‹ Un historien de l'art français: Louis CourajodChapitre 14 sur 57 · Cf. Panegyrici Latini (Teubner), p. ij · texte numérisé non relu

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pulation située à TEst et au Nord est sans cesse renouvelée, les guerres sans nombre déciment sans pitié les indigènes qui n'ont pu se réfugier dans les villes, qui, elles aussi, ne tardèrent pas à être la proie des bandes barbares. Et les récits contemporains ne sont pas les seuls témoins de ces nombreuses dévastations, lai^ chéologie prouve aussi les paniques incessantes des habitants^ . » Les trésors enfouis nous montrent Teflfroi du plat pays, les villas en ruine dans le Nord et dans TEst, le pillage et Tincendie causés par les Barbares*. C'est en vain que les empereurs arrêtent un moment ces hordes guerrières. Posthume, Aurélien, Probus. Constance, Julien luttent avec courage et énergie contre elles, mais eux partis, la Gaule est encore livrée sans défense aux (lots débordants des Germains'.

I. Fleury, les Antiquités monumentales de f Aisne, 11, p. 105.

3. L'archéologie peut encore nous prouver ces paniques. Cest surtout au milieu du 111* siècle, 258-276 qu'elles eurent lieu. On voit que les habitants durent se trouver pour la première fois en présence de ces hordes. Les populations affolées confient des trésors à la terre. Cf. Bulletin monumental^ 1845, p. 47, pour les villes détruites, 1858, p. 199, ûi., 1860, p. 292; 1866, p. 288; 1867, p. 61;, 1858, p. 109; pour les trésors. Cf. Hucher, Trésor de JubUUns, Cf. de la Blanchardière, Trésor Talmond (Vendée), Reuue numismatique^ p. 1856, p.295. 7>^£or de Magnoncourt (Vosges), des marais Saint-Gond (Marne) an 265. Reuue Numismatique^ 1840. p. 120. Cf. autres trésors, Revue Numismatique, 1860, p. 15^ Je n*ai pu fajre tout le dépouillement des principales revues des Sociétés savantes de la France. On en trouverait un grand nombre.

j . On ne peut citer pendant le 11* siècle que des mouvements partiels sans grande importance et bien vite réprimés, mais dès 19; nous avons une sérieuse invasion. Didius Julianus rejette les Germains de l'autre côté du Rhin. Cf. Historias Aug, Vit. D, Juliani, ij. Posthume lutte contre les Germains avec succès et put encore les refouler. Il répara autant qu'il était possible les ravages de ces hordes. Cf. Eutrope, //.,1X. Le plat pays désormais sans défense avait été complètement ravagé. Un historien, Eusèbe, récemment retrouvé, signale dès la fin du xii* siècle le siège de Tours par les Germains. Cf. Compte rendu de l'Académie des inscriptions du 7 février 1890. Communication de M, Th. Reinach sur un fragment de l'historien grec Eusebios (année 1890, p. 14. Cf. Repue Historique, I, mars 1890). Les Barbares avaient pu impunément s'avancer jusqu'au cœur même de la Gaule. Mais, dès 27c, les incursions deviennent plus fréquentes. Après la mort d'Aurélien et sous le règne de Tacite, les Germains dévastent le Nord et l'Est et les côtes de la Gaule « imoperomnes GaUias securi vagarentur ». Cf. Hist» Au^. Vopiscus, Vita Probi, VI . Le danger put être, grâce aux efforts de Probus, momentanément conjuré; on parle d'un nombre assez élevé de Germains venus en Gaule. Cet empereur en tua quarante mille et en prit seize mille qu'il inséra dans les légions. 11 semble qu'il plaça des Germains sur les terres de Gaule, car il écrivit au Sénat : Tous ces Barbares, labourent^ sèment^ combattent déjà pour pous* Ces victoires ne

qR un historien de l art français

A ces nécessités d'ordre économique viennent encore s'ajouter des besoins politiques. Les armées romaines sont le plus souvent composées de contingents barbares; des lètes^dQsfœderatî forment les cohortes impériales. La situation géographique de la Gaule la prédispose à recevoir le plus grand ndmbre de ces cantonnements barbares. Et ces létes établis sur; notre sol ne sont pas, comme on pourrait le croire, de simples soldats recrutés parmi les Germains, mais forment des îlots particuliers, des villages même répandus sur le sol gaulois. La Notitia Dignitatum nous permet de voir des Teutons à Chartres, des Bataves et des Suéves à Bayeux et à Coutances, des Suéves au Mans, des Francs à

peuvent rien et les Barbares envahissent encore U Gaule. Deux parties sont attaquées et ravagées, TOuest, les bords de la Manche par les Saxons, et TEst par les peuplades germaniques. Vers 291, Maximien transporte encore dans les ctW/iz/es de Cambrai et de Trêves des Barbares pour cultiver le sol. Cf. Bœhrens. Panegyrici Latini, VIII, p. 1^8. Cette paix était momentanée, car Constance se voit obligé de faire de nouveau la guerre contre les Germains. Il accorde des territoires en Gaule à un grand nombre de Barbares. <i Nec contentas picissCy ipsas in Romanas transtulU nationes, ut non solumarma sed ctiam feritatem ponere cogèrent itr. » Cf. De Constantino, p. 16 j. Et ces peuplades vont donner de la vie à ces cMates dépeuplées. Quid loquar rursus intimas Franciœnationesnonjam ab his tocis, quœ otim Romani invaserunt sed a propriis ex origine suis sedibus atque ab uttimis barbariœ littoribus avubas^ ut in desertis Galliœ regionîbus collocatas et pacem Romani impcrii cultu juvarent et arma dilectu) Cf. Bœhrens, Panegyrici Latini, VI II, p. 164. Ce succès fut de courte durée, car dès le commencement du iv* siècle, les Barbares se soulèvent, passent le Rhin, pillent le territoire gallo-romain jusqu'à Langres.Les chroniqueurs nous disent qu'ils étaient soixante mille; malgré ces mesures, TEst est de nouveau pillé parles Germains sous Constance. Les Barbares chassés reviennent en grand nombre et ravagent le territoire. Toute la partie de Strasbourg à Mayence leur appartient, Cologne avait été saccagée. Cf. Ammien Marcellin, XXI, 4, XX, 7. A partir du milieu du iv* siècle, les incursions se succèdent. C'est à ce moment que Julien arrive en Gaule. Il la trouve dans une misère fort grande. « Extrema penuria Gallis. » Ammien Marcellin, XVI, 5. Ils avaient ravagé toute la partie du Nord et du Nord-Est et étaient parvenus jusqu'à Sens. Cf. Ammien Marcellin, XVI, 4. Le futur empereur a une peine énorme à ravitailler ses troupes, car la campagne est inculte. Les ravages se concentrent dans ces parties, les Germains ravagent Autun, Auxerre,Troyes, ilsvontmême jusqu'à Lyon et pillent Vienne. Cf. Ammien Marcellin, XVI, 2. Les territoires sont sans défense, Nullo retinente ad internecionem Barbaris vastantibus universa, sur tout leur parcours ils détruisent, quidquid extra oppidum potuit inveniri^ vastassent. Cf. Ammien Marcellin, XVI, 12. Julien peut les vaincre et les refouler sur Tautrc rive du Rhin. Il écrit une lettre au Sénat. Cf. Julien. Œuvres complètes (traduction Talbot), p. 2^9. Xouvre La campagne y Us blés déjà mûrs. Une multitude de Germains campaient tranquillement autour des Mes gauloises qu'ils avaient ruinées. Le nombre des villes démantelées

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Rennes, des Bataves à Arras, à Noyon, à Reims, à Senlis, à Tongres; des Suèves encore à Clermont-Ferrand, des Germains à Langres, à Semur, à Époisses (Côte-d'Or), à Famars, prés de Valenciennes. Et ce n'est pas seulement des Germains que nous voyons comme corps de troupe, mais des Maures à Vannes, à Osismi (Finistère), des Dalmates à Avranches^ Ces mesures exigées par le danger devenu de plus en plus

par eux pouvait s*cUvtr à quarante-cinq^ sans compter les tours et tes forteresses. L'étendue du terrain occupé par ces Barbares en deçà du Rhin égalait Vespace com^ pris entre les sources de ce fleuve et les bords de V Océan. L* ennemi cantonné le plus pr^s de nous était à. trois cents stades de la rive du Rhin : déplus^ ils avaient laissé entre eux et nous un désert trois fois plus grand par des dévastations telles que les Celtes ny pouvaient mener paître leurs troupeaux, D^autres villes, quoique plus éloignées des Barbares, n'en étalent pas moins dépeuplées. L'archéologie peut prouver ces dévastations et montre que certaines villes ne purent se relever de leur ruine. Les victoires de Julien ne devaient pas être efficaces, elles ne font que retarder des désastres que la Gaule» lui parti, va subir. Les légions clles-mâmcs se plaignent, nos quidem ad orbis terrarum extrema ut noxii pellimur et damnati : caritates vero nostrce Alamannis denuo servicnt^ quas captivitate prima post internecivas Uberavimus pugnas. Cf. Am. Marc, XX, 4.

Après la mort de Julien, les Germains se portent en masse sur la frontière, envahissent la Germanie. Alanianni enim perrupere Germaniœ limites. Cf. Am. Marc, liv. XXVI, ch. 5. Ceux-ci s'étaient avancés sur le plat pays qui, vastitatis propinquioribus locis, longius discesserant incruenti, Valentinien voudrait quitter la Gaule, mais on le suppliait de tous les côtés ne interneciva minantibus Barbaris exponeret Gallias, nevà hac causatione provincias desereret egentcs adminiculis niagnis. Vers ^67, des bandes s'étaient avancées sur le territoire galloromain ; trois corps de troupes germaniques dévastaient les campagnes. L'un d'eux s'était avancé jusqu'à Chalon. Ils étaient plus de dix mille. Cf. A. M.» XXVII, 3. L'écrivain mentionne toujours les dévastations, direptis propius villis. De tous côtés en Gaule se livraient des combats. Prœter hecalia multa narratu minus digna conserta sunt prcelia per tractus varias Galliarum. Cf. aussi XXVII, 10. Mayence est pillée, les habitants faits prisonniers et amenés. Valentinien leur livre bientôt une grande bataille et les bat. His» que tali casuum diversitate pcrfectis. Les Germains inquiètent toujours Valentinien et ne se fatiguent jamais d'attaquer les frontières. Cf. Am. Marc, XXXVIII, s. Ces peuplades se multipliaient d'une manière étonnante: /m/nam« enim natio, jam inde ab incunabulis primis varietatc casuum immunita, ita sœpius adulescit^ ut fuisse longis sœculis œstimetur iniacta. Les frontières de l'Empire sont attaquées de tous côtés et la défense devenait de plus en plus difficile. A partir du dernier tiers du iv« siècle, les guerres deviennent nombreuses et des compétitions de palais poussent quelquefois les futurs empereurs à se servir des forces barbares. Nous connaissons l'invasion des Germains en 406. Cf. S. Jérôme. Ep. CXXII, Orose, VII, j8 et 40. Ils ravagent encore Trêves, Arras et l'Aquitaine.

I. Cf. Dejardin, Géographie de la Gaule romaine, IV, p. 495-97.

pressant n'empêchèrent pas TEmpire de succomber sous les attaques des Germains. Les terres du Midi de la Gaule servirent à payer aux Wisigoths les services rendus à TEmpire; Honorius leur octroie en 419 la Seconde Aquitaine. Ils s'établirent, sur le sol gallo-romain suivant le mode des légions, mais se trouvant divisés ils purent être plus facilement absorbés par la population indigène, ce n*est pas à dire que l'établissement des

Wisigoths sur les plaines de la Garonne et plus tard, sous Euric, sur TAuvergne et la Narbonnaise, n'ait laissé des traces durables et relativement nombreuses. Les villages qui trahissent une origine germanique en Languedoc sont assez fréquents. La Haute- Garonne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Gers, TAriége en fournissent un certain nombre. « Les bords de la Garonne et de ses principaux affluents donnent la plus grande partie des cimetières barbares connus au sud de ce grand fleuve ; dans les contreforts des Pyrénées, il s'en rencontre rarement; au Nord c'est-à-dire vers le centre de la France, nous ne connaissons jusqu'à présent l'existence d'aucune sépulture nettement caractérisée ; à l'Ouest au contraire, dans les départements voisins de l'Océan, ces nécropoles apparaissent nombreuses jusqu'à la Loire. En résumé, l'établissement de ce peuple semble s'être uniquement cantonné dans les régions qui forment un grand cercle commençant au Rhône et finissant à l'embouchure de la Loire, en passant par l'Hérault, l'Aude, la Haute-Garonne, le Lot-et-Garonne, les Charentes, les Deux-Sèvres *.»

Le nombre des cimetières trouvés jusqu'à ce jour atteint envi-

I. Barrière-Flavy. Les sépultures barbares du midi et de Couest de la France t 1892. Leroux et Privât, p. 28, 29. L'auteur déclare le peu d'importance de la colonisation des Wisigoths et tout de suite après il cite le travail de Cazalis de Fondouce, Ébauche d*une carte archéologique du département de V Hérault^ p. 10, qui reconnaît u que Télément wisîgoth a laissé des traces profondes au point de vue ethnique sur notre sol ». Cf. Barrière-Flavy, /. c., p. 27. Il faut lire ce livre avec une très grande prudence, Tauteur accepte certains objets qui n'appartiennent pas aux v* et vi* siècles. Il prend pour le swastika gaulois un simple entrelacs des mosaïques romaines, et ne rattache pas la décoration particulière de certaines plaques à l'influence syrienne: étoiles à six raies roses, croix dans un cercle, palmcttes, etc. Il faut ajouter à ces cimetières ceux qu'on a trouvés depuis 189^ Cf. BuUelin archéologique du Midi de la FrancCi 1894, p. 77. Ils sont au nombre de 5. D'autres aussi dans l'Aveyron. La carte de M. Barrière-Flavy sera fort intéressante et très utile pour la pé» riode de l'art roman.

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ron déjà le chiffre de cent vingt-cinq localités. Il faut cependant s^vouer que la population de ces lieux n'était pas exclusivement germanique. La même remarque s'applique aussi à tous les cimetières burgondes et souvent à ceux des Francs que nous allons trouver sur notre sol. Mais ce qu'il importe de retenir,c'est que la population indigène adopta très vite les habitudes, le costume de ceux qui détenaient le pouvoir. Malgré un temps très long de la domination romaine et le nombre relativement faible des Germains en Aquitaine, à voir l'empressement des indigènes à accepter les usages, le costume germanique, il faut bien admettre une influence assez importante de ces nouveaux venus sur le pays concédé.

Les Wisigoths ne furent pas les seuls à recevoir des portions de territoire en Gaule. Les Burgondes, établis tout d'abord comme alliés de l'Empire sur le territoire de Worms, mais bientôt détruits par les Huns, reçoivent des terres en Sabaudia (Savoie). Réduits à un nombre relativement restreint, — cinquante mille environ, — ils arrivent pourtant à un développement rapide, et appelés par l'aristocratie lyonnaise, ils s'emparent peu à peu des territoires de la Première Lyonnaise. Les noms de lieux qui témoignent de leur présence sont nombreux dans les départements de la Savoie et du Doubs. Assez fréquents dans celui du Jura et de l'Isère, ils apparaissent plus clairsemés en Franche-Comté, dans l'Ain et la Côte-d'Or. Les cimetières burgondes établissent aussi l'existence de ces colonies germaniques. Trois centres importants dans le Jura, le Doubs et la Côte-d'Or indiquent une colonisation assez dense.

M. Bertrand fait remarquer l'absence de sépultures barbares dans le centre de la France, il faut donc admettre avec le savant archéologue que cette partie de la Gaule ne reçut des Germains qu'à l'état isolé. Mais plus à l'Ouest, vers le Maine septentrional on constate la présence d'un groupe de population germanique commandé au vi* siècle par le prince franc Rignomer. L'archéologie souterraine, la toponomastique prouvent aussi ce contingent barbare.

La contrée de la Gaule située sur le bords de la Manche ne fut pas moins pénétrée par l'élément germanique. Les villes galloromaines eurent à soufFrir bien vite des nombreuses incursions des Saxons qui venaient détruire les récoltes, piller le plat pays.

Les villes incendiées, les castra en ruine, les monnaies qu'on a trouvées au milieu des décombres attestent qu*à la fin du IV* siècle, la civilisation gréco-romaine avait cessé d exister dans ces contrées*. Ces destructions incessantes produisent des changements notables dans les civitates^ quelques-unes même se réunissent en une seule'. Tout d'abord pirates, attirés surces bords par la richesse du pays, les Saxons songèrent à établir des colonies sur les côtes ; peu à peu même, ils s'avancent dans Tinteneur des terres et fondent dan^ le Bessin actuel, dans le Pasde-Calais jusqu'à Ëvreux des établissements importants. Plus tard, ils s'avancent même sur les bords de la Seine-Inférieure jusqu'à l'extrémité du Cotentin. Les cimetières, les noms de lieux attestent aussi cette prise de possession'. « Il est intéressant de trouver dans les noms de lieux de certaines parties du littoral normand ou dans les noms de lieux du Boulonois des souvenirs de colonies saxonnes alors que les documents écrits de la période franque parlent uniquement des Saxons établis aux environs de Bayeux. » Il faut cependant avouer qu'on ne peut pas apprécier

X. Les Saxons dès la fin du m* siècle ravagent les c6tes delà Bretagne et rintérieurdes cipitates. Une invasion est signalée par les chroniqueurs dès 259, elle revêt encore en 277 de grandes proportions. Ils envahissent avec les Francs les côtes du littoral de la Manche dont tous les ports furent remplis de ces redoutables Barbares. Repoussés, ils reviennent encore vers la fin du III* siècle. Les historiens relatent à chaque instant les maux soufferts par les populations. Cf. Claude Mamert. Panegyr., 1, p. 4. Cf. S. Jérôme, Epistola^ Bouquet, Historiens de la France, I, p. 774.

2. Cf. On peut voir au musée de Rouen un grand nombre d'objets galloromains brûlés. Les archéologues trouvent dans cette partie de la France des médailles alésées par le feu et des monuments enfouis sous des amas de cendre et de charbons. Les monastères qui vonts'établir dans ces contrées vont profiter des ruines accumulées. Cf. Tabbaye deS.^mand. Les vies des saints en mentionnent en certain nombre. Juliabona fut détruite déjà en 406, Rouen eut beaucoup à souffrir. Cf. Eutrope, //. /^., X, c. 4. peu à peu les Saxons fondèrent des colonies. Longnon, Géographie de la Gaule au VI* siècle^ p. 172-

^.« Leurs incursions ou bien plutôt encore les postes qu'ils parvinrent à établir sur les côtes des provinces romaines, valurent à certaines parties du littoral et aussi aux côtes gauloises qui s'étendent des bouches du Rhin à l'embouchure de la Loire le nom de LUus Saxomcum qui apparaît pour la première fois dans la NMia Dignitatum rédigée dans les premières années du ▼* siècle* C'est donc au moins à cette époque qu'il est permis de faire remonter les colonnes saxonnes que Grégoire nous apprend avoir existé de son temps sur la Loire et daas la cité de Bayeux. » Il faut mentionner aussi dans la région du Maine septentrional, les Taifales qu'on retrouve au temps de Grégoire de

exactement l'étendue de cette première colonisation, car les Normands venus en plus grand nombre dâtruisirent à la fin du ix" sidcle une partie des lieux autrefois dénommés par les Saxons.

I^es Francs qui devaient fonder un royaume durable, tout d'abord fcederalî, plus tard envahisseurs, arrivent à vaincre le dernier représentant de l'Empire romain, Syagrius, et se rendent maîtres des pays situés sur les bords de la Somme jusqu'à . la Loire. Ce sera là, en effet, qu'à travers tout le moyen âge nous pourrons constater la plus grande germanisation. Les noms de lieux, les cimetières mérovingiens nous indiquent par leur fréquence une plus profonde implantation des populations germaniques. Rappelons- no us aussi que cette partie de la Gaule sans cesse décimée a eu, selon toutes probabilités, bien avant les invasions, une population quasi germanique- Les Gallo-Romains ont dû se réfugier, dés la fin du 111° siècle, dans les villes qui leur procuraient un asile plus sûr. i( Au Nord-Est, dit M. Bertrand, un ensemble important de sépultures mérovingiennes se montre à à nous entre la Seine et le Rhin. » Et ces nécropoles ne livrent pas seulement quelques objets, mais A rc y-S , -Restitue nous donne s à 6,000 tombes. On voit ainsi que dans cette partie de la Gaule, les Germains « se sont maintenus en groupes plus ou moins compacts en conservant sur notre sol une grande partie de leurs usages et de leurs mœurs ». Et les maux sans cesse renouvelés qu'avaient subis ces contrées ne furent pas terminés, tes invasions des Francs décimèrent sans pitié ces trop paisibles populations. « Le Vermandois, la Thiérache, le Laonnois, le Soissonnais, la Brie, toute la contrée enfin qui s'étend entre l'Escaut, la Somme, l'Oise, l'Aisne et la Marne souffrirent alors des maux horribles. Parcourus dans tous les sens par les hordes immigrantes, ils furent une fois de plus pillés, ravagés, ruinés à fond, livrés au feu et à regorgement', n On dirait même que c'est la fin de l'immigration aryenne qui s'accomplit.

Tours formant ei

tans défense. Cf. Ceuic d'Aélius,

Si les trois mille guerriers qui reçoivent le baptême avec leur chef Clovis peuvent faire croire à un nombre relativement restreint de Francs, la carte des noms de lieux et celle des cimetières prouvent le contraire^ Ce contingent assez faible est du reste démenti par les objets que dès fouilles, chaque année plus riches, nous révèlent. « Il est possible d affirmer la présence partout, soit de ces Germains arrivés chez nous et comme par vagues successives, couvrant tout le pays pendant trois siècles, s'y étalant pour laisser passer d'autres flux et d'autres marées, soit de leurs héritiers directs et nombreux, soit des nouveaux venus des bords du Rhin. Il est possible d'affirmer, si pressés déjà que soient les noms de leurs sépultures retrouvées de nos jours seulement,

qu'il y en a eu un bien plus grand nombre encore, c'est-à-dire à peu prés dans tous nos centres actuels de populations rurales ou dans leur voisinage immédiat'. »

Le royaume franc, nouvellement fondé, ne mit pas un terme à cette poussée germanique ; la colonisation ne fut pas terminée par Tinstallation des Francs sur notre contrée : elle s'étale sourde et obscure, plus lentement, il est vrai, mais d'une manière continue jusqu'à la fin des Carolingiens. Pendant cette longue période on pourrait même parler d'une seconde invasion germanique. Et si les récits contemporains ne nous permettent pas de la suivre pas à pas, les noms des comtes nommés dans les cités nous prouvent que la maison carolingienne savait faire appel et à leur énergie et à leur bravoure.

Pour la période mérovingienne, nous savons que ces hordes arrivent en grand nombre appelées par Sigebert contre Chilpéric, qu'elles sont employées à défendre Brunehaut contre Clotaire II ; elles aident Charles Martel dans la lutte héroïque contre les Arabes. Charlemagne ne méconnaît pas leur valeur et donne

Paulin de Périgueux, Vita S. Martini, P. L. Migne, p. VII, col. 1068, A. VII, col. 1068 A. Le Bas-Poitou est dévasté par eux. Cf.Fîtlon, Le Langon, 1867, p. 21. Cf. Sidoine Apollinaire, Carmen Vil, p. 248. Ils portent partout la désolation et la ruine : « Qui proxima quœque discursu,flanunis ferro, feriiaU, rapinis, delebant^ pacis faUentes nomen inane. » Paulin de Périgueux dit quMls étaient plus féroces que les ennemis « qui durior hoste ». Cf. Paulin de Périgueux. P. L. (Migne), VUa S, Nfartini, VI, v. 218, col. 1068 A.

1. Carte de M. Longnon dans Patlas Schrader. Atlas Historique, avec les quelques notes qui s*y trouvent.

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