AFFAIEE BLOCH. LB MOUTON
et s’assurer une belle situation à la préfecture de police en accumulant contre moi toutes sortes d’accusations. S’il avait vraiment agi d’après mes instructions dans son chantage contre Hemerdinger et s’il m’avait remis 1 ,000 francs sur le produit de ce chantage, comment ne l’aurait-il pas dit dans son écrit spontané ?
Chaque jour, pendant les mois de décembre 1894 et de janvier 1895, les journaux annoncent : « De Clercq a été interrogé hier par M. Dopffer pour fournir des renseignements sur les différentes campagnes du XIX^ Siècle [^). »»
A chacun de ses interrogatoires, de Clercq insiste sur les dénonciations de son écrit spontané et les amplifie. Le 5 décembre 1894, il renouvelle sa dénonciation Fischer; le 4 janvier, il revient sur sa dénonciation Marius Sammarcelli ; le 20 janvier, nouvelle dénonciation générale et violente contre M. Girard et contre moi; le 25 janvier, autre déposition, autres dénonciations.
Michelet dit dans son Histoire de la révolutiony à propos du procès de Fabre d’Eglantine : On avait en prison ce
Delaunai, la machine à dénoncer. Cet homme utile en
(1) Le Petit Journal^ le Petit Parisien et autres (décembre 1894. janvier 1895).
M. Dopffer ne se contentait pas d’interroger de Clercq officiellement, il causait avec lui des heures entières. Quand il avait terminé scs interrogatoires, il le faisait entrer dans son cabinet et restait enfermé avec lui jusqu’à 8 heures du soir. Je tiens de bonne source que de Clercq a procédé au dépouillement de tous mes papiers de concert avec M. Dopffer et avec M. Thomas.
Plus tard, après le procès des Cercles, de Clercq a continué à être consulté par le parquet et par le juge d’instruction pour l’affaire delà Voie ferrée et pour l’affaire de la Transatlantique, dans lesquelles on l'avait impliqué sans l’ombre d’un prétexte, uniquement pour justifier sa continuelle présence chez le juge. Je puis citer ce fait que le samedi 9 mars, M. Dopffer, après avoir interrogé plusieurs témoins, parmi lesquels MM. Sibert et de Nouvion, qu’il avait convoqués 4 l’instigation de de Clercq, fit entrer celui-ci dans son cabinet ( t passa plus de deux heures avec lui à dépouiller le dossier de la Voie ferrée.
récompense vivait royalement en prison,.. On l’abrutissait et on l’effrayait, on en tirait ce qu’on voulait. Entre deux vins, il savait tout,
Qu’aurait-on fait si on eût voulu suivre une marche simple et loyale? On n’aurait pas été demander la vérité à Delaunai, dans cet égout de prison (^). n
Si on avait voulu savoir la vérité, on n’aurait pas été la demander à de Clercq,
Dans aucun de ses interrogatoires, dans aucune de ses dénonciations, de Clercq ne soufide mot de ma prétendue participation au chantage Hemerdinger, ni des 1,000 francs qu’il m’aurait donnés.
C’est seulement le 31 janvier 1895 — notez bien cette date — qn’il fait enfin la déposition suivante :
Le 11 mai 1892, M. Hemerdinger ma remis 2,000 francs. J’ai conservé 500 francs pour moi. J’ai donné 1,000 francs à Portalis et 500 francs à Dauthesse. Portalis et Dauthesse connaissaient la provenance de l’argent.
G’est M. Portalis qui m’avait dit de faire verser 1,000 francs par Hemerdinger, s’il voulait obtenir le silence du XIX $ièch.
Au lieu de 1,000 francs, j’en ai demandé 2,000. J’en ai fait l’emploi, que je vous ai indiqué (2),
Ainsi,^ c’est après denx mois de dénonciations et d’interrogatoires presque quotidiens, que de Cleroq songe enfin à dire qu’il est allé trouver M. Hemerdinger de ma part, et que sur son chantage de 2,00Q francs, il m’a remis 1,000 francs.
Pourquoi ne l’a-t-il pas dit plus tôt?
Parce que cette dernière déposition de de Clercq, inventée pour rendre vraisemblable la déposition in eœtremi de M. Bloch, disant que c’était M. Girard et moi qui lui
(1) Tome VIII, p. 298.
(2) Cote 6. 31 janvier 1895.