait dit déjà que « sur le produit de la cagnotte, il fallait

évidemment distraire les sommes considérables prélevées par le personnel de la préfecture de police qui, à tous les degrés, depuis le préfet j usqu*au dernier des agents, rançonne les maisons de jeu et surtout les pots-de-vin donnés aux ministres et aux députés opportunistes ». Il a vingt fois développé ce thème dans la Libre Parole. La note est la même dans tous les journaux d’opposition. J’ai eu la curio- \ sité de relever quelques-unes des opinions qu’ils ont émises I au moment de la fermeture du Betting, M. Casimir Périer I étant président du conseil.

« Les opportunistes ont fait du jeu une source d'immondes bénéfices. »

« Les hauts fonctionnaires du ministère de Vintérieur et de la préfecture de police vendent à beaux deniers comptants des autorisations de fonder des cercles à Paris. »

« Certains hommes politiques jouent auprès des cercles le rôle que les souteneurs jouent auprès des filles », etc., etc.

^ A la préfecture de policey disait la Lanterne du 9 octobre 1893, on déclare hautement qu'on ne peut rien contre les cercles parce que les tenanciers sont tous protégés soit par des hommes politiques, soit par des membres influents de la presse. . . Dans les tripots, on avoue qu'on n'a rien à craindre, parce qu'un grand nombre de fonctionnaires de la préfecture de police sont à la solde des tenanciers. »

Le X/X® Siècle n’en a jamais dit autant. Loin de là.

Quelle fut son attitude? Il publia sur les cercles ouverts — casinos — une série d’articles intitulés: Dessous de cartes et signés : Un Yieux Ponte, qui eurent un très grand succès. Dès le début, le Vieux Ponte déclarait que les opinions dont je viens de citer quelques spécimens et qu’il reproduisait étaient évidemment très exagérées, mais qu’il y avait là une situation illogique, anormale, illégale, inox-

LES ORIGINES DE l’ AFFAIRE DES CERCLES.

plicable, prêtant par conséquent aux plus fâcheuses interprétations, une situation enfin qui devait sérieusement attirer l’attention du gouvernement et des Chambres.

« Ou supprimez tous ces cercles ouverts, disait le Vieux Ponte, ou donnez à tout le monde l’autorisation d’en fonder en observant certaines formalités, ou rétablissez la ferme des jeux, mais de toutes les solutions la plus détestable, la plus honteuse, la plus compromettante pour la police et pour le gouvernement, c’est la solution hypocrite et louche d’aujourd’hui. Tant qu’elle sera maintenue, on dira que les hauts fonctionnaires de la préfecture de police sont payés par les tenanciers. »♦

Ces articles étaient en somme beaucoup plus modérés que ceux de plusieurs autres journaux, seulement ils furent écrits et publiés avec plus de suite, ils entrèrent dans plus de détails, ils dévoilèrent un plus grand nombre des innombrables trucs journellement et invariablement employés dans les cercles ouverts et dans les casinos pour dévaliser les joueurs naïfs et honnêtes. Le «Vieux Ponte», enfin, commit l’imprudence de revenir à la charge alors que les autres journaux, cédant à une vieille habitude qui souvent a fait l’insuccès des critiques de la presse, avait depuis longtemps passé à d’autres sujets sans que la ques- ' tion ait fait un pas. C’est bien là-dessus que comptent le profiteurs d’abus. Ils se disent : la presse se lassera, et toujours, en effet, elle se lasse.

M. le substitut Thomas fait un reproche au « Vieux Ponte » d’avoir nommé ceux qu’il appelle les gérants, 3’est-à-dire les tenanciers de cercles ouverts. Mais tous les journaux les ont nommés. Comment^ quand on parle d’un cercle ouvert, ne pas nommer le tenancier? Le plus souvent, au lieu de dire : « Allons aux Méridionaux, à l’Escrime, au Commerce et à l’industrie », on dit : < Allons chez Okolowitz, chez Bloch, chez Bellier... »

« Il couvrit les tenanciers d’injures, continue M. Thomas, eux et leurs tripots. «

J’ai relu les Lettres du « Vieux Ponte « , je n’y ai pas vu d’injures. Sur le compte des tenanciers, le « Vieux Ponte »» n’a fait que répéter ce qu’on avait pu lire déjà dans beaucoup de journaux et de livres, que tel tenancier est un ancien cocher, tel autre un ancien cuisinier, tel autre un ancien placier en parfumerie, tel autre un ancien frotteur... Il fallait bien dire à qui le gouvernement garantissait le monopole des jeux : ce ne sont pas des injures.

Sur les manœuvres de ces messieurs, le « Vieux Ponte »» n’a fait que répéter, préciser et développer dans ses Lettres ce que M. le préfet de police avait dit avant lui, avec la haute autorité qui lui appartient, et ce qui a été dit depuis à la tribune de la Chambre, sans soulever de la part du gouvernement la moindre protestation.

De même que, dans la campagne qu’il fit à la même époque contre le Pari mutuel (^), de même que dans toutes ses autres campagnes politiques, sociales ou économiques, le XIX^ Siècle n’avait, dans sa campagne contre les cercles ouverts, d’autre but que de servir l’intérêt public, d’être utile à ses lecteurs en les intéressant. A propos du Pari mutuel, il disait, avec M. l’abbé Lemire, que « l’argent risqué aux courses était souvent le salaire qui nourrit la famille, la retraite qui assure les vieux jours (2) et, avec le député socialiste Faberot, que « le pari mutuel était une excitation au suicide et à la misère (•) », mais au moins le pari mutuel rapporte à l’Etat 14 millions, qui sont employés à des œuvres utiles, tandis que tout l’argent des cagnottes

(1) Voir le XJX* Siècle de Janvier et février 1894.

(3) Séance de la Chambre des députés, du 5 décembre 1895. Journal officiel du 6,

(3) Ibidem.

LES ORIGINES DE l’ AFFAIRE DES CERCLES.

des cercles ouverts va s’engouffrer dans les poches des tenanciers.

Cette campagne contre les cercles ouverts était d’autant plus à sa place dans le XJX® Siècle qu’elle permettait de saisir sur le vif le pharisaïsme menteur de ce groupe de jeunes politiciens qui prétend gouverner au nom de la vertu et dont l’un des membres, M. Poincarré, le bras droit de M. Charles Dupuy, a fait un jour à la tribune, en réponse à une interpellation de M. le vicomte d’Hugues, cette prétentieuse déclaration (^) :

Pour nous, nous ne trouverons jamais que la vertu aille trop loin et nous n’avons besoin pour la suivre d’aucune interpellation.

(1) La, question des cercles ouverts et casinos n’a pas été close par le procès du XIX* Siècle, mais peu de journaux osent en parler dans la crainte d’étre soupçonnés ou même accusés de chantage.

Au mois de juin 1895, on apprit le suicide d’un inspecteur général de l’université, qui fut peut-être à tort attribué à des pertes de jeu:

« On vit M. X..., dit à ce propos M. Henry Fouquier, dans le Rappel du 7 juin, courir les villes d’eaux, où, sous l’œil vigilant et complaisant de l’administration, fleurissent les tripots. Car c’est là une des beautés de notre système en cette matière que le pouvoir flétrit le jeu et concède des privilèges de jeux ; interdit aux citoyens de fonder des cercles et protège ceux qu’il a autorisés, brei, pratique, au milieu do contradictions sans nom, le plus singulier des arbitraires. M. X... se mit donc à jouer et flt partager ce goût à sa femme. Il perdit naturellement. »

Au mois de septembre 1895, le Temps et plusieurs autres journaux ont « fait observer avec raison que les cercles ouverts ou soi-disant fermés, mais accessibles à tout venant, et les casinos, que, dans l’intérêt de tout le monde, ü faudrait avoir une loi, une règle, sortir de l’arbitraire, toujours fâcheux, souvent suspect. A l’heure présente, 1 incohérence est absolue. Il y a, à Paris, des cercles qui sont des maisons de jeu, dont la préfecture de police a octroyé la licence à quelques privilégiés, qu’elle ferme aussi bien qu’elle les a ouverts, sans raison, et elle refuse à Pierre ce qu’elle a accordé à Paul. Pourquoi? Bien fln qui le dira. En province, c’est la même chose » .

L^unique témoin.

La preuve par témoins en matière civile et en matière crimiminelle. — Votre ennemi, c'est votre juge. — La moralité des témoins. — Un portrait de M. Isidore Bloch, par M. Henry Bauër. — La carrière de M. Isidore Bloch racontée par son agréé. — On demande un bon génie? — La vie d*un cercle ouvert, c’est le vol. — 450,000 francs de frais. — Baccara. — Le juge et le philosophe. — Au revoir, cher M. Ardisson! — Les tenanciers et l’épuration. — Une caverne de menteurs.

Sous la Révolution, on guillotinait; après la Commune, on fusillait les gens sur la simple dénonciation d’un ennemi. Maintenant on vous emprisonne, on vous déshonore, on vous ruine, au besoin on vous fait mourir sur l’unique témoignage d’un tenancier de tripot dont vous avez révélé les vols, d’une femme à laquelle vous avez déplu, d’un mouchard qui est payé pour mentir, de n’importe qui.

En matière civile, quand il s’agit d’intérêts matériels, on montre une grande défiance de la preuve par témoins. On suppose qu’ils peuvent se tromper ou vouloir tromper. Pour qu’elle soit acceptée au-dessus de 150 francs, il faut qu’il y ait un commencement de preuve par écrit. Jamais, dans tous les cas, les parties en cause ne peuvent être entendues comme témoins.

En matière criminelle ou correctionnelle, quand il s’agit

l’unique témoin.

de l’honneur et de la liberté des gens, on n y met pas tant de façons. La preuve par témoins est admise sans condition, sans restriction.

Mais avant l’avènement du ministère Dupuy et la nomination’ à Paris comme procureur de la République de M. Chenest, on n’avait jamais vu, au moins je le crois, cette monstruosité : un tribunal régulier condamnant les gens sur la déposition d’un unique témoin qui est en même temps le dénonciateur et le plaignant. Voici, par exemple, M Isidore Bloch : il est à bon droit attaqué dans le X/X® Siècle, Pour se venger, il se plaint qu’on ait voulu le faire chanter. Le tribunal le croit, malgré les dénégations de l’accusé. Ainsi le dénonciateur devient juge, et comme le dénonciateur poursuit une vengeance personnelle, l’accusé est jugé par son ennemi, ce qui est le renversement de toute idée de justice. C’est l’ennemi qui prononce sur la culpabilité. Le tribunal ne fait qu’appliquer la peine.

Quelle est la moralité de ce dénonciateur, érigé à la dignité de juge souverain? Quelle raison le tribunal a-t-il de le croire sur parole? Qui prouve que c’est lui l’honnête homme plutôt que l’accusé?

Rien sur ce point n’a été négligé pour tromper le tribunal. On a fouillé la vie des accusés depuis leur jeunesse, depuis leur enfance. En ce qui me concerne, on est allé ramasser dans les plus infects ruisseaux les plus infâmes calomnies. Quand on n’a rien trouvé, on a inventé'; on a cyniquement affirmé le contraire de la vérité. On a servi ce ramassis de mensonges au tribunal en lui disant : Voilà les faits qui établissent la moralité de l’accusé. Mais de la moralité de l’unique témoin dénonciateur et plaignant, pas un mot. Le ministère public, les commissaires de police, les huissiers lui témoignaient le plus grand respect, de telle sorte que le tribunal a très naturellement pu penser que le directeur politique du X/X® Siècle était un

affreux gredin, tandis que le directeur du Cercle de rEscrime était un brave et digne homme, ayant passé sa vie à donner dans son Cercle de la rue Taitbout et dans son Casino de Dieppe, Texemple de toutes les vertus publiques et privées.

Personnellement, je ne dirai rien de mon accusateur, que je n’ai jamais vu. Je me contenterai de citer, pour qu’on puisse se faire une idée du personnage, ce passage d’un article écrit par mon confrère Henry Bauër, dans VÉcho de Paris du 26 novembre 1894, au lendemain du jour où on venait, sur la plainte du tenancier, d’ordonner mon arrestation :

M. Isidore Bloch était, il y a une dizaine d’années, placier en parfumerie. Mais ce métier peu lucratif ne lui suffisant pas, il s’immisce à un tripot, les Arts libéraux depuis fermé par la police, et y occupe une fonction vague entre le garçon ieu et V allumeur de partie. Ses rapports avec le tena*" .leu

paraissent avoir été orageux et accidentés, car i ^ou obligé de quitter la place. Deux ans plus tard, le •* cercle ♦♦ de la rue Taitbout est fondé, et comme la partie languit, on choisit une direction capable de ramener les banquiers, d’exciter les pontes, d’enfler la panse de la cagnotte, et voilà Bloch prince des croupiers. Sous son administration habile, le tapis vert bat son plein ; les années de vache grasse se succèdent. Notre homme devient un monsieur; il porte beau, mène grand train d’équipage et s’affirme dans tous les lieux de plaisir. Il est opulent, content de soi, traité avec les égards dus à sa rapide fortune et, l’ambition de l'honneur lui étant venue, il aspire au ruban rouge.

Évidemment, M. Isidore Bloch est un homme honorable, de probité scrupuleuse, qu’un maître-chanteur prétendit victimer. Sous sa gestion, son « cercle « s’est trouvé à l’abri du soupçon et les écus tombèrent dans sa cagnotte et sa poche comme viennent les alouettes au miroir. Il s’empressera donc, pour confondre ses infâmes calomniateurs et prouver la vanité de leurs allégations, il s'empressera de réclamer une enquête

l’unique témoin.

minutieuse sur les pratiques, les coutumes et les incidents de sa maison. M. Dopfier, juge sévère et inaccessible aux influences, ne manquera pas d’y acquiescer.

Le gouvernement, de son côté, est tenu à une œuvre de moralité et de réparation, à moins d’être accusé, comme certains le prétendent, de se réjouir de ce triste incident. Le jeu a causé depuis une dizaine d’années trop de scandales, de canailleries et de malheurs. Il faut en finir. Frapper les maîtreschanteurs, c’est bien, à condition que les hauts fonctionnaires ne marchent plus ** la main dans la main »» des tenanciers et que le déshonneur de Portalis ne soit pas la consécration de Bloch.,..

A ce moment déjà, les magistrats, la police, toutes les autorités constituées paraissaient attacher à la plainte de l’ancien placier en parfumerie une telle importance, et la nouvelle du mandat d’arrestation lancé contre moi avait si bien dérouté l’opinion, que M. Henry Bauër lui-mème, malgré sa rare indépendance d’esprit, admettait, on le voit, la possibilité que j’aie voulu faire chanter M. Isidore Bloch et que je puisse être déshonoré î

A l’appui de l’article de M. Henry Bauër, je pourrais aussi donner quelques extraits du compte rendu du procès entre M™® veuve Lachaud, la veuve de l’ancien éditeur de la place du Théâtre-Français, et M. Isidore Bloch, procès dans lequel MM. les agréés Magoyhié, pour Lachaud, Sabatier, pour M. Isidore Bloch, ont prononcé de bien intéressantes plaidoiries. Précisément, la sténographie de ces deux plaidoiries se trouvait, au moment de mon départ, dans un des tiroirs de mon grand bureau Louis XIV, au milieu de ma bibliothèque. M. Clément l’a saisie avec mes autres papiers. Les magistrats du parquet l’ont donc lue. Pourquoi ne Tont-ils pas jointe au dossier remis à M. le président Levrier? Ces documents auraient édifié les juges de la 11® chambre sur la moralité de l’honorable personnage qui, par sa plainte, avait mis en mouvement toute la

machine judiciaire. Ils y auraient trouvé l’histoire de M. Isidore Bloch et du Cercle de l’Escrime, racontée non d’après la méthode de M. le substitut Thomas, mais avec faits et documents à Tappui. Cette double histoire, histoire vraiment parisienne, comme disent les journaux boulevardiers, a tout l’intérêt d’un petit roman à la fois naturaliste et philosophique. On y voit se dérouler la carrière du tenancier. Il débute au Cercle des Arts libéraux, dans un milieu subalterne, puis devient allumeur de partie. Il a la confiance du directeur, mais bientôt ce directeur se prétend trompé, volé, fait signer à son homme de confiance des reconnaissances et le chasse. Voilà notre futur plaignant sans ressources et sans position. Précisément à cette époque, le Cercle de l’Escrime périclite, la faillite le menace. Pourquoi? L’agréé de M. Bloch, M. Sabatier, nous en a donné la raison dans sa plaidoirie du 7 octobre 1893. Parce que, pour qu’un cercle marche, il faut un « bon génie « qui sache faire produire la cagnotte. Il faut quelqu’un « pour allumer la partie », pour « prêter de l’argent aux joueurs »» ('). Ce bon génie sera M. Isidore Bloch. Sous son règne, la cagnotte de l’Escrime a produit, du 5 août 1884 au 4 novembre 1886, plus de 1 million (chiffre officiel) de bénéfice net, somme à laquelle il faut ajouter les appointements des membres du comité qui s’élevaient alors annuellement à 79,200 francs et les frais du cercle s’élevant à plusieurs centaines de mille francs.

Mais comment M. Isidore Bloch avait-il pu s’y prendre

(1) Oe <iui montre à quel point la préfecture de police se moque du monde dans cette question des cercles ouverts, c’est qu’au moment où M. Isidore Bloch faisait cette profession de foi par l’organe de son agréé et proclamait la nécessité, pour faire marcher un cercle, de ,:rêter aux joueurs, M.le préfet de police Lépine venait de faire annoncer solennellement qu’il interdisait les prêts d’argent dans les cercles et de faire expulser de leurs aprcles les frères Bertrand, parce qu’ils prêtaient aux joueurs.

l’unique témoin.

pour faire produire, du jour au lendemain, de pareils résultats à la cagnotte ou, en argot de joueur, pour engraisser ainsi dame Joséphine?

Les plaiaoiries et les dossiers de M®® Magoyhié et Sabatier contiennent à cet égard les documents les plus édifiants, les plus probants ; mais comme ils sont, pour la plupart, de nature à nuire à l’honneur et à la considération de M. Isidore Bloch, je m’exposerais, en les transcrivant ici, à me faire poursuivre e core pour diffamation ou même, d’après la nouvelle méthode, pour chantage.

Au reste, M. Bloch s’y est pris comme s’y prennent tous les tenanciers. Le vol, dans les cercles ouverts tels qu’ils sont acuieliement organisés, n’est pas seulement une habitude, c’est une condition d’existence. Sans le vol, les tenanciers n’arriveraient pas à couvrir leurs frais, à plus forte raison n’arriveraient-ils pas à gagner en un tour de main, comme ils le font aujourd’hui, des fortunes princières.

Au Cercle de la Presse, les cotisations étaient de 20 francs par an pour les journalistes, et comme il n’existe pas de signe distinctif auquel on puisse reconnaître un journaliste, tous ceux qui fréquentaient ce tripot se disaient journalistes. Mettons qu’il y eut 2,000 membres. Cela faisait une recette de 40,000 francs. Dans d’autres cercles ouverts, on ne paye pas de cotisation du tout.

M. Josué Crémieux, ancien tenancier du Cercle de la Presse, dans une interview publiée par le Temps du 24 avril 1894, nous donne les indications suivantes :

« Nous avons une dépense annuelle de 450,000 francs, dans lesquels il faut compter 80,000 francs de loyer et 100,000 francs pour la table.

— Cent mille francs pour la table?

— Mais oui. Nous tenons ici table ouverte de repas à 5 francs qui valent en réalité 15 francs. De plus, il est quelques membres qui ont leur couvert mis toute l’année sans avoir bourse à

délier. D’autres aussi touchent des mensualités importantes (^).

Pour arriver à couvrir ces frais énormes et par-dessus le marché à s’enrichir, il faut de toute nécessité ajouter au produit avoué de la cagnotte le produit inavoué et beaucoup plus considérable du bourrage, de l’étouffage, du vol au change, de la préparation des cartes, en un mot, du vol sous les mille et une formes où il se pratique dans les cercles ouverts et dans les casinos.

Pour se renseigner, les juges de la 1 1® chambre auraient pu lire le beau roman d’Hector Malot : Baccarat dont la publication en feuilleton dans le XIX^ Siècle aurait pu, tout aussi bien que les lettres du « Vieux Ponte», être considérée comme une menace implicite et même explicite. Ils auraient pu aussi recourir aux lumières de leur collègue M. Dopffer, auquel le fameux Ardisson, celui qui s’était fait recevoir au Cercle de l’Union artistique sous le nom de comte d’Entrac, avait apporté plusieurs exemplaires de son intéressante brochure Le guide du joueur (^). Les longues et fréquentes entrevues du juge et du philosophe n’ont pas été un des incidents les moins curieux et les moins suggestifs de cet étonnant procès des cercles, et ce n’est pas sans un complet ahurissement que le public qui stationnait dans les couloirs du palais et qui connaissait M. Ardisson de réputation, voyait le redouté M. Dopffer reconduire jusqu’au delà de sa porte le redoutable philosophe, le saluant très bas, lui serrant affectueusement la main et lui disant à

p) C*était le cas de M. René de Pont-Jest, qm avait une mensualité de 2,000 francs, outre la table et le couvert.

(2) Dans sa brochure Le guide dujoueur, M. Ardisson donne un certain nombre de figures indiquant la manière dont s’y prennent les croupiers pour « étouffer » des jetons dans les cercles ouverts et casinos. Il raconte aussi nombre d’anecdotes intéressantes, entre autres comment, à Luchon, en 1886, l’étonffac^ produisit, en deux mois, 7.50,000 francs. P. 5.

l’unique témoin.

haute et intelligible voix, de manière à être entendu d( tout le monde : « Au revoir, mon cher monsieur Ardisson. au revoir, et revenez bientôt; vos visites me font toujour le plus grand plaisir (*). >»

Le tenancier de tripot, promu à la dignité d’accusateur public et de juge, apportera fatalement dans le prétoire ses habitudes de tromperie. Il trichera la justice comme il triche les joueurs. Il y mettra d’autant moins de scrupule qu’il sent derrière lui la police qui, si elle ne l’inspire pas, l’excite et l’encourage, que celui contre lequel il va porter son faux témoignage est un ennemi, que cet ennemi est à terre, qu’en le chargeant il ne court aucun risque, qu’au contraire, il se fait bien venir du gouvernement et des magistrats auxquels il apporte son précieux concours dans leur œuvre d’épuration.

Aussi n’est-ce pas sans raison qu’on a pu dire de la salle des témoins, pendant l’affaire des cercles : C’est une

caverne de menteurs ! *♦

(1) M. Henry Fouquier a fait allusion à ces visites dans le passage d une chronique du XTX’’ Siècle, du 20 mars 1895.

Le caractère excessif et par conséquent dangereux du pouvoir des luges d’instruction, s’est montré en son plein lors des derniers procès pour affaires de chantage.

On a vu à ce pr«pos ces choses absolument monstrueuses : la communication avouée de dossiers concernant les particuliers, faite à un particulier par la préfecture de police, et les demandes de renseignements faites par un juge d’instruction à un filou avéré lui apportant de prétendues révélations. Ce sont là des faits d’une gravité extraordinaire, on ne paraît pas avoir voulu le comprendre et la justice, si peu curieuse de connaître les choses lorsqu’il s’agit, en rouvrant l’enquête sur la mort du général Ney, de rendr.- peut-être l’honneur à la mémoire d’un soldat, trouve toute naturelle l’inutile curiosité d’un juge qui s’offre des entretiens secrets avec un filou.

On prête aussi le mot suivant à M. Aurélien Scholl, qui avait été entendu comme témoin : «Avec le monde que reçoit Dopffer, il est étonnant qu’on ne lui ait pas encore escamoté sa montre ou étouffé son porte-monnaie. » (Foia? de Paris du 21 mars 1895.)

Affaire Bloch : 1® La plainte du tenancier.

Le fameux Z... — Le coup du lorgnon. — La proposition Trocard. — Il ne connaît ni M. Girard ni M. Portalis. — Un an après. — Qu’on décore Isidore I — M. Bloch assigne le XIX^ Siècle en diffamation. — Le XIX^ Siècle se défend.

— Le procès de Lachaud. — Que se passe-t-il? — Gonciliabules avec M. Puibaraud. — M. Chenest est nommé procureur de la République à Paris. — M. Isidore Bloch dépose sa plainte en chantage. — Les tenanciers transformés en vengeurs de la vertu. — Un tissu d’erreurs matérielles et d’invraisembla ces. — L'agent de Clercq. — De Clercq se prése^^ te de la part de la préfecture de police.

— Ce qu’eût fait un magistrat non prévenu.

C’est en septembre 1893 que commence la campagne des cercles ouverts. Elle est menée par toute la presse. On raconte les scandales qui, à diverses époques, ont appelé l’attention sur les maisons de jeu, notamment sur le Cercle de l’Escrime. On cite des négociants et des industriels qui ont fait faillite, des malheureux qui se sont fait sauter la cervelle après que la cagnotte de M. Isidore Bloch avait englouti jusqu’à leur dernier centime. On nomme des « grecs avérés »» qui fréquentent son établissement et qui taillent, comme on dit, pour la maison ou de compte à demi avec le tenancier. Le Vieux Ponte » rappelle l’histoire du commandant Léon, celle de l’inventeur du trichage au tarot, celle du fameux Z..., condamné je ne

AFFAIRK BLOCH. — LA PLAINTK DU TENANCIER. 137

sais combien de fois pour vol au jeu, notamment à Lille, où il avait exercé ses talents au bal de la préfecture. Chaque fois qu’il prenait une banque à TEscrime, Z... commençait par gagner. Toutes ces banques étaient ce qu’on appelle, en argot de joueurs, des banques rasoirs. Puis, à un moment donné, il mettait son lorgnon. C’était le signal convenu. Aussitôt M. Isidore Bloch et un de ses associés faisaient banco sur les deux tableaux et invariablement Z... perdait. Les joueurs clairvoyants, les affranchis (^), avaient fini par découvrir le truc et l’appelaient le coup du lorgnon.

Ces révélations du « Vieux Ponte » étaient d’autant plus désagréables à M. Isidore Bloch que tous ceux qui fréquentaient depuis quelques années le Cercle de l’Escrime et le Casino de Dieppe y avaient trouvé l’explication de faits dont ils avaient été journellement les témoins. M. Isidore Bloch ne s’en émut pas. Puis, comme les journaux ne peuvent pas parler indéfiniment de la même chose et comme décidément la préfecture de police et le gouvernement paraissaient bien décidés à se boucher les oreilles et à ne pas tenir compte de tout ce que pourrait dire la presse au sujet des tripots patentés, la campagne cessa. Les journaux parlèrei^t d’autre chose.

Pendant que la campagne durait encore, au mois d’octobre 1893, M. Trocard, directeur du journal la Paiccy après avoir pressenti un certain nombre de journaux, avait réuni les tenanciers de cercles ouverts au restaurant Bignon, avenue de l’Opéra, et leur avait proposé de faire un fonds de publicité destiné à passer, avec ces journaux, des traités semblables à ceux de la maison de jeu de Monaco. Ce fonds de publicité devait, selon lui, s’élever

(1) On appelle affranchis les joueurs qui sont au courant des divers modes de tricherie.

n nnuelloment à 150,000 francs, plus 10 p. c, de commission pour son rôle d’intermédiaire. D’après les dépositionvi Je certains tenanciers, il aurait ajouté que si ces proposilions n*étaient pas acceptées, les attaques dans certains journaux redoubleraient et qu’il y aurait à la Chambre des interpellations (^).

M, Trocard, dans ses dépositions devant le juge d’inrruction, a déclaré que \e XIX^ Siècle complètement n dehors de ses négociations, qu’il ne lui en avait pas ;»arlé, qu’il ne connaissait pas M. Girard ni M. Portalis.

' e fait, d’ailleurs, a été reconnu par le tribunal et même »ar la prévention.

M. Bloch avait repoussé la proposition de M. Trocard et Mvait engagé ses collègues des autres tripots à en faire îiutant, mais il n’avait pas eu l’idée que M. Trocard ait voulu faire du chantage.

A la même époque, en octobre 1 893, il avait reçu la visite du nommé de Clercq, qui ne faisait pas alors partie de la rédaction du XIX^ Siècle, et qui se présentant à lui, non de la part du XIX^ Siècle, mais comme autorisé par J a préfecture de pohce, l’avait engagé à offrir de l’argent au X7X® Siècle pour qu’il cessât de publier des articles contre les cercles ouverts. M. Isidore Bloch avait refusé et avait remis à de Clercq, sur sa demande, pour son compte personnel, 500 francs ; mais il n’avait pas songé à rendre le XZX® Siècle responsable de cette démarche, pas plus que de celle de M. Trocard. Il n’avait vu ni dans l’une ni dans l’autre aucune tentative de chantage. Il n’avait déposé aucune plainte.

Une année se passa,

A la fin de septembre de Tannée suivante (1894),

(U Déposition de M. Isidore Bloch devant M. Dopffer et autres.

alors que, depuis un an, le nom de M. Isidore Bloch n’avait pas été imprimé dans le X7X® Siècle y le bruit se répandit qu’à l’occasion des fêtes officielles qui devaient avoir lieu à Dieppe, en l’honneur du cœur de Duquesne, M. Isidore Bloch sollicitait la croix de la Légion d’honneur qu’il avait failli, disait-on, obtenir quelques années auparavant. Le « Vieux Ponte »» alors publia (19 septembre 1894) une lettre où il se moquait des prétentions du tenancier, Il recommandait aux auteurs de chansons de café-concert ce refrain : « Qu’on décore Isidore ! »

Le « Vieux Ponte »» se serait sans doute borné à cette innocente épigramme si M. Bloch n’avait lui -même repris l’oâensive.

Blessé au vif, ne se contenant plus de colère, M. Isidore Bloch jure de se venger. Comment? S’il croit vraiment, comme il l’a prétendu plus tard dans sa plainte et dans ses dépositions, que le X7X® Siècle a voulu le faire chanter un an auparavant, en octobre 1893, il ne balancera pas ; ou il déposera plainte, ou il assignera directement en chantage. Mais il ne le croit pas, il sait le contraire. L’idée de prétendre faussement que le X7X® Siècle a voulu le faire chanter ne lui vient pas, ou si elle lui vient, il la repousse comme Impraticable et dangereuse. Cependant, il court chez ses hommes d’affaires. Il expose minutieusement les faits depuis l’origine à son avoué et à son avocat. Ensemble ils délibèrent. Ils ne voient d’autre vengeance possible qu’un procès en diffamatian et M. Bloch assigne le X7X® Siècle en diffamation non devant le tribunal de la Seine, qui semblait cependant la Juridiction naturelle pour un procès entre le tenancier du cercle de la rue Taitbout et le journal parisien le X7X® SiècUy mais devant le tribunal de Dieppe. L’assignation est du 25 septembre

Attaqué, le X7X® Siècle était bien obligé de se défendre. Ne pouvant faire devant le tribunal la preuve des faits qu’il

avait avancés (^), il résolut de la faire avant le procès dans le journal, afin d’établir sa bonne foi et d’édifier les juges.

En conséquence, il annonça qu’il allait publier l’idstoire du Cercle de l’Escrime depuis sa fondation d’après les pièces et documents lus à l’audience du tribunal de commerce de la Seine, le 7 octobre 1893, par M**®® Magoyhié et Sabatier agréés , dans le procès entre V® Lachaud et M. Isidore Bloch. Aussitôt la publication commença...

Que se passa-t-il? Des personnes fort bien renseignées m’ont affirmé que M. Isidore Bloch avait eu à cette époque de fréquentes conférences avec M. Puibaraud, grand machinateur de ces odieux procès, où le droit commun sert de paravant à l’exécution de vengeances politiques ou policières (^) ; que de son côté M. Puibaraud avait eu de nombreuses conférences avec M. Charles Dupuy, président du conseil et ministre de l’intérieur.

Ce qui est certain, c’est que M. Isidore Bloch qui, le 25 septembre 1894, ne croyait pas que le XIX^ Siècle eût jamais voulu le faire chanter, puisqu’à cette date il l’assignait en difiamation, changea d’avis subitement. Tout à

P) Comme je l’ai fait remarquer, les tribunaux ne considèrent pas les tenanciers de cercle comme faisant appel à l’épargne ou au crédit et ne permettent pas contre eux la preuve.

(2) M. Puibaraud a été longtemps chef du cabinet du préfet de police Il est ensuite passé au ministère de l’intérieur, comme « inspecteur général des services administratifs du ministère de l’intérieur » , puis revenu à la préfecture de police avec des fonctions très importantes dont j’ignore l’exacte dénomination. Il aurait, d’après ce que j’ai lu dans les journaux, la direction de trois services : recherches, identité, sûreté. Il est l’auteur d’un livre intitulé les Malfaiteurs de profession ^ parmi lesquels il fait figurer les usuriers, mais où il se montre très indulgent pour les préteurs de cercle et ne dit rien des tenanciers.

M. Puybaraud, «d’origine périgourdine, aurait débuté au ministère de l’intérieur sous les auspices de Fourtou. Il aurait aussi écrit au Français, qui défendait la politique de M. le duc de Broglie. »

« M. Puy'jaraud, dit l’auteur de l’article, est le Shakespeare de la préfecture de police, tant il est génialement inventif. Avec quatre

coup, il s’aperçoit que la proposition Trocardet la démarche de de Clercq, qui avaient eu lieu un an auparavant, en octobre 1893, sont des tentatives de chantage, que le XTX'^ Siècle en est responsable, et cinq semaines après l’avoir assigné en difiamation, il dépose contre lui une plainte en chantage, le 31 octobre 1894.

Dans l’intervalle qui sépare l’assignation en diffamation de la plainte en chantage, le ministre de la justice, M. Guérin, avait, sur la recommandation de son prédécesseur, M. Thévenet, nommé M. Chenest procureur de la République à Paris. La nomination de M. Chenest est du 13 octobre.

En septembre, M. Isidore Bloch n’aurait pas osé déposer sa plainte en chantage, il aurait craint de se faire poursuivre et condamner pour dénonciation calomnieuse; en octobre, il ne craint plus rien, il a pour lui le gouvernement, le parquet, la police. H dépose sa plainte. Une instruction est ouverte et le parquet s’empresse de communiquer la nouvelle à tous les journaux...

Incontinent, les tenanciers sont, par un coup de baguette

paisibles Joueurs de manille, il vous organiserait un complot. »

M. Puybaraud a toujours passé pour le machinateur du procès des Trente. Son intervention dans les affaires judiciaires lui a très souvent été reprochée, notamment dans la séance de la Chambre du 28 novembre 1894 ;

M. Marcel Lebert. Vous vous rappelez avec quelle indignation l’opinion publique a appris que l’un des fonctionnaires de la préfecture de police, M. Puibaraud, n’avait pas craint de communiquer à un journaliste, M. d’Esparbès, des renseignements confidentiels, secrets, au sujet d’un accusé qui passait en cour d’assises...

M. Puibaraud. chargé par l’administration de la République française de faire une enquête sur certains personnages. .. recueillant des renseignements confidentiels concernant des affaires tout intimes, n’a pas craint de les confier à un journaliste pour que ces renseignements fussent publiés dans un journal.il portait ainsi à un adversaire, par des moyens détournés, les coups les plus lâches et les plus odieux. (Très hienX Très bien.) {Journal officiel du 29 novembre 1893.)

gouvernementale, métamorphosés en citoyens honnêtes respectables, en vengeurs de la vertu, et les journalistes qui ont dévoilé leur trafic deviennent d’abominables maîtres-chanteurs (')...

On les arrête, on perquisitionne, on fouille chez eux, on greffe les procès les uns sur les autres ; la presse entière est mise en suspicion, injuriée, calomniée ; une interpellation a lieu à la Chambre ; le journal le X/X® Siècle est arraché à ses légitimes propriétaires, tout cela sur Tunique plainte de M. Isidore Bloch...

Quelle était donc l’exceptionnelle gravité des faits dénoncés dans cette plainte, pour que le gouvernement ait cru nécessaire de déchaîner un pareil scandale, d’autoriser de telles violences, de provoquer d’aussi irréparables catastrophes et de donner au tenancier suspect, qui en (' tait Fauteur, une satisfaction à laquelle il était loin de s’attendre ?

Si le lecteur consent à lire cette plainte et si, après l’avoir lue, il veut bien prendre la peine de l’examiner avec moi pendant un seul instant, il verra clair comme le jour que, si elle n’avait pas été conseillée, autorisée, ordonnée ]>eut-être, sa seule conséquence possible eût été de faire poursuivre son auteur pour dénonciation calomnieuse.

(1) « Il ne faut pas oublier, dit le Radical du U novembre 1894, que M. Isidore BlocU, qui orie « au voleur! », est cet industriel qui a fait une grosse fortune en exploitant le Casino de Dieppe et le Cercle de l’Escrime, deux tripots dont il est tenancier et dont la fortune est échafaudée sur des ruines, des suicides nombreux . .

« . . .Ce scandale aurait été évité, si la préfecture de police, quand elle a décidé la fermeture des tripots ou cercles ouverts, n'avait, par une bienveillance inexplicable et qui prête à des commentaires fort désobligeants pour quelques-uns de ses hauts agents, toléré que le Cercle de l’Escrime continuât à fonctionner. »

Le Radical termine en disant que, quel que soit le résultat de l’instruction, un propriétaire de tripot criant : au voleur ! », c’est le monde renversé !

Voici cette plainte qui figure au dossier sous la cote n® 2 :

Cercle de l’Escrime et des Arts.

3, rue Taitbout.

Paris, le 31 octobre 1894.

Monsieur le Procureur,

J’ai l’honneur de vous exposer que le XIX^ Siècle a entrepris depuis septembre 1893 une campagne de chantage contre les cercles, particulièrement contre le Cercle de l’Escrime. Cette campagne n’a été qu’une manœuvre de chantage. Ce n’est ! qu’a près avoir refusé énergiquement la somme d’argent qu’on voulait nous extorquer que les attaques devinrent presque quotidiennes. A l’appui de ma plainte, je vous remets inclus l’extrait du procès-verbal du 26 octobre 1893. La demande du XIX^ Siècle est formelle. MM. Portalis et Girard (directeur et directeur adjoint du XIX^ Siècle) voulaient, exigeaient 50,000 francs ; tous ceux qui assistaient à cette réunion pourront en attester. M. Albert Haus, 67, rue de la Victoire, est au courant des démarches qui furent encore faites auprès de moi pour m’amener, en faveur de MM. Portalis et Girard, à un versement 1® de 20,000 francs ; 2® de 10,000 francs ; ils avaient réduit à cette somme misérable, disaient-ils, pour vaincre leurs scrupules et payer leur silence.

Le signataire de ces articles dans le X/X® Siècle n’est autre que le nommé de Clercq, sujet belge, chassé de son pays et condamné, en juillet 1892, à un an de prison pour avoir fait chanter M. Hemerdinger. De Clercq est aussi venu me trouver au cercle rue Taitbout, il a vivement insisté pour que je fasse cesser cette campagne, se disant même autorisé par la préfecture de police — le drôle se vantait — que j’aurais un intérêt à verser, à Portalis et à Girard, une somme d’argent. Devant mon refus indigné, de Clercq m’a supplié de lui remettre personnellement 500 francs (ce que je fis en octobre 1893). Depuis, il a vainement essayé de me voir au cercle, je ne voulus plus le recevoir, tout le personnel peut en jurer (i).

(0 C5e passage de la plainte de M. Bloch est à rapprocher de sa déposition à l’audience du 14 février 1895 où il a dit en parlant de de Clercq : Il m'a plu tout de 9UiU,

Les mœurs que certains journalistes essayent de nous imposer sont intolérables. C'est avec confiance, monsieur le procureur de la République, que je dépose entre vos mains mes griefs bien justifiés contre Portalis, Girard et de Glercq, coutumiers de ces faits.

Je me porte partie civile et je fais tous les frais (i).

Veuillez agréer, etc.

(Signé) Isidore Bloch.

Je suppose qu'une telle plainte soit reçue par un magistrat non prévenu. Il se demande d'abord d’où elle vient. En tête de la lettre^ il lit : Cercle de V Escrime et des Arts. Qu’est-ce que ce cercle?

Il est vite renseigné : c'est un tripot.

De l'en-tête il passe à la signature : Isidore Bloch. Sa profession? Tenancier de tripot. Ses antécédents : Ancien allumeur dans un autre tripot, le Cercle des Arts lïbérauoCy d’où il a été renvoyé pour avoir, comme on dit dans ce monde spécial, « bu à la caisse «. Ses relations habituelles? Des grecs.

La plainte est dirigée contre le journal le XIX^ Siècle. Ici encore, le magistrat fait son enquête. Il apprend que le XIX® Siècle a pris une part très active à la campagne menée par toute la presse contre les cercles ouverts, autrement dit les tripots, et que M. Bloch, le signataire de la plainte, lui a intenté, à la date du 29 septembre 1894, un procès en diffamation devant le tribunal de Dieppe. L ! regarde alors la date de la plainte en chantage. Il voit qu’elle est du 31 octobre 1894. Il en conclut que les faits qui l’ont motivée ont nécessairement dû se produire entre le 25 septembre, date de l’assignation en diffamation, et

(1) On voit que dans sa plainte, M. Isidore Bloch s’est porté partie civile. Or, d’après une jurisprudence constante de la cour de cassation, la partie civile ne peut pas être entendue comme témoin. M. Bloch s’était-il désisté î Je l’ignore.

le 31 octobre 1894, date de la plainte en chantage. Mais en relisant la plainte, il constate que les faits qu’elle énonce remontent tous au mois d’octobre de l’année précédente 1893. Il éprouve de cette constatation une première surprise. Il reprend alors l’examen de la plainte depuis le commencement.

« Le XIX^ Siècle a entrepris, dit le plaignant, depuis septembre 1893, une campagne de chantage contre les cercles, particulièrement contre le Cercle de l’Escrime. Cette campagne a été une campagne de chantage. »

Il faut que le plaignant apporte à l’appui de cette vague accusation au moins un commencement de preuve, car s’il n’apportait aucune preuve ou s’il n’apportait en guise de preuves que des faits matériellement faux, sa plainte ne serait qu’une dénonciation calomnieuse.

Voyons donc, se dira le magistrat, quelles sont les preuves sur lesquelles s’appuie la plainte de M. Bloch pour prétendre que la campagne contre les cercles ouverts était spécialement dans le X7X* Siècle plutôt que dans les autres journaux une campagne de chantage.

Il y en a six :

Première preuve.

« Ce n’est qu’après avoir refusé énergiquement la somme d’argent qu’on voulait m’extorquer que les attaques deviennent presque quotidiennes . »

Le magistrat se fait apporter la collection du XIX^ Siècle et il remarque que les attaques contre M. Bloch ne sont devenue quotidiennes qu’en octobre 1894, après son assignation en diffamation, alors que les tentatives de chantage qui font l’objet de sa plainte auraient eu lieu au moins un an auparavant, en octobre 1893. Il prend note de cette inexactitude.

UN gubt-apbns judiciaire.

Deui^èine preuve. Celle^ïi paraît plus sérieuse.

« Je vous remets inclus l’extrait du procès-verbal du 26 octobre 1893. La demande du XIX^ Siècle est formelle. MM. Portalis et Oirard (directeur et directeur adjoint du XIX^ Siècle t voulaient, exigeaient 50,000 francs. Tous ceux qui assistaient à cette réunion pourraient en attester, u

, Le pftagi&trat ^ r^por-te iifupftédiateiiieut à Voxtrait du proréa^verfral du 86 optobre 1883 qui est Vuuique pièce jointe ^ la plainte et qui, d’après le plaignant, constitue la preuve des exigences formulées par MM- Portalis et Girard.

Vuici cet entrait :

Cercle de l’Escrime et des Arts.

9, rue Taitbout.

Extrait delà s^noe extraordinaire du 26 octobre 1893.

(M. Bloch expose avoir reçu la visite de M. Trocard, qui est venu lui soumettre un projet de syndicat qui serait formé par tous lea directeurs de cercles ouverts ppiUr eonolure avec la presse des traités de publiçité ^inalogi^s ^ ceux; du Casino de Monaco.)

M. Trocard explique avoir vu les directeurs de journaux, avec lesquels il a convenu des sommes annuelles variant entre 1,000 et 18, QOÛ francs.

Quant au XI-X® SièçlCy M* Trocard disait que ses prétentions étaient tout à fait excessives (50,000 francs) (cote n,° 4).

A la lecture de ce document, le magistrat éprouve une nouvelle surprise et une vraie déception. Jl s’attendait à y trouver la preuve d’une démarche faite par MM. Portalis et Girard o.u par l’un des deux et il n’y est question que de M. Trocard. Leur nom n’est même pas prononcé. M. Trocard ne dit même pas qu’il ait vu le XIX^ Siècle ni qu’il vienne en son nom.

Il fait alors venir M. Trocard, et M. Trocard lui répond ce qu’il a dit à l’instructiou (déposition du 23 novembre 1893, cote 32).

Je n’ai absolument rien demandé pour le XIX^ Siècle,

Le XTX® Siècle ne figurait pas sur ma liste.

Je n’étais pas en relations avec M. Portalis, pas plus qu’avec M. Girard.

Autre surprise du magistrat.

Mais il veut en avoir le cœur net. Il interroge ou fait interroger M. Isidore Blocb.

Est-ce bien à la démarche de M. Trocard que vous avez fait allusion dans votre plainte en disant que le xix® siècle voulait^ eocigmit ^QyCtQO francs ? ■ — Parfaitement ! « (Dépoi&itions de M. Bloch Rêvant M. Dopher, des 13 et 19 novembre 1894, cotes 12 et 14.)

Le magistrat a ensuite, la curiosité de snvoir ce que c’est que ce procès-verbal annexé par M. Bloch à sa plainte. Il apprend que ce procès-verbal est celui d’une séance extraordinaire du comité du Cercle de l’Escrime et des Arts^ que ce comité est exclusivement composé de personnes aux gages de M. Isidore Bloch, que ces personnes n’ont ni vu ni entendu M. Trocard, que M. Bloch, enfin, leur a raconté ce qu’il a voulu.

Notre magistrat commence à se dire que les preuves de M, Isidore Bloch frisent la plaisanterie.

Comme il est consciencieux:^ il poursuivra cependant son examen jusqu’au bout.

Troisième preuve :

M. Albert Haus, 67, rue de la Vîctoite, est au courant des démarches faites auprès de moi. . .

Quel est ce M. Albert Haus? L’homme d’affaires de

M. laidor^ Bloch, Gonnmt-il M. Girard? Non. Connaît-il

M. Portalis? Non. A-t-il vu M. Trocard? Non. Il a entendu dire que M. Trocard demandait pour le XIX^ Siècle 50,000 francs. Par qui Ta-t-il entendu dire? Par M. Bloch. Inutile d’insister.

j Quatrième preuve :

j Le signataire de ces articles dans le XJX* Siècle n’est autre

I que le nommé de Glercq, sujet belge, chassé de son pays et condamné, en juillet 1892, pour avoir fait chanter M. Hemerdinger.

Si ce fait est exact, si les articles du XTX® Siècle ont vraiment pour auteur un individu déjà condamné pour chantage, il y a là une présomption d’une certaine gravité. Mais le fait est-il vrai? La moindre enquête au XIX* Siècle, une simple question adressée à n’importe quel l'édacteur, à n’importe quel typographe du XIX* Siècle suffit à établir que le fait est matériellement faux. De Clercq n’a jamais été ni le signataire, ni l’auteur des articles publiés par le XIX^ Siècle sur les cercles ouverts.

Cinquième preuve :

De Clercq est aussi venu me trouver au cercle, rue Taitbout. Il a vivement insisté pour que je fasse cesser cette campagne, se disant même autorisé 'par la préfecture de police,,.

Cela prouve-t-il que la campagne du XIX* Siècle ait été une campagne de chantage? Oui, si de Clercq est venu trouver M. Bloch de la part du XIX* Siècle, Mais pas un mot de cela n’est dit dans la plainte de M. Bloch, dont l’unique préoccupation était cependant d’atteindre le XIX* Siècle, et qui, pour satisfaire son désir de vengeance, ne recule, on vient de le voir, devant aucune affirmation téméraire, devant aucune inexactitude. De Clercq, d’ailleurs, d’après la plainte, n’a pas dit qu’il venait de la part du XIX* Siècle, Il a dit qu’il venait avec l’autorisation de

la préfecture de police. Pourquoi a-t-il dit cela? Est-ce vraisemblable?

Le magistrat se fait apporter le dossier de de Clercq, et la première chose qui le frappe, c’est qu’en 1893, à l’époque où il faisait auprès de M. Bloch les démarches qui forment l’objet de la plainte, de Clercq était agent secret de la préfecture de police aux appointements de 300 francs par mois et n’avait guère d’autres ressources. Voilà l’explication du passage de la plainte où M. Bloch rapporte que de Clercq s’est présenté à lui en se disant autorisé par la préfecture de police. Cette déclaration de de Clercq indigne le tenancier de tripot, le protégé de la police : c’est trop naturel, mais elle paraît très vraisemblable au magistrat. Comment croire, en effet, que de Clercq, agent secret de la préfecture de police, ait fait une semblable démarche auprès d’un tenancier de cercle sous la dépendance immédiate de la préfecture de police, en rapports constants avec elle, intime avec tous les policiers, sans avoir pris l’assentiment de ses chefs, sans y être autorisé, comme il l’a dit, par la préfecture de police dont il était l’agent et qui lui fournissait ses seuls moyens de subsistance?...

Quelle est, enfin, la dernière preuve de M. Bloch?

Sixième preuve :

De Clercq m’a supplié de lui remettre, personnellement, 500 francs, ce que je fis en octobre 1893.

Puisque c’est personnellement que de Clercq a supplié M. Bloch de lui remettre 500 francs et puisque c’est à lui personnellement que M. Bloch les a remis, qu’est-ce que cela prouve contre le XIX^ Siècle f

Dès lors, la conviction du magistrat est faite. Aucune des preuves alléguées par le tenancier pour établir que la campagne du XIX® Siècle contre les tripots était une cam-

pagne de chantage ne supporte Texamen, aucune ne tient debout. Sa plainte est donc évidemment mal fondée en ce qui concerne le XIX^ Sièûte^ son administrateur M. Girard et son rédacteur en chef M. Portalis ^

En conséquence, le magistrat non prévenu eût Jeté la plainte au panier et, s’il avait signé un mandat d’amener, c’eût été contre son auteur pour dénonciation calom-

nieusQkè»

Affaire Blooh^

LêS ïâüît téttiôigndjes de l’titilque témoin;

Là coUr âôqüîltë M. drîiMhi dü fait dé là plainte Bloeh-. — - Un argiiment contre la prison préventive; — Le fait Trocanl écarté. Etais-je de connivence avec de Clercq dans s;i démarche auprès de M. Bloch ? — De Glercq dit le contraire. Contradictions du tenancier. — L’unique témoin est un faux témoin. — La première condamnation de de (îlercq. — Une note du XIX^ Siècle i — Prenez garde aux tapeurs 1 — Superpositions de mensonges. — Les l,t)ÔD francs dii chantage Hemerdinger. — La pierre d^àssisé d'Uhe èOhdarnttatiOh.

Cette conclusion que le papier déhohcihtôUf dü tetiatlcier de tripot ne méritait que d*êtî*e niis au pâtliêf , à été finalement adoptée par la cour de Paris (chàtnbt'é dés appels correctionnels), dans son arrêt dü 10 âVfil 1S95, qui acquittait M. Girard du chef de la prôvéntiôli i'êsultant dë la plainte de M. Isidore Bloch, point dë dèpàft dë toütës ces poursuites, signal de tous cèfe scandales, pivot dé tous ces procès de chantage {^).

Quel argument que cet acqüittenàent tacdlf cOhtt^

P) Bui- cinq Chefs d’accusation, la chambre des appels correctionnels, présidée par M. Boyer, en a retenu deux. Elle a, pour les trois autres, prononcé l’acquittement de M. Girard, et réduit §à t)eiiië de deux ans à dix-huit liiôië. ^AblitêS lèé pëtsChheS àu ëUüratit de l’affaire S’âttétidàieht à uii aeqüiltëmëilt cbinpiet.

l’arrestation préventive ! M. Girard est mis en prison le 29 novembre 1894 — à cette époque, on n’avait absolument aucun autre prétexte que la plainte Bloch pour le poursuivre et pour l’arrêter — et quatre mois et douze jours après, le 10 avril 1895, on lui dit : « C’est à tort que vous avez été arrêté, c’est à tort que vous avez été condamné pour cette plainte Bloch, vous êtes relaxé de ce chef... « Ces choses-là se passent tous les jours. On commence par vous arrêter, on vous anthropométrise, on vous enferme dans un cachot, puis on cherche les moyens de vous condamner. Si par extraordinaire on ne les trouve pas, on vous relâche quand déjà vous êtes ruiné, déshonoré, malade pour le reste de vos jours, aux trois quarts mort.

La liste est longue de ceux auxquels l’aventure est arrivée rien que depuis deux ans. Les bévues des juges, disait Paul Louis, coûtent cher, mais pas aux juges. Les juges reçoivent de l’avancement en dédommagement de la prison qu’ils font injustement faire aux autres, témoins M. Dopffer, nommé conseiller à la cour d’appel, M. Chenest, nommé avocat gnéral à la cour de cassation, etc.

En somme, le tribunal de P® instance nous avait simplement condamnés, M. Girard et moi, comme complices de de Clercq dans les démarches qu’il avait faites de son chef auprès du directeur du Cercle de l’Escrime pour lui soutirer personnellement quelque argent.

La cour n’avait donc qu’une seule question à décider : « M. Girard est-il pour quelque chose dans les démarches de de Clercq auprès de M. Bloch ? »»

La cour a répondu : Non.

Considérant f dit^elle dans son arrêt du 40 avril 4895, quHl n'apparaît pas suffisamment des documents de la cause que Qirard ait participé aux tentatives susvisées (1«8 tentatives de de Clercq auprès de M. Isidore Bloch) soit comme auteur principal, exerçant lui-même le chantage, soit

Page 1