‹ Un guet-apens judiciaireChapitre 6 sur 47 · AFFAIRE BLOCH. — LES FAUX TÉMOIGNAGES, ETC · texte numérisé non relu

AFFAIRE BLOCH. — LES FAUX TÉMOIGNAGES, ETC

comme complice en provoquant de Clercq, en lui donnant des instructions, en lui prêtant aide et assistance ou en lui fournissant les moyens de commettre le délit dans les conditions spécifiées par Tarticle 60 du code pénal ;

Qu’il échet donc de le relaxer de ce chef de la prévention,

Par ces motifs...

infirme le jugement en ce qu’il a déclaré Girard coupable d’avoir ensemble et de concert avec Portalis et de complicité avec de Clercq tenté de commettre une extorsion au préjudice de Bloch.

Émendant,

le décharge des dispositions lui faisant grief de ce chef dudit jugement.

En langage ordinaire, la cour a donc reconnu que M. Girard n’était pour rien dans les démarches de de Clercq auprès de M. Bloch.

Y ai-je été pour quelque chose?

La cour n’a pas eu à le décider. Elle n’a pas eu la possibilité de réformer, en ce qui me concerne, le jugement de première instance, puisque je n’avais pas fait appel.

Après s’être efforcé d’établir, contrairement à la réalité et à l’évidence des faits, que j’agissais toujours d’accord avec M. Girard et que je devais supporter non seulement la responsabilité de mes propres actions, mais des siennes et réciproquement, le jugement de première instance rendu le 22 février 1895 par la 11® chambre correctionnelle s’était borné à dire, en ce qui concerne l’affaire Bloch :

Attendu que cette connivence constante ne 'permet pas de douter de la complicité qui régnait entre Portalis, Girard et de Clercq, lorsque celui-ci a fait auprès de Block, en se déclarant leur agenty la tentative d'extorsion retenue à sa charge.

Avec des formules de cette élasticité et ces « ne permet pas de douter »♦, quel accusé pourrait en réchapper?

Cet attendu, infirmé pat* la cour, en ce qui concerne M. GiCard, l’aurait été nécessaifement; aussij en ce qui me concerne, si j’avais fait appel, car il n’est pas plus fondé dans un cas que dans l’aütre. Je vais le déiliontreC et ma démonstration fera voir à la merci de quelles basses canailleries, de quels répugnants mensonges sé trouvent être l’hoiitletir et la liberté d’uti inalhetireux, dont le boti plaisir d’ün ministre vindicatif a fait uh accüsé.

Pour adopter la version de M. le substitut Thomas, disant : « Il n'est pas douteicœ que de Clercq, quand il est allé trouver Bloch, agissait sur l’ordre et suivant les instructions de Portalis et de Girard « (i), sur quels faits, sur quelles pièces, sur quels témoignages s’est appuyé le tribunal de première instance?

Sur aucun fait, sur aucune pièce, uniquement sur un témoignage du plaignant, unique témoin, l’ennemi du XIX^ Siècle, mon ennemi, le tenancier îsodofie Bloch, et ce témoighage, on va le voir, a tous les caractères de la faüsseté et de l’invraisemblaticé;

M. Bloch, aprèë avoir affirméj dans sa plainte, que de ClerctJ s’était présenté à lui en se disant autorisé par la préfecture de police, a tout â coüp changé de tactique et a déclaré que dé Clercq s’était présenté de la part de M. Girard et de la mienne. C’est cette dernière version que le tribunal a adoptée et qui nous a fait condamner*

Que de Clercq, cherchant à se faire écouter par M. Bloch, voulant se faire donner par lui de l’argent, ait dit à M. Bloch qu’il venait de la part du XIX^ Siècle ^ de la part de M. Girard^ de la mienne, il n’y aurait eu là rien d’étonnant. De Clercq n’en est pas à un mensonge près et cela n’eût rien prouvé contre nous ; mais une chose cer-

(1) « sténographie du réquisitoire de M. le substitut Thomas. » Revue des procès célébrés, p. 22(3.

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taine, évidente, c’ést que s’il l’avait dit, c’est la première chose que M. Bloch eût proclamée dans sa plainte aü moment oû son exaspération était à son comble, où il voulait à tout prix se venger du XIX^ Siècle^ de M. Girard et de moi.

Or, il n’y a rien de Semblable dans sa plainte. Il y a, au contraire, il faut le répéter, que de Clercq s’est présenté en se disant autorisé par la préfecture de police »» . Et non seulement de Clercq a dù le dire, mais, comme je l^ai expliqué dans le chapitre précédent, cela devait être, car il n’était pas moTi ügehty ainsi que le prétend à tort le jugement, — il ne l’a jamais été, — niais il était Vagéni appointé de la préfecture de police et dès cette époque il remplissait le rôle de « mouton »», qu’il n’a pas cessé de jouer d’un bout à l’autre de cette affaire.

Il n’y a rien non plus de semblable dans les premières dépositions de M. Isidore Bloch. Le 13 novembre, M. Dopffer l’interroge» comme il sait interroger.

Le juge et le tenancier n’ont qu’une pensée, tous leurs efforts tendent au niême but l m’ atteindre i M. Dopffer ne parvient cependant pas encore cette fois à faire dire à M. Bloch que de Clercq s’est présenté de ma part ou de la part de quelqu’un appartenant au XIX^ Siècle.

Dix-neuf jours après qu’il a envoyé sa plainte, le 19 novembre, M. Bloch est de nouveau interrogé par M. Dopffer. Que dit-il? Il insiste sur Ce fait que »» M. Trocard, parlant du nm% du XIX^ Siècle et d’autres journaux, avait mis en demeure les directeurs de cercles ouverts de verser des sommes considérables, en les menaçant, pour le cas où ils ne les verseraient pas, de continuer Contre les cercles ouverts des attaques violentes >* . M. Bloch ne voit que le fait Trocard. Pour se venger, pour faire condamner le XIX^ Sièclcy son administrateur et son directeur politique, il compte sur le fait Trocard, rien que sur le fait Trocard.

De la prétendue mission que nous aurions confiée à de Clercq et dont de Clercq se serait vanté, pas le moindre mot.

Mais M. Trocard a été arrêté. Il a été interrogé. Il a déclaré qu’il n’avait jamais eu aucun rapport avec le X/X® Sièclcy qui ne figurait pas sur sa liste, alors qu’il en avait eu avec beaucoup d’autres journaux et qu’il avait même reçu de certains un mandat formel. Il semblait dès lors bien difficile, même avec la meilleure volonté, de maintenir l’accusation contre le XZX® Siècle pour le fait Trocard. Entre les démarches faites par M. Trocard et le X/X® Siècle y on n’apercevait aucun lien. M. Bloch est mis au courant de cette situation. C’est à ce moment qu’il imagine de dire que de Clercq est venu le trouver de ma part. Le 20 novembre, il retourne chez le juge d’instruction et il fait sous la foi du serment la déposition ci-après, qui mérite d’être citée, parce qu’elle permet de prendre le tenancier de tripot à la grecque en flagrant délit de faux témoignage :

Les 500 francs que j’ai remis à de Clercq étaient pour lui personnellement. . .

Mais de Clercq était venu chez moi, se présentant au nom de Portalis et m'avait incité à accepter les propositions de versement d'argent qui étaient faites à cette époque par M, Trocard Q).

Ainsi, le 20 novembre 1894, M. Bloch dépose pour la première fois que de Clercq est venu en mon nom. Et quel était l’objet de sa démarche? D’ « inciter »» M. Bloch « à accepter les propositions Trocard »». C’est bien net.

L’instruction se poursuit et on finit par reconnaître que, malgré cette déposition de M. Bloch, il est absolument impossible de soutenir que nous ayons jamais été pour rien dans l’afiaire Trocard et qu’en conséquence cette afiaire ne peut absolument pas fournir un prétexte à nous poursuivre.

1) Cote n- 18,

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