‹ Un historien de l'art français: Louis CourajodChapitre 6 sur 57 · I. Salomon Reinach, Antiquités Nationales, II, p. 2j · texte numérisé non relu

I. Salomon Reinach, Antiquités Nationales, II, p. 2j

ont beau changer, le plan des édifices religieux peut se modifier sous des influences étrangères, la construction en pierre dite more romano n'en resta pas moins la même et vécut tout entière des anciens procédés.

Un des facteurs qui contribuèrent le plus à la formation de Tart français fut le christianisme. Il pénétra en Gaule durant la conquête romaine. Il arrive sous le manteau gréco-oriental, s'installe obscur et timide à Lyon. II y vécut longtemps isolé, et ce n'est qu'au milieu du m'' siècle qu'on peut suivre les progrés d'une propagande plus active. Cette nouvelle religion se superpose aux cultes anciens, se transforme, subit la culture des races indigènes et va se servir elle-même des éléments archi tectoniques déjà créés. Cependant un esprit nouveau est né, mais il n'est pas perçu par les populations contemporaines. On croirait que rien n'est changé. Pourtant une modification a eu lieu, ce n'est plus Rome qui est désormais le point de miredes nations conquises, c'est Byzance avec ses richesses fabuleuses, avec ses antiquités précieuses, enlevées pour la dernière fois à la Grèce par Constantin, c'est Jérusalem, la patrie du Sauveur. Les reliques les plus vénérées les pèlerinages déjà célèbres encouragent les rapports du monde oriental avec l'Occident, rapports qui n'avaient du reste jamais cessé.

Avant d'aborder l'étude de l'art de l'époque franque, M. Courajod consacra quelques leçons sur la naissance de l'art chrétien. Son enquête sur l'histoire des catacombes fut très documentée et fort intéressante. Il se servit des découvertes de M. de Rossi, des grands recueils de Perret et de Garrucci. Ses vues concordaient parfaitement avec celles des archéologues catholiques, des De Rossi, des Krauss et n'apportèrent sur cette période artistique aucune idée nouvelle digne d'être relatée. Il çnontra cependant que, si la première période chrétienne avait été surtout grecque, après la paix de l'Église, il avait fallut faire une place à la population indigène. L'art naïf des catacombes, des graffiti^ expression douce et quelquefois exquise de l'espérance d'un prompt revoir, cède la place à un art plus officiel qui accepte la technique antique, qui ne vit que de regrets, trop fidèle au passé . Comme il n'avait pas à faire une étude minutieuse sur cette époque de foi que la Gaule n'avait point connue, il s'arrêta tout particulièrement

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à la seconde phase de lart primitif chrétien. II nous montra le lien étroit de cet art avec celui de la période païenne. Les sarcophages en sont la preuve. C'est le même faire lourd et boursouflé, le même entassement des scènes, le même dessin grossier et sans charme. C'est en un mot un art d'atelier qui vit de procédés transmis, qui se cramponne au passé et qui n'a pu s'affranchir de l'école académique palenneV

Il faut attendre que l'influence syrienne se fasse de plus en plus sentir pour amener des changements notables dans les conceptions esthétiques chrétiennes.

Après l'édit de Milan, les édifices religieux s'élèvent nombreux sur notre sol. L'iconographie, les monuments funéraires trahissent la copie des sarcophages de Rome. Le musée d'Arles prouve un centre artistique très actif qui vivait des mêmes représentations. Les indigènes ajoutèrent seulement quelques scènes à celles déjà reçues. Mais, à côté de ce centre alimenté sans nul doute par des envois de Rome, et qui régna sans conteste durant le quatrième siècle, naquit à l'arrivée des Goths un autre atelier non moins fécond et qui reste en relation étroite avec l'école de Ravenne et de l'Orient. Il appartient à notre maître d'avoir prouvé cette filiation d'une manière irréfutable*. Peut-être a-t-il, selon moi, exagéré l'importance de ce milieu déjà byzantin. Celui-ci ne se montra pas l'ennemi déclaré de l'art arlésien, il vécut, au contraire, en bonne intelligence, sans frontières bien limitées, sans protection fortement établie. Ils se coudoient chaque jour jusqu'à la fin du vi* siècle. Le Musée de Toulouse avec ses sarcophages des deux écoles, ceux que possède la ville d'Arles en sont la preuve*.

1. Cf. Noire étttde sur l'art des Sarcophages âtnis la Foi chrétienne au IV siècle t Paris, Bouillon, 1886.

2. L'école de Ravenne se rapproche au début de celle de Rome, mais nous n'avons pas Tentassement des miracles du Sauveur. La scène s'éclaircit, les personnages sont le plus souvent isolés dans des arcatures. L'action est plus simple, plus calme, on sent même dans le dessin des figures un sentiment toujours plus élevé de l'artiste. Le faire est moins grossier : on n'a point recours au trépan si employé dans l'école romaine. Après cette première période, la figure tend à disparaître, l'ornement prédomine et l'école s'oricntalisc de plus en plus.

j. M y a eu des achats faits à Arles. Cf. Le Blant, Les sarcophages de la Gaule, Du même, Les sarcophages chrétiens d'Arles» Les deux préfaces sont

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fort intéressantes et montrent Taddition de quelques scènes religieuses par les indigènes. En parcourant ces deux volumes on verra tout de suite la différence des écoles. Voici un relevé de ceux qui appartiennent à celle de Toulouse et qui sont disséminés en France. Le Blant, Sarcophages de la Gaidey Saulieu pi. I. Autun pi. I. Soissons pi. IV. Vienne pi. VI. Musée de Vienne pi. XI (i). Charenton-du-Cher pi. XV (i) et (2). Valbourne pL XXVIII (I). Béziers pi. XXXVI. Bordeaux pi. XXXIII, fig I. Saint- Gui llem-du-Désert (Hérault) pi. XXXIV. Moissac pi. XXXVI. Toulouse pi. XXXVIII, fig. I, fig. 7. Narbonne pi. XLVI pl. I. On pourra les comparer avec ceux de Ravenne.

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