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LA PAROISSE RELIGIEUSE.—LA LOI DES FABRIQUES

La famille, solidement établie par le lien religieux du mariage, lien reconnu et protégé par loi civile; le bien de famille protégé de l’émiettement par le droit absolu de tester; l'éducation de l'enfant laissé par la loi aux parents, et ce conformément au droit naturel et aux enseignements de l’Église catholique, voilà les trois forces sociales qui font de la province de Québec un État privilégié, et qui ont permis au peuple canadien-français de croître et grandir non seulement en nombre mais aussi en vertus civiques, qui le place, au témoignage même des journaux et des hommes d’État de langue anglaite, à la tète de tous les groupes ethniques de la Confédération.

Certes, ces trois forces que je viens d’énumérer sont précieuses, mais laissées à elles-mêmes, sans cohésion, elles ne produiraient qu’un bien relatif, Une autre puissance, à la fois bienfaisante et vigilante, les encadre, en notre province, par les soins de l’Église et avec le concours de l'État. Cette autre puissance c'est la paroisse religieuse, qui est une fraction du diocèse catholique, dont le territoire est déterminé par l’autorité ecclésiastique. A la tête de la paroisse, il y a un curé, un prêtre auquel l’Éviue conf la charge des âmes. Mais dans la paroisse il y a les biens temporels de Y Eglise, dont la bonne administration importe. Ici [a loi civile vient prêter son concours par la loi des fabriques. La Fabrique est la réunion des personnes chargées de l’administration des biens temporels de l’Église. Mais le concours de l’État ne change rien à la constitution même de la Fabrique, “qui est un corps ecclésiastique soumis au contrôle de l’Evêque, comme administrateur né des biens des églises dans son diocèse (1).“ Mgr L.-A. Paquet, dans son lumineux ouvrage “Droit public de l'Église, l’Action religieuse et la loi civile”, dit, page 151: “L’Evèêque étant, après le Pape, lunique chef des diocèses et le directeur principal des paroisses, c’est lui qui a qualité et autorité pour régler péremptoirement tout de qui regarde l’emplacement des églises, leur construction, etc., etc.” ;

Parlant sur le même sujet, l’éminent jurisconsulte canadien Mignault dit: “A l’Évèêque seul appartient le droit de régler tout ce qui concerne la construction et la réparation des églis»s, chapelles, sacristies, presbytères et cimetières. .…. L'État prête main-forte à l’Église pour l'exécution de ses décrets (2).”

Dans ses grandes lignes, notre loi des Fabriques respecte la liberté de l'Église À qui elle prête main-forte pour la gouverne des biens temporels des paroisses.

1—Pagnuelo, “De la liberté religieuse en Canada”, page 284, 2—P.-B. Mignault, “Le droit paroissial”, pages 391-400.

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Et cet appui de l’État a favorisé la formation et le développement des paroisses reli uses.

La loi des Fabriques et toutes celles qui concernent l'exercice public du culte constituent donc, malgré les imperfections dont elles sont entachées, un quatrième élément de lhéritage sacré dont j'ai l'honneur de vous parler ce soir.

La paroisse, mot béni, que l’on retrouve dès l’origine de notre cher Canada, qui a été pour le peuple canadien le suprême rempart contre les assauts de ses ennemis et le témoin bienveillant de ses joies et de ses peines ! La paroisse, groupement merveilleux dont Dieu est le maître et l’Église le divin rendezvous ! La paroisse, milieu chéri accueillant, bénissant, où du berceau à la tombe nous sommes l’objet d’une affection incomparable, celle de l'Église envers ses enfants, aimons-la et gardons-la telle que nos pères nous l'ont léguée !

Dans la paroisse catholique seule (telle que nous la possédons) le Canadien français se retrouve dans son véritable élément. Il en est de lui comme de certaines plantes qui réclament un sol et un climat particuliers. La famille canadienne française réclame aussi un milieu propice qui favorise l’éclosion de ses qualités originelles.

Ce milieu propice, c’est Ia paroisse. Et le climat, c’est l’atmosphère vivifiant créé par les enseignements de l'Église. L'Église catholique seule est la dépositrice des principes de vie. Pourquoi chercher ailleurs ?

Charles Périn, correspondant de l’Institut de France, que j'ai déjà cité au cours de cette conférence, dit dans son très important traité sur les “Premiers principes d'économie politique”: “Pourquoi aller nous consumer dans cette vaine recherche des principes, nous catholiques, à qui l’Église les donne d’autorité, avec toute l'évidence d’une doctrine venue du ciel, élucidée, confirmée, développée en toutes ses conséquences par une longue tradition, par une constante pratique dans la vie individuelle et dans la vie sociale? Ces principes, cette tradition, cette constante pratique, doivent servir de point de départ à toute science chrétienne de l’économie politique: ils nous guideront dans tout ce que nous allons dire de cette science (1).”

Plusieurs catholiques de chez nous, hélas ! vont “tudier ailleurs qu'aux vraies sources les questions si importantes de l’économie sociale et politique et chercher une direction que seuls le Pape et les Évêques peuvent donner en toute certitude.

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