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d'environ chacun deux cents pages. Les éditeurs donnèrent en appendice, à la fin du dernier volume, le Voyage en Canada, par le R. P. Emmanuel Crespel, récollet, et son naufrage sur l’île d'Anticosti en 1136.

On le voit, ce n’est pas d'aujourd'hui que l’on s'occupe de nos archives, et de leur impression. Sachons rendre justice aux précurseurs qui, avec tant de mérite, nous ont précédés dans cette noble voie.

Dans son numé:o du 27 août 1808, le Courrier de Québec annonçait le retour au Canada de son fondateur Jacques Labrie. Il revenait d'Europe, membre de la Royal Physical Society d'Edimbourg, et allait s'établir à Montréal, ‘dans la maison de M. Cardinal, 131, rue Saint-Paul.” Quelques mois après, cependant, il quittait Montréal pour aller se fixer définitivement à Saint-Eustache, où son confrère de classe, M. Lajus, venait d’être nommé vicaire.

Je n’ai aucune compétence pour apprécier le D' Labrie comme médecin. Qu'il me suffise de dire qu’il jouissait à un haut degré de l’estime de tous ses confrères de la Faculté. Les études sérieuses qu'il avait faites et à Québec et à Edimbourg lui donnaient beaucoup de prestige et d'autorité. Le président de la Société de Médecine de Québec fit son éloge en termes flatteurs au banquet annuel de cette société, au commencement de 1832. '

Un médecin habile, honnête, dévoué à la pratique de sa profession ne peut manquer d'acquérir beaucoup d'influence dans le milieu où il est appelé à vivre. Celle dont jouissait le D' Labrie à Saint-Eustache et dans les environs était immense. Son jugement droit et ses connaissances inspiraient à tout le monde une confiance sans borne ; son cœur était ouvert à toutes les infortunes, et l’on se sentait attiré vers lui par ses bons procédés et la douceur de son caractère.

“ Sa grande probité, dit le D' Tessier, l'avait rendu l'arbitre de tous les différends ; son extrême équité fut toujours un substitut à la justice des tribunaux. Revêtu de pouvoirs judiciaires, un reproche de sa bouche était un amer châtiment ; en un mot, le D' Labrie ne cessa jamais d’être, dans toute l'étendue de son comté, le protecteur des faibles, le consolateur des aflligés, le père de tous.

“Qu'il me soit permis d'ajouter, continue-t-il, qu’à tant de vertus civiles, le D' Labrie se fit toujours un noble orgueii de joindre la pratique de toutes les vertus religieuses et de tous les devoirs que l'Eglise prescrit à ses enfants.”

“Il a toujours été en bons termes avec tous ses curés,” m'écrit l'abbé Guyon, curé actuel de Saint-Eustache. Il fut leur bras droit, et les aida dans tout ce qui pouvait procurer l'avancement matériel et intellectuel du peuple.

À cette époque où tant de choses étaient à créer dans le Bas-Canada, ce qui faisait défaut, en beaucoup d’endroits, c'était les chemins de colonisation. Fils du peuple, lui-même, élevé dans un humble village, le D’ Labrie comprenait les besoins du peuple ; aussi fit-il de grands sacrifices pour venir à son secours. “La plus sévère économie n'existait dans sa maison, dit le D' Tessier, que pour en appliquer les épargnes à l’ouverture et à l'entretien de communications pour l'avantage du publie, et au secours des pauvres.”

‘ Le Canadien, 7 janvier 1832.

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Mais c'était surtout une bonne organisation scolaire qui faisait défaut aux Canadiensfrançais Ils ne voulaient point de l'Institution royale, qui ne leur offrait aucune garantie pour leur langue et leur religion. Il fallait venir à leur secours, il fallait leur procurer cette éducation dont ils avaient besoin, et qu’ils ne demandaient pas mieux que de recevoir, pourvu qu'elle fût conforme à leurs principes religieux, comme l’a si bien dit le D' Meilleur.

Aussi, de quelle générosité, de quel dévouement on fut alors témoin de la part de l'élite de la classe éclairée du pays ! Ah ! le beau réveil de l'éducation, parmi les Canadiensfrançais, dans le premier quart de ce dix-neuvième siècle! Y eut-il jamais rien de comparable dans aucun pays du monde? Quand on songe que, dans la période de 1804 à 1827, il n’y eut pas moins de cinq collèges classiques qui virent le jour parmi nous, des collèges parfaitement constitués, dont au moins quatre sont encore pleins de vie : le séminaire de Nicolet, le séminaire de Saint-Hyacinthe, le séminaire de Sainte-Thérèse, le collège de Sainte-Anne !'

Et remarquons que tout cela se fondait, s'élevait, par la seule initiative privée; les secours de l'Etat ne vinrent que plus tard : c'était une éclosion pour ainsi dire spontanée de la riche nature du sol.

En même temps, on créait des bibliothèques dans un grand nombre de paroisses ; et dans les villes la génération de l’époque n'avait presque rien à envier à celle d'aujourd'hui: à Montréal, Denis-Benjamin Viger donnait des leçons publiques sur le Droit ; ? à Québec, Louis Plamondon avait ouvert un cours public et gratuit de procédure civile : il donnait ses leçons, tous les vendredis, dans la salle des séances de la cour d'appel. Le lendemain de sa première leçon, le rédacteur de la Gazette de Québec écrivait : “Son discours a montré beaucoup de jugement et de recherches ; il a été prononcé avec cette grâce et cette facilité d'élocution que M. Plamondon possède à un si haut degré.” “Louis Plamondon était doué d’un esprit supérieur, dit M. Bibaud. Il avait acquis des connaissances étendues en littérature et dans sa profession, et se proposait de publier prochainement un ouvrage important sur les lois du pays.”

Quant à l’enseignement primaire, voici ce qu'écrivait en 1825 M. Bibaud :* ‘“ L’instruction fait tous les jours des progrès parmi nous: il est présentement peu de paroisses un peu considérables, où il n’y ait une école tenue sur un pied plus ou moins respectable, saus parler de l’enseignement privé qui s'étend aussi de son côté, et peut-être dans une plus grande proportion encore que l'enseignement public.”

1 Le séminaire de Nicnlet fut fondé par M. Brassard, en 1804; celui de Saint-Hyacinthe par M. Girouard, en 1811; celui de Sainte-Thérèse, par M. Ducharme, en 1824, et le collège de Sainte-Anne, en 1827, par M. Painchaud. Le collège de Chambly, fondé en 1824 par M. Mignault, n’est plus aujourd’hui qu’une académie commerciale.

? Dans son opuscule sur la Constitution britannique, le Dr Labrie cite, en appendice, un assez long travail de M. Viger sur les Procès par jurés en matière criminelle.

% Bibliothèque canadienne, t. i, p. 23.—Dans la même année, 1825, M. Bibaud prouvait, au moyen d’un tableau statistique, qu’il y avait plus de 13,000 Canadiens-français sachant lire, et près de 2,500 en état de souscrire à des journaux. Il avait, pour sa part, près de 400 abonnés à sa revue, la Bibliothè;ue canadienne. “Ce serait peut-être, disait-il, l’occasion de faire voir aux étrangers, ét même à une partie des regnicoles, qu’il y a parmi les Canadiens plus d'éducation et plus de goût pour la lecture, les lettres et les sciences, qu’ils ne se l’imaginent...” (Zbid., p. 120.)

4 En ouvrant le parlement le 22 janvier 1830, Sir Jamos Kempt disait aux députés: “It will be gratifying to you also to learn that elementary schools have been very generally established throughout the province...” (History of Lower Canada, Christie, t. iii, p. 264.)

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Dans ce prodigieux mouvement de l'éducation, au Canada, où l’on vit à l’œuvre tant de citoyens distingués, entre autres M. Joseph-François Perreault et le D' Blanchet, à Québec, M. Michel Bibaud, à Montréal, le D' Labrie prit une part remarquable: “ Il fonda sur un grand pied à Saint-Eustache, dit M. Bibaud, des écoles-modèles ou académies pour les deux sexes, et il les surveilla sans cesse.” De son côté, M. Papineau disait en chambre: ‘“ Le D' Labrie a senti toute l'importance de l'éducation ; il l'a propagée tant que ses moyens le lui ont permis. Il a fait d'énormes sacrifices pour l'éducation du peuple...”

“Jacques Labrie, de Saint-Eustache, dit le D' Meilleur, avait établi deux écoles supérieures en cette paroisse, l’une pour les garçons, tenue par M. Paul Rochon,' et l’autre pour les filles, tenue par plusieurs personnes du sexe. Il les dirigeait toutes deux, et prenait part à l’enseignement avec autant de zèle et de talent que de succès.

“ Son école de filles était une véritable école normale; et les examens publics de ces deux écoles étaient regardés comme autant de fêtes littéraires et scientifiques auxquelles les amis de l'éducation de l'endroit, de tout le voisinage, et surtout de la ville de Montréal se rendaient en foule.

# J'ai rencontré, ajoute-t-il, dans le cours de mes visites, en qualité de surintendant de l'éducation, quelques institutrices qui avaient été formées à l'école du D' Labrie, et je puis dire qu’elles faisaient preuve dé connaissances exacts et approfondies dans les branches d'instruction qui étaient de leur ressort, et d’un grand talent dans l’enseignement et la tenue de leurs écoles respectives.” *

Ceux qui ont visité le beau viliage de Saint-Eustache ont pu admirer la longue et large avenue, bordée de tilleuls, qui conduit à la place de l’église. C’est “ dans la partie qui avoisine l’église et qui a été consumée” dans l'affaire de 1837, que se trouvait la résidence du D' Labrie, “belle maison en pierre à deux étages, ornée d’un superhe portique.”

“Sur une pointe parallèle à celle où l’église est construite, en face du jardin du presbytère, se trouvait la maison du D' Chénier, autrefois le pensionnat de demoiselles, si célèbre, établi par le D' Labrie. C'était une v' :te construction en bois, environnée d’une galerie couverte, et placée dans un site fort agréable ; le confluent des deux rivières est précisément à quelques pas de la porte...” *

On le voit, non seulement le D' Labrie avait fait de son académie de filles, à Saint- Eustache, une excellente école au point de vue des études, une véritable école normale où se formaient des institutrices de premier ordre, mais il en avait fait un séjour agréable et attrayant pour les élèves : il était vraiment un précurseur pour toutes les bonnes idées modernes en fait d'éducation. Ce que l'on réclame aujourd’hui, et avec raison, c’est que l'école soit irréprochable au point de vue hygiénique, qu’elle soit dans un beau paysage, dans un lieu aimable, où les enfants se sentent attirés de quelque manière, qu'ils y aient

! Le Dr Labrie avait beaucoup d'estime pour cet instituteur. Celui-ci étant un jour descendu à Québec, il le recommande en ces termes à M. Cazeau, secrétaire de l’archevêché : ‘Si le porteur avait besoin de vos avis, vous m'obligeriez en les lui donnant. Il sera étranger dans Québec, et pourrait peut-être désirer d’avoir des protecteurs. C’est un excellent jeune homme.”

? Mémorial de l'Education, p. 193.

3 Journal des événements arrivés à Saint- Eustache pendant lu rébellion du comté du Lac des Deux- Montagnes, ete., par un témoin oculaire. Montréal, 1838, p. 65.—Je dois à l’obligeance de M. Philéas Gagnon, l’un des échevins de la ville de Québec, l'extrait cité de cet opuscule. L'aimable bibliophile m'écrit que l’opuscule est attribué à M, Pâquin, curé de Saint-Eustache de 1822 à 1547.

de l'air, de l’espace, de beaux points de vue : tout cela se trouvait au pensionnat de Saint- Eustache, maison vaste, confortable et bien aérée, plantations, préaux, site agréable, au confluent de deux rivières.

Chaque été, vers la mi-août,—c'était généralement la date où commencçaient les vacances, à cette époque, —le village de Saint-Eustache revêtait un air de fête inaccoutumé, et l'on y voyait aflluer des visiteurs des endroits les plus éloignés, même de Québec. Les examens de l'académie du D' Labrie étaient, dit M. Meilleur, de véritables fêtes littéraires : chacun voulait y assister. Quel triomphe pour la cause de l'éducation populaire ! Comme cette cause avait fait du chemin dans le Bas-Canada !

Laissons parler ici un chroniqueur de l’époque, qui nous fait le récit d'un de ces examens de Saint-Eustache, celui de 1826 :

“ Les exercices publics de l’école de demoiselles de la Rivière-du-Chêne, sous la direction du D' Labrie, ont eu lieu en présence d’une assemblée nombreuse.

‘ Aux deux premières séances, les écolières furent examinées sur la grammaire française et la grammaire anglaise, sur l’arithmétique, la mythologie, l'histoire, et la géographie. La seconde classe, principalement composée d'enfants au-dessous de douze ans, montra beaucoup de progrès dans l'étude des deux grammaires, pour le peu de temps au’elle s’en était occupée ; mais la première classe fit l’application des règles avec une assurance étonnante. C’est surtout en écrivant sans faute sous la dictée, que ces élèves montrèrent au’elles savaient mettre en pratique ce qu'elles avaient appris. On admira pareillement la promptitude avec laquelle les calculs arithmétiques s'exécutèrent, et l'exactitude avec laquelle se firent les réponses sur la géographie et les opérations sur les cartes des différents pays.

“Ces premiers exercices, entremêlés de quelques pièces de musique, et de quelques conversations dans les deux langues, furent terminés par la représentation de l’Aveugle de Spa en anglais.

“ Dans la dernière séance, après que les cahiers d'écriture, les ouvrages de dessin et de broderie, etc., eurent été examinés, on s'occupa principalement de l'usage des globes, de quelques éléments de physique, de la géographie et de l'histoire du Canada, ces deux dernières composées par le D' Labrie. On vit avec plaisir mesdemoiselles Labrie, Dumouchel et Lantier parcourir cette vaste étendue de pays que comprend l'Amérique britannique du Nord, et entrer dans quelques détails au sujet du gouvernement, des lois, des productions et du commerce de cette partie de l'Amérique septentrionale. L'histoire du Canada commanda ensuite toute l'attention de l'auditoire pendant plus d’une heure, et le récit n’en fut interrompu que pour donner place à des applaudissements mérités, qu'on ne pouvait plus contenir.

“Cette dernière séance fut terminée par un drame français, aussi composé par le directeur de l'établissement. La justesse de la composition et le jeu parfait des actrices excitèrent le plus vif intérêt parmi les spectateurs, ‘ ärent verser des larmes à plusieurs.

“ La distribution des prix couronna ces exercices littéraires, et l'heureuse élève reçut la récompense qu’elle avait méritée, des mains de M. le juge Foucher, président de l'assemblée, qui, dans cette occasion, adressa au D' Labrie, aux institutrices et aux écolières un compliment flatteur, que l'auditoire approuva par de longs applaudissements.

“ Le soir, le D' Labrie donna un excellent diner à quaiante personnes de ses amis. Dans le cours de la soirée, il fut prononcé plusieurs bons discours sur l'éducation dans

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