‹ Un historien de l'art français: Louis CourajodChapitre 17 sur 57 · I. Salomon Reinach, /. c, p · texte numérisé non relu

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Ce n'est pas seulement la sculpture franque qui peut nous prouver l'influence orientale. Les monnaies mérovingiennes nous montrent les rapports fort étroits de la Gaule avec l'art byzantin. Notre ami, M. Prou, avait employé la même méthode que celle oe Courajod, et isolé les symboles, analysé les motifs décoratifs qui ornent les monnaies de cette époque, et dans un petit travail, de tous points remarquable, il nous a prouvé l'origine orientale de tous ces motifs. Il conclut même en disant (( que des pages qui précèdent de nouveaux arguments se dégagent en faveur de l'opinion si juste que professe avec tant détalent M. Courajod, à l'école du Louvre, à savoir que l'art mérovingien tire son origine de l'art byzantin^ ».

On a eu tort de nier l'intluence orientale sur notre art pendant la première période du moyen âge. Elle se montre à nous dans chaque branche de l'art. Constantinople apparaissait au contraire aux rois francs comme l'éducatrice du monde barbare, et ses historiens nous ont conservé l'impression enthousiaste que produisait la vue de cette grande ville, la seule du monde antique qui ait encore conservé son caractère de faste et de magnificence ^ De ce vaste entrepôt où abondaient les produits de l'Orient partaient aussi les étoffes précieuses destinées à l'Occident. Nous avons vu que son monnayage servit de type à celui des rois francs, les ivoires, les objets rares étaient fort recherchés

1. Maurice Prou. Le Monogramme du Christ et La Croix sur les monnaies mérovingiennes^ dans les Mélanges G. B. de Rossi (publiés par l'École française de Rome, t. Kll (1892)^ p. 15. Courajod, isolé au milieu de ses recherches si patientes, fut très heureux de voir mon intime ami Prou accepter ses vues sur rinfluence orientale. Combien il aurait été satisfait de lire sa conclusion sur Tart mérovingien dans son petit manuel de la Gaule mérovingienne ^ dans lequel il insérait une phrase de Courajod pour montrer combien il était d'accord avec lui! « L'art grec se détachant de sa branche purement européenne et par des combinaisons avec Tart asiatique, est arrivé à produire un ensemble de conceptions capables de satisfaire les notions chrétiennes les plus diverses. L'art gréco-oriental prend la tête du mouvement et concilie dans une juste mesure le respect du passé et les aspirations de l'avenir. » Cf. Courajod, Origines de l'Art gothique,

2. Cf. Jordanès, Hist., XKVIII : « En inquit, cerno quod sœpc incrcdulus audicbam^famam vidclicct tantœ urbis, et hue illuc oculos poli/cns, nvnc situm orbis commeatumque naviumy nuncmœnia clara prospectans^ miratur^ populosque diversarum gcntiuni quasi fonte in uno e dii'ursis partibus scaturiente unda, sic quoquc militem ordinatum aspiciens ; Deus, inquit^ sine dubio terrenus est imperator^ et quisquis achersus eum manum mouerit^ ipsc sui sanguinis reus existit, »

par ces princes et les ambassades venues des pays lointains, de la Perse même, apportaient à nos rois des étoffes précieuses, des travaux artistiques fort prisés ^ 11 y eut même pendant la période franque un échange continu, et ces œuvres poussaient les ouvriers occidentaux à imiter les objets envoyés par les empereurs. M. Babelon a montré que la glyptique tombée dans une décadence profonde en Occident pendant la période mérovingienne, avait pu, grâce aux relations existantes avec TOrient, arriver rapidement à une certaine renaissance sous Çharlemagne*. Et ces objets répandus à profusion dans toute la Gaule par

1. Les relations continuèrent d'une manière suivie avec Tempereur de Constantinople et les rois francs. Les ambassadeurs apportent k la cour des dons magnifiques qui font Tadmiration des princes et des hauts fonctionnaires. On cherche à les imiter. Et c'est non seulement Byzance qui envoie ses produits, mais la Perse « T Arabie offrent à nos rois de somptueux présents, cf. Fredega" rici Continuationes^ M. G. //., li, p. 191. 741, Annales McUcnses, Pertz, I, 527. Anno 807 : a Légat us régis Persarum, nomine Abdella, cum monachis de Jérusalem et Georgius qui fuit abbas in monte Olipeti, hi ad impcratorem Karolum pervenerunt^ munera déférentes, id est papilionem et alia muUa, » Pertz, ScrifAorcs, II, p. 224, Annales Xantenses, cf. aussi Pertz, Scriptores, Enhardi Fuldenses Annales, II, p. j 54. Annales Bertiniani^ an 847, p. 442 : « Legati Abderhamam régis Sarracenorum a Corduba Hispanix ad Karolum. . . legatum Maliomet, régis Sarracenorum, cum magnis et multis muneribus, ac litteris de pace et fœdere amicali loquentibus solemni more suscepit. i»Hincmari R. Annale», Pertz, I, p. 462. Pertz, Scriptores, I, p. ^84, Annalium Fuldensium part tertia, 872 : « Mense Januario circa epiphaniam Basiliiy Grœcorum mperatoris, legati cum muneribus et epistolis ad Hedowicum regem Radasbonam penerunt, atque ei inter cotera excnia cristatlum mira magnitudinisj auro gemmisque praciosis ornatum, cum parte non rnodica salutiferœ crucis obtulcrunt ; qui honorifice suscepti, et congrua responsione accepta^ rcdicrunt in sua; » et: « Prœseniaia sunt imperatori ab apostolico transmissa dona, inter quœ fuerunt prœcipua sccptrum et baculus aureusj sed et imper atrici dona sunt ab eo missa^ pallia et armillœcum gemmis. » 876. Hincmari Remcnsis Annales, Pertz, I, 5, 500.

2. Les écrivains parlent souvent des étoffes orientales et décrivent les sujets qui les ornaient, cf. Libri Pontificalis (édition Duchesne), Vita Hadriani, p. 499 : « coriina de palleis stauracim seu quadapolis. » Elles étaient ornées de dessins géométriques : carrés, losanges, hexagones, octogones, etc., palleis quadrapolis, sexcpoUSf octapoUs, p. 500, 504. Il y avait aussi des animaux affrontés: lions, griffons, paons, aigles, éléphants, etc.: pela sericaleonata, pavonatUia^ pallia cum historia grifforum^ aquilarum, liistoria de elephantis, nous possédons des spécimens de ces étoffes, cf. Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, I* pi. XXIV- XXVI, XXVII : animaux affrontés, oiseaux, lions, III, pi. XXXI. lions enchaînés, oiseaux, III, pi. XVI, XX, XXIII, oiseaux à long bec suçant le sang de la tète d'un animal, pi. XXV, lions, oiseaux, aigles dans des hexagones, puis des rinceaux de feuillages avec des animaux, lions, oiseaux entrelacés. II, pi. XL, IV, p. 170, éléphants, II, pi. IX» animaux courants, IV^

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le commerce exerçaient une influence considérable dans des domaines tout à fait différents. C'est ainsi que la sculpture occidentale des églises des X^ et XII^ siècles s'inspire souvent des motifs décoratifs des étoffes venues d'Orient. Celles que nous pos« sédons encore nous le prouvent suffisamment. Il en est de même des bordures d'ivoire représentant le plus souvent des animaux dans des feuillages que nous retrouvons sculptés avec fidélité sur les portes des églises.

Ce n'était pas seulement l'art néo-grec qui faisait sentir son influence sur les artistes de la Gaule, mais les reliques des martyrs, les Vies des Élus de Dieu traduites en latin encouragent les fidèles du royaume franc à élever des églises aux saints orientaux dont la puissance était depuis si longtemps reconnue. A partir de Grégoire de Tours, nous pouvons enregistrer un grand nombrede saints orientaux acceptés par les églises des Gaules. Ils possèdent

des basiliques, ils ont leurs fêtes, et leurs reliques sont vénérées. L'évêque de l'Église de Tours mentionne saint Serge% saint Phocas*, saint Isidore', saint Polyeucte*, saint Thomas*, saint Domitius^ Puis viennent ensuite saint Georges', le protomartyr Etienne dont à Tours, à Bourges, les églises possédaient

p. 180. Nous retrouvons ici la description fidèle des textes. II faudrait faire une étude toute spéciale sur cette monographie qui a eu une influence très grande sur la décoration des églises aux XI* et XII" siècles. Les musées possèdent beaucoup de ces tissus très ornés, spécimens admirables de cette décoration orientale décrite par les écrivains de cette époque, cf. Bulletin de la Société archéologique de Sens, V],pl. VIlï, Suaire de S, Posentien : oiseaux et griffons affrontés, Id., ibidem^ VU, pi. VI, Fragment du suaire de S. Colombe (cathédrale), animaux qui courent, arbres et palmettes. Celui de S. Victor (cathédrale de Sens), personnage qui tient deux lions, palmettes et entrelacs. Bulletin monumental^ t. XII, p. ^7, Chasuble de S. Rambert: oiseaux et lions affrontés : De Caumont Pavait reconnue comme d'origine orientale, cf. aussi l'abbé Chartrairc, Inventaire du Trésor de Sens, 1897. Picard. Les ouvrages de Heyd déjà cités, le livre si intéressant de Wilh. Gotz, Die Verkehrsu/ege im Dienste des Welthandels, le travail de Bock, Geschichte der lilurgischen Gewander des Mittelalters donnent aussi des renseignements très utiles sur l'influence de l'Orient sur la décoration occidentale.

1. Grégoire de Tours, In glcria martyrum, 97 ^ H, F., VII, ?i, p. ju.

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