HI L'ÉDUCATION.—LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT
Par le mariage religieux, reconnu Par notre code civil, la famille est créée d’une façon stable; Permanente. L'indissolubilité du lien matrimonial favorise singulièrement les familles nombreuses, grâce aux principes aussi [lumineux que fermes de la morale catholique. Voilà donc que nombreux les enfants viennent s'asseoir au foyer paternel.
Et c’est beau, et c’est très bien.
Grâce à des lois sages, le chef de famille peut devenir propriétaire et maf. tre absolu de biens considérables dont il peut disposer librement, sans restriction aucune, par testament, leg ou donation.
Et cette liberté précieuse favorise elle aussi le développement normal de [a famille.
Et c’est encore très bien.
Le lien sacré du mariage, le droit de propriété et la liberté de tester sont certes des avantages infiniment précieux et qu’il convient d'apprécier hautement.
Mais il est un domaine plus important encore, un sanctuaire incomparable où seuls, après Dieu, les parents peuvent pénétrer en maîtres, en guides et en protecteurs : c’est l’âme des enfants.
Ici se pose dans toute son ampleur le problème de l'éducation et la question de l'instruction publique. Si la liberté de tester nous apparaît, et c’est juste, comme la conséquence naturelle du droit de propriété, à plus forte raison le droit de l'éducation de l'enfant appartient aux parents et non à l’État, qui n'a pour mission que d'aider ces derniers, de favoriser l’accomplissement de leurs graves devoirs.
Il est d'expérience que dans tous les pays où l’État s'est substitué aux q
1—Les lois françaises contre la Jamille, page 31.
Parents en matière d'éducation, qu’il est devenu directeur de l'école au lieu d'en être:le protecteur, c'est le règne de l’école neutre et obligatoire qui a été établi.
Ecole neutre, d'où Dieu, sa morale, sa religion et ses ministres sont bannis; obligatoire, où l'enfant doit aller à l'école même contre le gré de ses parents et jusqu'à tel âge que décrète le gouvernement. z
Ce régime païen afige presque tous les pays de la terre et contribue dans une très large mesure à la déchristianisation des peuples civilisés,
l'instruction publique, loin de là. Mais il est resté dans son rôle d'’auxiliaire, d'aide et de protecteur. II convenait que dans l'intérêt commun, l’État adoptât des lois qui coordonneraient les efforts individuels en les groupant en municipalités scolaires: il convenait encore qu'une âme fut donnée à la municipalité scolaire pour diriger, par l'entremise des parents ou contribuables, les écoles de la communauté: cette âme c'est la commission scolaire; il était nécessaire aussi, en vue d'une uniformité désirable mais adaptable aux milieux, que des Programmes d’études fussent dressés, à la condition que Dieu, sa religion et sa morale y fussent au rang d’honneur et que l'Église, par le curé de la paroisse, fût le juge de la morale et de l’enseignement religieux à l’école: et c'est ce qui a été fait; il était opportun aussi que l’État, qui participe de ses deniers au soutien des écoles, nommât des inspecteurs pour s'assurer que la loi et les règlements scolaires (lesquels d’ailleurs ne restreignent en rien la liberté des parents) étaient suivis et que les deniers accordés étaient employés judicieusement: et c’est ce qui a été fait encore; il fallait, dans l'intérêt même des parents, que l’État s’assurât de la moralité et de la compétence des meîtres, la qualité morale étant établie au préalable par le ministre de Ja religion, et des bureaux d'examen et des écoles normales ont été établis à cette fin : les bureaux sont confessionnels, lun pour les catholiques, l’autre pour les protestants et ils tiennent leurs règlements des comités du Conseil de l’Instruction publique; les écoles normale sont également confessionnelles et jusqu'ici, depuis 1857, dirigées par des prètres. À remarquer que les écoles normales de filles, depuis 1899, ont toutes été établies, dans chaque diocèse, à la demande de l’Évêque et confiées à des communautés religieuses de femmes.
Je viens de dire que les bureaux d
pas l'école neutre, Cette loi ne reconnaît que deux sortes d'écoles: l’école ca-
tholique pour les enfants de parents catholiques et l'école protestante pour les enfants de parents protestants ou non catholique.
Ce caractère religieux de nos écoles est nettement affirmé par les articles de la loi qui crée le Conseil de l’Instruction publique composé de deux comités, l’un catholique et l’autre Protestant. Et ce caractère s'accentue quand il s'agit du comité catholique, dont nos SS. les Évêques font partie ex-officio.
Et pour que l'on ne se méprenne pas sur le rôle de l'État chez nous en matière d'éducation, le Ministère de l'Instruction publique dont on avait tenté l'essai, est aboli en notre province depuis 1875, c’est-à-dire depuis quarant: quatre ans; à la place d’un ministre, le Département de l’Instructio:: publique a un Surintendant à sa tête, nommé pratiquement à vie et véritable chef de département, puisqu'il a deux sous-ministres, mais n'étant pas tenu de sitger à la Chambre.
Et au-dessus des sages principes qui ont présidé à l'organisation de notre système, plane celui de la liberté de l'enseignement, liberté pleine et entière, non seulement pour l’enseignement secondaire et universitaire, mais aussi pour l'en seignement primaire; à preuve, les milliers de couvents, d’académies et d'écoles indépendantes qui regorgent d'élèves sur tout le territoire de la Province de Québec.
C'est là encore un béritage sarré que nos pères ont conquis de 1760 à 1:2
après bien des luttes, et que les sages législateurs qui ont élaboré nos lois d +. truction publique de 1840 à 1875 nous ont légué en y mettant le meilleux de leur âme.
Veillons aussi, veillons surtout sur cette portion précieuse du patrimoine natioral,
Voulez-vous, Mesdames et Messieurs, mieux apprécier encore, si possible, la sagesse de nos lois scolaires, écoutez ces récentes paroles d’un français distingué, d’un lutteur infatigable, M. Jacquier, paroles prononcées à Paris en, mai 1919, lors du cinquantenaire de la fondation de Ia Société générale d’Éducation et d'Enseignement, en présence de Son Éminence le cardinal Amette, de plusieurs évêques et d'un vaste auditoire:
“Mieux que nous peut-être, nos adversaires avaient compris cette importance de l’enseignement sur l’âme d’un peuple; et c’est pourquoi, de bonne heure, avec une clairevoyante tenacité, ils ont concentré sur ce point leurs efforts: Comprenant bien que, s'ils réussissaient, en la déchristianisant, à s'emparer de l’âme de la jeunesse, ils ne tarderaient pas à devenir les maîtres de l’âme franaise. De là, cette Campagne pour chasser Dieu de l’école et laïciser l’enseignement. JIln’y a pas à s’y tromper: si on l’a fait gratuit, c'était pour le faire obli-
gatoire. Et si on l’a fait obligatoire, c'était pour le faire laïque et finalement, sous le couvert d’une neutralité hypocrite, le déchristianiser.
Et pour mieux faire toucher du doigt la grande misère où l'école laïque, gratuite et obligatoire a jeté la France depuis 1880, le même orateur entre dans des détails précis. Je laisse la parole à M. Jacquier:
“Cependant, s'il est une vérité certaine, —vous le rappeliez hier, mon cher sénateur, —dans des pages que je me réjouis de lire, (1) c'est qu'on ne chasse pas impunément Dieu d’une société, et que de tout temps l’athéisme a conduit les peuples aux pires et inévitables catastrophes.
“Si, a écrit Victor Hugo, je connaissais une école sur la porte de laquelle “un moître eût été assez osé pour écrire : “Ici, on ne parle pas de Dieu,” et si “ j'en avais le pouvoir, je lui dépêcherais immédiatement le gendarme, et je le “ ferais enfermer: car un tel homme devrait être considéré comme un malfai- “teur public.”
“Et Napoléon ler qui s'y connaissait, ajoutait : “Elever des enfants “sans Dieu, c'est une folie ou un crime.”
“Car élever, c'est créer, et il n'y a que Dieu qui commande au néant. Les paiens, avant eux, avaient tenu le même langage.
“Au surplus, l'expérience est là, dont le témoignage s'impose.
“On avait autrefois coutume de dire qu'une école qui s’ouvrait, c'était une prison qui se fermait: cela devrait être, hélas ! nous en sommes loin ! Que de prisons, en effet, auraient dû se fermer, à compter le nombre des écoles qui partout se sont ouvertes et ce qu'on a dépensé pour elles ! En 1872, elles figuraient au budget pour TRENTE TROIS MILLIONS. En 1902, pour D'EUX CENT viNcr. Or, si j'ouvre les statistiques de la justice criminelle, ce qui y apparaît tout d’abord avec un. inquiétante évidence, c'est que non seulement le nombre des crimes va augmentant chaque année: mais que, dans cet accroissement, la criminalité juvénile occupe la première place: jurénile, il faudrait dire infantile, c'est ainsi qu’il y a quelques jours les journaux relataient le crime d’un enfant, à peine âgé de treize ans, qui dans le voisinage de Dijon, tua d’un coup de fusil sa grand’mère, laquelle s'était permis de le reprendre au sujet d’un larcin qu’il venait de commettre. Quelques chiffres appuieront mon affirmation.
“En 1849 et 1850, la moyenne annuelle des délinquants de 18 à 20 ans qui étaient traduits devant la justice repressive, était de 8,000. En 1905, elle atteignait 24,000, sur lesquels 54 meurtres. Le nombre des récidivistes progresse dans une proportion analogue.
“Ce n’est pas que la répres: ion soit devenue plus sévère, ou la poursuite des crimes plus efficaces, les rapports officiels témoignent du contraire. Ce qui
1—M. de Lamarzelle.
est vrai, c'est que l'augmentation de la criminalité juvénile, coincidant avec la diminution de la natalité, en aggrave terriblement la signification (1).”
Puis M. Jacquier appuie ses affirmations sur des autorités judiciaires, ministérielles et universitaires. Je me contenterai de citer les trois témoignages qui suivent, versés au dossier par le grand orateur français :
“ Écoutons, d'abord, M. Guyot, ancien juge d'instruction pour le tribunal “ de la Seine: “Il ne peut échapper à aucun homme sérieux, écrit-il, que cette “’effrayante augmentation de la criminalité a coïncidé avec les changements “introduits dans l'organisation de l'enseignement public.”
“M. Guyot parle d'une coïncidence, M. Lavisse, Inspecteur général de l'Enseignement est plus explicite :
“ Nous avons créé des milliers d'écoles, mais nous avons oublié l'éducation. “Tout est organisé chez nous, pour fabriquer des diplômes, mais ni l’école n’est “ur milieu moral, ni le collège, encore moins la faculté.”
‘ Après lui, et avec une égale compétence, M. Jules Jolly, avocat au barreau de Paris, membre écouté de la Société des prisons, s'exprime comme il suit :
“L'éducation ne peut donner un résultat que si elle est fondée sur la “religion. Il en sera ainsi, tant que nous n'auronsæas comblé le vide laissé “par la suppression de l’idée religieuse (2).”
Et comment l’école sans Dieu a-t-elle pu s'implanter dans cette chère et douce France, fille aînée de l'Église, patrie des grands dévouements et des apostolats sublimes? Ce malheur affige le pays de nos pères parce que la théorie fausse de l’État maître d'école y a trouvé droit de cité. Cette théorie paienne a éc dénoncée avec une logique impitoyable par le renommé Père Delaporte, S J., dans ce chef-d'œuvre qui a nom “Les petits enfants.”. Ecoutons l’illustre poète, qui est en même temps un grand »rosateur :
“Attribuer l'enfant à l’État, c’est une monstruosité contre nature. L'enfant n'appartient pas à l’État. Est-ce donc l'État qui l’a fait naître? Est-ce à la vague et mobile effigie d’un État sans personnalité qu’il ressemble? Est-ce l'État qui le nourrit, qui veille sur lui à chaque instant du jour et de la nuit, et qui, au réveil, vient lui sourire, le caresser, ou essuyer ses larmes? Est-ce que l’État est capable de dévouement et d'amour? Où est le cœur de l’État? La théorie de l’État père et mère de famille, n’est pas seulement odieuse et imbécile, c’est le vol et le vol le plus lâchement coupable, érigé en principe (3).”
1—“Bulletin de la Société genérale d'Éducation et d'Enseignement”, No avril-mai-juin 1919, pages 210, 211, 212, 213.
se de la Société générale d’Éducation et d'Enseignement.” pages 3, 214.
3—“Les petits enfants”, Père V. Delaporte, S. J., page 74.
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