Courajod, l. c.« p
2. On peut voir dès cette époque la politique de Rome déplacer des Ger« mains, qui désireux de conserver des terres sur le sol gaulois, le défendront contre les envahisseurs. Cf. Suétone, Vita Aug., 21 (édit. Teubner), p. 46. Auguste assigne des terres aux Suèves et aux Sicambres, « ex quidus Suebot et Sicambros dedentis se traduxU in GalUam atque in proxinds Rhenoagris conlocavit n^ Tibère laisse dévaster la Gaule, « Gallias a Gcrmanis vastari neglexcnU. Vita Tiber,, 41^ p. Io^ Cet empereur assigne des terres k 40,000 Germains, ^qua*
Mais c*est à tort qu*on a considéré seulement ces incursions tantôt refoulées, tantôt envahissantes et qu'on a conclu à un apport assez minime de Germains. Ce qu'il faut considérer avant tout, c'est l'état économique de la Gaule qui, dés la fin du II* siécle,sou£fre de cet éclat superficiel provoqué par la conquête. Les villes fort denses ont appauvri le plat pays, les impôts trop lourds ont fait disparaître la petite propriété, qui n'a jamais été fort grande en Gaule, les travailleurs ruraux deviennent rares et l'Empire est obligé de faire appel à partir de la fin du m* siècle aux bras germains pour cultiver les terres laissées incultes ^ Les
draginta milia dtdlticiorum trajecU in Galliam^ juxta ripant Rheni sedibus adsi" gnaiis conlocavit ».
I . L'archéologie prouve aussi la dépopulation de la Gaule. A la fin du m* siècle, les villes se défendent contre les Barbares. Les habitants construisent à la hÀte des fortifications et prennent tous les matériaux qu'ils ont sous la Riain. Les tombeaux furent même utilisés. Cf. A. Marignan, Le Triomphe de rÉgUse au IV* siècle^ 1887, Bouillon, p. ^o. En étudiant les anciens plans des villes gallo-romaines on peut voir combien la ville s'est rétrécie. Le Bordeaux qu'a connu Ausone est loin d'être celui du 11* siècle. Il en est ainsi de Sens, d'Autun, de la plupart des villes du Midi ou de l'Ouest. Les renseignements nous manquent pour juger la dépopulation, mais les contemporains nous ont donné des détails assez précis sur la ville d^Autun à la fin du iKi* siècle. On peut voir ce qu'était devenue une grande colonie romaine. L'impôt accablait ses habitants et l'avait ruinée, sa popi^ation avait fui, les plus audacieux étaient partis vers d'autres régions, d'autres s'étaient réfugiés dans les forêts. Eumèae nous montre dans son Panégyrique à Constantin combien le territoire de XtLCÙfitas avait peu de valeur. Les habitants n'avaient plus d'énergie pour cultiver la terre. Les paysans ploiçnt sous le fardeau desdettes. Aussi n'ont-ils pu ni défricher, ni détourner les eaux qui ont envahi le territoire. C'est aujourd'hui un terrain inculte et ce qui « ita quidquid olim fuerat tolerabiUs soLiy aut corruptum est paluditus aut seiUibus impeditum. Au delà même du pagus Arebrignus, on ne trouve que des forêts et des rochers où habitent des bêtes sauvages. La plaine qui s'étend jusqu'à la Saône autrefois si fertile, aujourd'hui dévastée,est ensevelie sous les eaux. Les marais seformaient. « Siquidem ager qui numquam respondet impendiis ex necessUate deseritur, etiam inopia rusticanorum^ quibus in aère alieno pacUlantibus nec aquas deducere nec silvas licuit excidere, Quin etiam ipse Ole pagus Arebrignus inani feritur Uipidia^ cujus infimo loco v'dium cuUura prœcipua est : nam rétro cetera siluis et rupibus invia securarum sunt cubilia bestiarum. ILla auiem quce subjeda et usque Ararim porrecta planities fuit quidem^ ut audio^ aliquando jocunda^ cum per singulorum fines continua cuUura procursus foniium uallibus patentibus evehebai ; nunc auiem interclusis vastUate meatibus^ quicquid humilitate sua fuerat uberius^ in voragineê est (stagna) conversum^ Ipsce denique vineas, quas mirantur ignari^ ita petustate senuerufd ut cuUuram, jampasne non sentiant, Bœhrens, Pane gyr ici Constantino Augusto^ p. 184. Cette situation précaire et l'avidité du fisc avaient amené des souffrances sans nombre. « Jacebat Macivitas non tam mœnium. ruinis quampirium
96 UN HISTORIEN DE LAkT FRANÇAIS
esclaves môme se recrutent le plus souvent parmi les Barbares toujours prêts à venir chercher en Gaule du travail pour subsister/ Colons et esclaves, tel est le principal modie d'invasion pacifique des Germains sûr notre sol. Et à mesure qu elle connaît de mauvais jours, que sa population décroit, que les villes même perdent de leur densité, TEmpire se voit obligé d employer des moyens plus énergiques : de transporter des peuplades germaniques sur le sol désert. Grâce à ce moyen, Pluméne pourra féliciter Constance d'avoir donné à la Gaule une prospérité, — il est vrai, — éphémère: « Qui aurait pu croire,dit-il àlempereur que nous verrions ces agmina barbarorum^ à Taspect farouche, accompagnés de leurs femmes et enfants, être répartis au milieu des habitants des Gaules et chargés de cultiver les terres laissées en friche, ces terres mêmes qu'ils avaient ravagées dans leurs brigandages ! )) Et il le complimente ensuite d*avoir rendu le Franc joyeux de labourer les terres désertes des Nerviens et des Trévîres, et par le même procédé d'avoir diminué ie prix du pain dans les contrées des Ambiens, desBellovaques,des Tricasses et des Lingons'. Et à partir du milieu du m* siècle, les plaintes se répètent sans cesse,les incursions deviennent plus fréquentes, plus nombreux aussi les maux soufferts, les ravages du plat pays. «Semblables aux hordes arabes du désertjcelles d'Allemagne apparaissaient sans qu'on s'y atten* dit,disparaissaient aussi vite, chargées des dépouilles de la contrée pillée, mise au saccage, incendiée, ruinée. C'est ainsi que s'expliquent ces traces innombrables d'incendies que nous avons constatées sur tant de nos emplacements de villas, de constructions gallo-romaines, jusqu'au sein de leur sol parfois calciné, comme à Nizy,de telle sorte que la terre quand elle contient un peu d*argile forme des masses considérables, compactes, dures, solides et rougies par la cuisson . On peut même dire que la po-
defeciionc prostraia, ex quo eam nos/i census exanimaral accrhUas, » Bœhrens, PanegyricU p- 184. Constantin est venu les apaiser, « quam muUi^ quos inopid làiitarc per saltus aut etiam in cxilium ire compulerat, ista rcmissione reliquorum in lucem excunt^ in patriam revcrtitntur^ dcsinurtt prisHnam âccusare paupcriem^ dcsinunt odisse agrorum suorum sterilitatem, d Ce discours malgré ses éloges déclamatoires nous montre cependant la situation d^une ville des Gaules à la fin du m* siècle. On appela des colons pour repeupler la ville, des ouvriers vinrent d'Angleterre pour construire des édifices, et là cité put retrôuVër uii moment de prospérité.