CHAPITRE V
li'ârt Mérovingien
Résumons brièvement les résultats acquis par Tenquéte de M. Courajod. Nous avons cherché à analyser Tart dés peuplades qui sous le nom de Gaulois ont habité notre sol, et l'œuvre n'a pas été vaine, car, malgré la conquête romaine,, ce qui fait encore la base fondamentale 'de notre nationalité, ce sont les vieilles couches populaires d*origine gauloise. Ce qui aoihine dans leur art, c est une ornementation fort simple, avant, tout linéaire et géométrique, employée à la décoration des objets usuels. Nous avons dit aussi que notre ami avait insisté .tout par^ ticuliérement sur cette période et avait hautement proclamé Texistence de cet art trop souvent méprisé par les archéologues. Nous verrons que sa connaissance nous permettra plus tard d'apprécier et d'isoler les différents facteurs qui ont formé Tépoque romane.
Nous avons vu aussi les conséquences de la conquête romaine : un art officiel s'étend monotone sur le sol conquis. Celui des peuplades est désormais quasi vaincu, il se révèle ici et là, mais vit le plus souvent isolé, sans grande action sur le milieu soumis. La Gaule accepte pour des siècles la domination romaine, et à voir les nombreux monuments élevés sur son sol, on pourrait croire que les conceptions esthétiques qu elle représente ont profondément pénétré la société vaincue. Nous verrons bientôt que « quand disparait le poids qui oppressait la Gaule, il se fait pendant la période mérovingienne, dans la décoration et dans la sculpture d'ornement, comme une explosion du sentiment personnel celtique. On sent que les instincts primitifs de la race, refoulés par l'art officiel, par Fart urbain et aristocratique de l'époque romaine, n'ont pas été anéantis dans les masses profondes du peuple* ».