‹ Un historien de l'art français: Louis CourajodChapitre 15 sur 57 · Fleury, /. c, II, p · texte numérisé non relu

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môme à certaines peuplades saxonnes des territoires en France^

Au milieu de ces calamités qui fondirent sur la Gaule, Finfluence romaine ne pouvait pas subsister bien au fond des couches populaires. On Ta vu, lé Nord-Est est déjà perdu au commencement du iv« siècle, l'Ouest est ravagé et pillé par les hordes germaniques, le Midi n'est pas môme à Tabri des incursions. Le Centre appauvri se voit obligé de faire appel à des éléments étrangers. Tous ces faits nous montrent une romanisation de notre pays très superficielle. Ce n'est pas en trois siècles qu'on peut changer et la langue d'ua peuple et ses mqpurs. Rome avait créé dans les villes un foyer de civilisation assez puissant pour gagner à sa cause la population urbaine. Le plat pays dut se montrer plus réfractaire, et s'il subit dans des parties situées plus à l'Ouest et plus au Midi la culture romaine, il ne dut l'accepter qu'en formant un compromis avec les anciennes coutumes et celles du vainqueur. « C'est une opinion accréditée qu'à cette époque le latin était devenu la langue universelle, la langue unique des Gaulois, mais c'est une opinion peu vraisemblable en elle-même. Elle a contre elle l'excessive difficulté avec laquelle il est constaté que les langues se perdent pour peu qu'elles soient parlées par des masses d'hommes nombreuses et sur un territoire peu varié et d'une certaine étendue. Reste à voir si elle a les faits pour elle, il est aisé de s'assurer que non. Pour ce qui est de la Gaule, le latin n'y fut certainement jamais la langue de tout le monde, il y a une multitude de faits pour établir que dans diverses parties du pays, l'usage des anciens idiomes nationaux et mèmedu grec se maintint jusqu'aux derniers temps delà domination romaine et lui survécut. » Fauriel cite les lettres de S. Jérôme, mais il ajoute aussi: (( Or, à l'appui de ces

I. G. H, Scriptores. PerU, I. Monumbnta. Cf. Annales Laurissenses minores, p. 119. Karlus in Saxoniam Francos conlocat, Saxones inde cducens cum uxoribus et liberis, id est tertium hominem,

Fulda (manuscrit). Karlus in Saxontam pergens Saxones obtinuU et tertium de eis hominem in Franciam educens conlocauit. Pertz» I, Chronicon Moissiacense an 796-797, p . ;o2 : Et ipso anno ipse rex Carolus demoratus est in Saxonia cum duobusfiUis smSf'id estCaroloet circuivU terram Saxonorum^ ubi rebelles fuerunt inundendo et postando omnia etprcedam innumerabilem, viros et matières et parvU' los, captivas duxU secum in Francia.

deux faits il y en aurait vingt autres à citer, s'il n*était pas trop long de le faire. » Qui ne sait en effet qu'à en croire Sidoine Apollinaire, la noblesse de TAuvergne aurait parlé seulement latin à partir delà fin du iv*' siècle; que la juridiction romaine, au dire d'Ulpien était contrainte à décréter les lois en langue celtique, et qu'enfin Sulpice- Sévère nous montre qu'on parlait encore la langue des vaincus jusqu'à la fin de l'Empire^)))

L'art peut apporter son contingent de preuves. Les motifs décoratifs sont comme une écriture qui atteste la survivance des peuplades qui les ont créés. Si l'art officiel gréco-romain avait pu couvrir la Gaule d'édifices pompeux, la statuaire populaire, les ex-voto des paysans nous montrent au contraire com bien étaient encore vivaces les symboles du passé: on les voit surtout sur certaines divinités plus populaires, ils s'étalent sur des statues plus importantes, et la domination romaine disparue, ils s'affirment au grand jour. L'art prouve donc la survivance du vieux fonds gaulois.

Ce qui a surtout romanisé la Gaule, c'est, à mon avis, l'Église. C'est elle qui représente Rome avec son passé et sa culture. Elle aussi va grouper autour du noyau plus faible des Gallo- Romains survivant aux invasions, les nouveaux domiciliés. L'Église les forcera à pénétrer dans les basiliques, à écouter l'évangile, à perdre peu à peu leur rudesse et leur langage. Ce ne fut pas en un jour qu'elle put accomplircette tâche. Des concessions étaient même obligatoires, il fallait vivre et de ce contact journalier la langue vaincue accepta un certain nombre de vocables nécessaires à ces etitretiens quotidiens. Quand on songe au vocabulaire relativement restreint d'un paysan contemporain de Grégoire de Tours, il faut admettre une influence relativement assez forte de langue germanique. Les mots acceptés ne peuvent se rapporter qu'à la vie de tous les jours. Guerre, agriculture, telles sont les occupations de ce monde, aussi les noms germaniques entrés dans la langue française désignent-ils des objets et des idées de guerre et d'agriculture.

Pour l'analyse du tempérament artistique germanique et l'étude

I. Cf. Fauriel, Histoire de la poésie propençale, p. 188, cf. le livre si intéressant et si juste de M. Bonnet, Le Latin de Grégoire de Tours^ p. 24-27. Il a rassemblé toutes les preuves. Aussi Baret, Œuvres de Sidoine Apollinaire^ préface .

de rinfluence des conquérants sur Tart français, il était nécessaire de limiter les centres où cette influence a pu s*exercer d*une manière durable. Au moment où notre ami était arrivé à Tétude de Tart barbare, j'avais terminé mon travail sur la civilisation mérovingienne. J'avais dû faire la carte des cimetières germaniques et celle encore imparfaite des noms de lieux. Les études si savantes de M. Longnon, ses leçons professées à TÉcole des Hautes Études et au Collège de France si importantes, avaient facilité mes recherches. Dans nos causeries souvent reprises sur Tart mérovingien, je n'avais avec mon ami aucune divergence. Nos vues étaient les mêmes. Elles étaient nées de l'étude sérieuse de l'état de la Gaule sous la domination romaine, des établissements des Barbares. Nous venons de voir combien de tous les côtés notre France fut pénétrée d'éléments germaniques. Et ce qu'il est nécessaire de retenir pour bien comprendre l'origine de notre art gothique, c'est la germanisation de la partie nord et nord-est de la Gaule.

Si les Germains n'ont pas apporté avec eux un art déjà développé, on ne saurait nier par les nombreux objets que nous possédons, trouvés dans les cimetières, qu'ils avaient un tempérament artistique s'accusant de plus en plus. Et ce n'est pas impunément que les Francs sont devenus les maîtres de la Gaule : certes la littérature représentée par Sidoine Apollinaire et les petits cénacles poitevins, l'art monotone de l'Empire vont disparaître, mais à leur place, par l'influence du christianisme, par la venue d'un peuple jeune et barbare, apparaissent aussitôt des effets nouveaux qui nous montrent des modifications notables du milieu occupé. C'est tout d'abord une vie religieuse très intense qui s'accuse. Les monuments élevés par elle en font foi. Les poèmes épiques que les Francs apportent à peine ébauchés, l'architecture en bois qui s'étend sur ces contrées, l'ornementation toute particulière que nous montrent les cimetières mérovingiens, la vie qui s'annonce dans ces populations autrefois somnolentes, la brutalité qui s'accuse chaque jour, tels sont pour nous les phénomènes qui nous révèlent un monde nouveau. Et si, dépassant ces époques encore grossières, nous poursuivons l'évolution historique, nous pouvons alors comprendre la belle floraison de la France, au moment des Croisades, où sa population débordante se répand

sur l'Orient, où sa langue et sa littérature sont traduites et goûtées, où son art dit gothique se propage sur tout TOccident. Âpres avoir dtessé la carte des cimetières mérovingiens et esquissé le tableau de la colonisation lenteet continue des Francs, il nous reste à connaître quel était leur état de culture.

Ici nous nous trouvons en face d'une difficulté fort grande, car Tart des peuplades germaniques n a laissé qu'une trace relativement faible. Aucun monument décrit par les historiens du passé, aucun édifice ne révèle leur architecture; nomades le plus souvent, ils édifiaient leurs maisons avec négligence, pour un besoin temporaire, et ne leur donnaient le plus souvent aucun caractère artistique. Ajoutez les bouleversements dont la Germanie fut le théâtre aux m* et iv* siècles, alors que les peuplades combattaient entre elles, et on comprendra facilement combien, dans un tel milieu, l'art ne pouvait se développer. Aussi les Francs se présentent à nous avec des conceptions esthétiques rudimentaires. On ne saurait parler d'une architecture en germe; de statuaire, ils n'en ont pas; de peinture moins encore \ même en tenant compte de quelques étendards décorés de figures d'animaux. Ils craignent de représenter sous une forme humaine les dieux qu'ils adorent '. Aussi plusieurs historiens de l'art ont cru devoir passer sous silence la période franque au moment des invasions; ils ont cru qu'arrivé en Gaule ce peuple barbare ne pouvait qu'imiter les arts très perfectionnés du milieu conquis' Cette conception erronée reposait avant tout sur l'oubli de l'art industriel franc que de nombreuses nécropoles ont révélé. Cet art est très simple ; il consiste comme celui de tous les peuples primitifs, en motifs décoratifs linéaires : points^ lignes brisées^ entrelacs^ Itg-zags^ spirales, etc. Il y a plus. Au moment de leur arrivée en Gaule, les Germains ont créé une ornementation animale encore rudimentaire, qu'ils ont fait servir à une décoration toute particulière née, sans nul doute, de conceptions artistiques propres à la race. Mais ce qui appartient bien à ce peuple et ce qui forme son originalité, c'est la manière d'interpréter et décomposer sa décoration. Avec de simples motifs il va former des entre-

I. Et aussi cf. Tacite, De GermarUa, vu, cf. Ammien-Marcellin. H., xxi, lo, et Arrien, Ars tadica^ xxxv.

a. Cf. Tacite, De Germania^ x. Ceterum nec cohihere parUtibus deos, nec in uUàm humani cris speciem auimuiare, ta magnitudine cœUdium arbUraniur,

Loitis coOrajod tog

lacs compliqués qui s*enchevôtrent, qui s animent, des spirales sans fin, et ces simples tracés ont un charme pénétrant et une beauté quelquefois intense.

On peut voir aussi la même originalité dans la création de son ornementation animale. Certes, on pourra dire qu'elle est fort pauvre : elle consiste exclusivement en deux types qui représentent plutôt Tespéce que le genre, un quadrupède et un oiseau. Mais son tempérament artistique lui crée des ressources jamais épuisées; il désagrège les membres très fins et souvent délicats de cet oiseau, de ce quadrupède ; il les sépare, les disloque, pour les faire servir à la décoration d'objets industriels ; tantôt il les représente de profil, tantôt il n'en donne que la tète ; en un mot, nous sommes bien là en présence d'une décoration particulière à la race germanique ; car il nous importe peu de savoir si ces animaux ont eu pour prototypes des modèles gallo-romains, lions ou dragons, l'interprétation seule est parfaitement barbare, propre à la race des Francs. Ce n'était ni l'art byzantin ni l'art gallo-romain qui pouvaient offrir en ce moment des exemples semblables ; nous avons vu quelle était alors la décoration gréco-orientale qui dominait. II y a plus : cette décoration n'appartient pas seulement aux Francs; c'est un patrimoine commun aux races germaniques, et on peut l'étudier aussi bien dans la Suède et la Norvège encore païenne qu'en Irlande et chez les Anglo- Saxons V Et ce qui est vraiment étonnant, c'est de voir avec quelle persistance les Francs établis dans un milieu si romanisé gardèrent avec un soin jaloux cette ornementation particulière à leur race. Les cimetières mérovingiens si nombreux nous montrent combien fut populaire cet art industriel.

On peut même dire que pendant toute la période franque il y eut pour ainsi dire deux arts, deux littératures, deux

I. Cf. pour les pays du Nord : Jos. Andefson, Scotland in early Christian timesj 2 V. Edinbourg, 1891. Romilly, Early Christian Symbolism in Great Britain and Ireland be fore thc ijcentury» Londres, 1887. Margaret Stokes, Early Christian An in Ireland, Londres, 1888. Cf. aussi l'ouvrage si intéressant de Strutt, Angleterre ancienne, 178g. Pour la Suède, cf. P. Victor, Coup d*œil sortes antiquités scandinopes, et les Mémoires de la Société royale des Antiquaires du Nord. On y trouve un grand nombre d'articles très intéressants. Cf. pour la bibliographie de cette partie septentrionale, Clemen, Merowingische und Kârolingische Plastik. Bonn. Cf. Giorgi, 189a (tiré à part) de la Revue du Rbin^

tlO UN HISTORIEN DE L ART FRANÇAIS

droits qui vécurent côte à côte; les clercs gardent Théritage romain, écrivent des vies des saints, qui reproduisent les anciennes conceptions religieuses, tandis qu'à côté des chants guerriers dans la langue franque racontent la gloire et la vaillance des aieux. Les monuments élevés sur le sol rappellent par leur construction la main gallo-romaine; les motifs décoratifs sont pris, nous le verrons, à la grammaire grécp*onentale; mais les objets industriels gardent la décoration barbare et bientôt l'influence du vainqueur est si grande que les vaincus acceptent la forme et l'ornementation de son mobilier. N'en fut-il pas de même pour ce qui est le plus particulier à l'homme, le nom des ancêtres ? L'on est étonné de voir avec quelle facilité les nobles Gallo-Romains, qui hier encore vantaient leur longue lignée d'ancêtres, troquaient contre des noms barbares les souvenirs quelquefois glorieux des aïeux. M. Courajod étudia longuement l'art industriel des Germains ; il rendit hommage aux travaux de l'abbé Cochet qui fut le premier à faire connaître l'art de ces peuplades. Il parla des écrits de M. Rigollot,qui avait le premierattiré l'attention sur l'importance de l'arrivée des Francs en Gaule. Il mit entre les mains de ses lecteurs les travaux et les brochures si nombreuses de M. de Baye et les belles études deM. Lindenschmit. Notre ami déclara surtout qu'il se refusait provisoirement à ne voirdans le style de la décoration barbare « que le style gréco-romain dégénéré )), comme on l'avait soutenu. « Sur la source gréco-orientale, disait-il, je serai d'accord avec tout le monde; je trouve là certaines analogies avec l'art syriaque, avec l'art de l'époque sassanide. » Notre ami a donc proclamé hautement le tempérament barbare, et les études auxquelles il se livra pendant tout un semestre furent d'un intérêt capital au point de vue de l'histoire de l'art. L'analyse du mobilier religieux et gothique fortement pénétré d'éléments gréco-orientaux, mais d'une durée éphémère, lui permit d'affirmer l'absorption complète des nouveaux venus par le milieu conquis et plus lard la renaissance gallo-romaine du xi* et duxii" siècle dans le Languedoc et la Provence si romanisées. L'analyse de l'art industriel des Burgondes, les motifs symboliques, les sujets iconographiques qu'il emprunte lui permirent de constater l'influence considérable des Gallo- Romains ; cette constatation nous permettra atlssi de comprendre

les beaux travaux de Técole de Cluny, qu'on croirait à première vue antique.

Mais avec quel enthousiasme le savant professeur de Técole du Louvre montrait à ses élèves la prépondérance des motifs décoratifs germaniques sur le mobilier funéraire franc 1 Les nombreux cimetières mérovingiens retrouvés dans le voisinage de Paris, ceux de la Champagne et de la Picardie, furent mis à contribution, et Courajod fit passer en projection sous les yeux de ses auditeurs les plus beaux spécimens^ . Il prouva que sur ce vaste territoire l'élément germanique devint prépondérant et s'allia aux anciennes peuplades. Il montra qu'un art barbare naquit, qu'un tempérament artistique fortement accusé se fit jour, et qu'à côté de cette grammaire décorative si simple les Germains ont apporté surtout le monstrueux^ le grotesque^ \& fantastique jélémQnis qui avaient disparu de l'art gréco -romain et qui ne se firent jour que vers la fin de la période franque. On dirait même quand on étudie la sculpture des chapiteaux des églises de ces contrées au xi* siècle, que le génie germanique avait besoin pour s'épanouir du contact plus étroit et plus prolongé des peuples gallo-romains, mais l'étude

I. Les principaux ouvrages analysés furent pour cette période : Rigollot, Recherches historiques sur les peuples de la race teutonique et sur les caractères des armes et des ornements^ publié dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de la Picardie, X, 121. Abbé Cochet, La Normandie souterraine et le Tombeau de Childéric, Paris, 1859, Troyon, Description des tombeaux de Bel- Air. Lausanne, 1841. Gosse, Notice sur d* anciens cimetières trouvés en Savoie et dans le canton de Genève, Genève, 1U57. Fleury, Les Antiquités monumentales du dé* parlement de V Aisne, I. A. Bertrand, Les bijoux mérovingiens de Corbillac, près Jarnac. Compte rendu de l'Académie des inscriptions et belles lettres, 4* série, XV, p. 62. H. Baudot, Mémoire sur les sépultures barbares de l'époque mérovingienne^ découvertes en Bourgogne. Paris, 1860. Moreau, Essai sur les sépultures mérovingiennes et les objets de la même époque dans le département de la Mayenne, Lindenschmit, Handbuch der deutschen AUcrthumskunde^ \. Die Alterthâmer der merovXngischen Zeit. Braunschweig, 1880-1889. On consultera avec fruit les nombreuses analyses des cimetières trouvés en France, décrits par les Sociétés savantes de province. A. Bertand a dressé un petit catalogue sommaire de ces métropoles dans la Revue Archéologique, 1879, XXXVIII, p. i9j; 1880, XXXIX, p. 285. Cf. aussi Moreau, Album Caranda. Saint- Quentin, 1879, et l'excellent résumé des recherches archéologiques publié par Pilloy dans le Bulletin archéologique du Comité des Travaux historiques et scientifiques, i89i,n* I, La question franque au Congrès de Charleroi (Belgique), I, ji. De Baye a publié un grand nombre d'ouvrages et de brochures surTart des Barbares. Les principales sont : Industrie Langobarde, Paris, 1888. Industrie Saxonne, 1889. Croix lombardes, trouvées en Italie» etc.

n^ vu HISTORIEf^ DE L ART FRANÇAIS

montre aussi que ce tempérament artistique ne put être absorbé par rélément méridional. Malgré le degré de civilisation du midi de la Gaule, il persista pendant des siècles ; cette résistance fut vive, tenace; et donna lieu même à une lutte acharnée; lutte à laquelle nous sommes redevables de la naissance de Tart gothique, et ce n est qu'à la fin du Moyen Age que Tart méridional gagna enfin peu à peu du terrain et qu'il vainquit avec Taide de Tltalie, les villes septentrionales autrefois si rebelles.

Notre ami n'oublia pas d'étudier la naissance de l'orfèvrerie mérovingienne, dite verroterie cloisonnée^ ainsi appelée parce que les artistes se contentent d*enchâsser de petites pierres ou de simples plaques de verroterie rouges, dans des cloisons d'or, c'est-à-dire, selon l'expression de M. de Linas, qu'ils les placent dans des alvéoles où elles ne sont retenues que par un léger rabattu du métal opéré par la pression du brunissoir ou d*un instrument analogue, en sorte que bâtes et joyaux se trouvent sur le même plan. L'origine de cette orfèvrerie avait fait le sujet de nombreuses discussions. Labarte voyait dans ces œuvres un travail byzantin ; M. F. de Lasteyrie combattit le premier cette théorie et déclara que tous ces objets étaient dus à l'art barbare, sans toutefois indiquer le centre particulier de cette orfèvrerie et sans analyser exactement les éléments divers qui la composent. Les découvertes de trésors semblables à celui de Childéric trouvés à Tournay et celui des rois visigothiques à Guarazzar, provoquèrent de nouvelles études soit en France, soit en Europe. MM. de Linas, Odobesco et Hampel, enfin M. de Baye, publièrent de nombreux mémoires qui déterminèrent sans conteste le caractère oriental de cette orfèvrerie et le centre de sa fabrication. M. Coufajod reconnut comme ses prédécesseurs la même origine à cette bijouterie, mais il expliqua la transmission de cette orfèvrerie . Il groupa tous les trésors déjà découvers, en fit l'histoire et échelonna ainsi les différentes fouilles qui lui permirent d'arriver au vt-ai centre de fabrication en Hongrie ou dans la Russie méridionale \ C'est donc grâce à l'Empire très étendu fondé par les

t. Cf. Ferd. De Lasteyrie, Histoire dû Vorfiurerie^ Paris, 1877. Du même, le Trésor de Guarra^ar, M. De Linas, Les origines de Vorféprerie cloisonnée. Cf. Ga\eite des Beaux-Arts, 2» série, XXV, p. J7. Cf. M. Odobesco, Antiquités Éc^iquesi, ii579. M. Hampel, Der Goldfund von Ng/Sient-Miklos, et M. De ftaye. Le Trésor de SiHag/Somlya (Transylvanie), ont pu localiser le centre

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Goths qui étaient maîtres des terres depuis le Don jusqu'au Dnieper et même jusqu'au Danube, en relations constantes avec

l'Asie, que s'est propagée cette orfèvrerie.

Jordanès nous raconte que dans ce royaume Asiœ hona avidus mercaior importât \ c est donc par les Goths et les races germaniques que cette orfèvrerie cloisonnée s'est propagée en Gaule et dans les parties de l'Empire romain. Le savant professeur de l'Ecole du Louvre mentionna que déjà vers la fin du troisième siècle, des objets de verroterie cloisonnée étaient répandus dans l'Europe centrale : il donnait pour preuve la plaque de ceinturon ornée de plaques de verre rouge, trouvée à Wolfsheim près de Mayence, où le nom même du roi Artaxercès * permet de fixer la date de fabrication de l'objet au second quart du troisième siècle. Cette orfèvrerie se transmit, comme on le voit, aux Barbares établis sur les bords du Pont-Euxin, et les documents du cinquième siècle nous montrent déjà que des orfèvres germains étaient occupés en Pannonie à des travaux de bijoùterie\ Ils apprenaient ainsi les procédés de cette fabrication*.

M. Courajod insista beaucoup sur cette transmission. Il prouva

de cette fabrication. Ils ont analysé les différents objets de ces trésors si pénétrés de rinfluence de Fart gréco-oriental des villes du Pont-Euxin. Les animaux mêmes dessinés, tels que le lion, le griffon, Télan, peuvent aussi indiquer la patrie de cette orfèvrerie. Les Goths, les Lombards et les Francs vont propager cette ornementation.

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