‹ Un historien de l'art français: Louis CourajodChapitre 8 sur 57 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

La propagation de romementatlon gréco -orientale

à Ravenne et à Rome

Les motifs décoratifs que nous trouvons sculptés sur les monuments du v* au ix* siècle avaient donc pour patrie la Syrie et l'Egypte. Comment cette ornementation a-t-elle pu pénétrer en Occident > Par quelle voie, sous quelle influence, enfin par quels moyens a-t-elle triomphé du milieu déjà conquis depuis des siècles à Tart gréco-romain > Quelles difficultés les artistes ont-ils rencontrées pour vaincre lesthétique classique^ En un mot, comment l'Orient a-t-il pu implanter un art étranger au milieu de ces peuples déjà conquis à la culture romaine > Et cette conquête fut si complète que nulle part ailleurs on ne trouve lart décoratif gréco-oriental aussi florissant qu'en Occident. Les monuments qui l'attestent sont si abondants dans les églises encore debout, dans les Musées de l'Europe, qu'on croirait même que l'Occident les a créés. M. Courajod devait donc, à l'aide de l'histoire et de l'archéologie, nous prouver cette conquête. C'est ce qu'il fit. Mais l'enquête à laquelle il se livra demeura inachevée. Il passa en revue certains monuments de l'époque franque et analysa ceux de quelques villes italiennes. Cette étude détaillée qu'il n'a pu faire, c'est à ses élèves de la compléter par l'analyse des monuments qu'il n'a pu connaltre\

I. Les voyages quMi avait faits ea Italie avaient été consacrés à Pétude de la sculpture des Xni*-XVI" siècles. Ils seront le sujet de la troisième partie de ce mémoire. Ce sont surtout les monuments conservés en France qu'il a étudiés pendant un semestre à Técole du Louvre. J'ai cherché autant que f ai pu à compléter cette enquête. Je n'ai d'autre mérite que d'avoir visité les villes italiennes avec soin et d'avoir fait un inventaire^ à la vérité rapide et sommaire* des œuvres souvent morcelées de cette période. Je serai heureux si j'ai pu contribuer, dans une faible mesure, à propager la doctrine de mon maître et ami. M. Courajod, à qui je dois tout ce que je sais sur ces époques si peu étudiées.

Ravenne et Rome furent surtout Tobjet d*une description toute particulière à cause du grand nombre de monuments de cette période qui s*y trouvent rassemblés. Ces villes ont eu une importance si considérable pour Thistoire de la civilisation au Moyen Age qu*il est nécessaire d'étudier ces deux foyers artistiques qui vont avoir sur la Péninsule une puissance de vie, d'expansion extérieure plus grande qu'on ne serait porté à le croire.

La ville de Ravenne n'était pas une cité sans importance lorsque Honorius, fils de l'empereur Théodose, la choisit comme nouvelle capitale de l'Empire occidental (an 401). Protégée par sa situation géographique et par les marais qui l'entouraient, devenue depuis longtemps, grâce à son port sur l'Adriatique, un des entrepôts du commerce de l'Orient, Ravenne était une des principales villes de l'Italie. La flotte romaine y séjournait et avait fait de cette cité une des plus peuplées et des plus prospères. Les monuments de l'époque romaine y étaient fort nombreux et quelques-uns même étaient encore debout pendant la première partie du Moyen Age. Le moine Agnellus, qui vivait au IX* siècle, cite avec orgueil ces vestiges du passé. Il parle de son amphithéâtre, du stade, du forum, de son Capitol^, des nombreux temples, fait mention de la Porta aurea qui avait pris son nom du milliaire, point de départ des routes de l'Empire et rappelle enfin le palais deldiMonetapublica où étaient frappées les monnaies romaines.

Quand on parcourt les rues de Ravenne, on trouve à: chaque pas, encastrés dans les maisons ou sur les places, des fragments de marbre, tles colonnes, des statues qui attestent la somptuosité de la cité romaine. Le voyageur reconnaît aussi trois grands centres artistiques qui correspondent aux différentes dominations qui se sont succédé à Ravenne jusqu'à la fin du ix' siècle. La partie la plus ancienne, celle qui peut avoir été l'emplacement du premier groupe de population est non loin de la porte Aurea. Les noms des quartiers dont le souvenir était encore vivace dans l'esprit des habitants. Ad Herculana, AdNimphos^ etc., indiquent remplacement de Ravenne sous les premiers empereurs. C'est là aussi où les chrétiens se groupèrent sous la tutelle de l'évèque Ursus. Si la vie contemporaine s'est un peu retirée de ce centre fadis si peuplé, il n'en conserve pas moins des souvenirs bien

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chers. La cathédrale élevée par Tévéque Ursus, sous le vocable d*Anastasis( Résurrection) \ le baptistère des orthodoxes *, le palais

I. La cathédrale. Elle s*appela à Torigine la basilique Ursiana, du nom de son fondateur, Tarchevèque de Ravenne Ursus, qui Tavait édifiée sous le vocable d'Anastasis au v* siècle. Cf. Agnellus, Liber Pontificalis. (Je cite rôdition des Monununta Germaniœ Hist. Scriptores Langob, ch. 22, p). 228. Elle existe encore, mais complètement modernisée, aucune trace de décoration. Ursus y fut enseveli. Cf. ch. 24, p. 289. L'abside était ornée de mosaïques et les murs intérieurs revêtus de marbres précieux. Elle fut restaurée par Varchevèque Agnellus, qui fit faire un ambon en marbre. Cf. Agnellus, L. P. ch. 89, p. H^* ^^ portrait de ce prélat était placé au-dessus de la cathedra dans Tabside. Cf. Agnellus, L. P., 89, p. 336. L'ambon nous a été conservé en partie. Cf. pour Tinscription, Spreti, Le sacreMem^ di Ratf,, I, Tav. IX : on y lisait : Servus Christi Agnellus episcopus hune pyrgum fecU. 11 est donc du VII* siècle. Les deux parties sont en ce moment encastrées dans les murs de Tabside. Nous avons comme motifs décoratifs, des marguerites, de petites feuilles plates qui forment Tencadrement des carrés dans lesquels sont sculptés des animaux : paons, béliers, poissons, etc. L'ornementation de ces chancels mériterait une étude particulière. Il serait nécessaire de les grouper et de les comparer avec les lampes en terre cuite de la Syrie. C'est toujour s l'Afrique chrétienne qui est la source de cet art. Cf. Alinari, Photographie, n* 10294. Il faut ajouter 7 plaques de chancels qui doivent faire partie de l'ancienne décoration du pre$t>yierium. Celles-ci sont sculptées à jour, d'un dessin encore assez fin et délicat. On dirait même un travail arabe; elles sont de la fin du vi* siècle. On trouve aussi dans l'église deux sarcophages. Jésus placé debout au sommet d'une montagne a près de lui deux personnages qui lui présentent des couronnes. L'autre est décoré d'arcatures où sont placés des apôtres. Ils ont été sculptés au commencement du vi« siècle. La cathédrale possède aussi un travail en ivoire de la plus haute importance. C'est la cathedra de l'archevêque Maximien. Agnellus n'en parle pas. Les bordures sont d'un dessin tout à fait oriental, des branches de vigne grimpent sur le dossier de la cathedra, elles sortent d'un vase; dans d'autres aussi charmants, des paons, des oiseaux sont sculptés dans les rinceaux de feuillages si finement rendus. Quant aux scènes représentées, elles sont prises à l'histoire de Joseph. Sur le devant il y a des saints debout dans des arcatures; le faire de l'artiste est ici plus fin, plus menu, aussi plus grêle que dans les autres représentations dont le dessin et la composition se rapprochent plus de l'école romaine : entassement des personnages, figures plus lourdes, mimique peu expressive. L'artiste qui a fait la partie olx se trouvent les cinq personnages est bien supérieur à celui qui a exécuté les représentations bibliques des côtés. Cf. Alinari, Photographies, n** 10295, 10296, 10297, 10299.

2. Baptistère des Orthodoxes. Il fut décoré de mosaïques sous l'évêque Néon, vers le milieu du v* siècle. S. Néon était contemporain du pape s. Léon, qui lui survit en 458. Cf. Agnellus, L. P., 29, 292. La forme est octogonale. La voûte est ornée de mosaïques. On voit au centre la représentation du baptême du Christ. S. Jean tenant une croix répand de Teau sur la tête de Jésus à l'aide d'un vase, la colombe est placée au-dessus du Sauveur. Le Jourdain est ici personnifié sous les traits d'un personnage ; son

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épiscopaP, et à côté la demeure des clercs leTricoUis*, dont ia

nom est. inscrit à côté. Plus bas rangés en cercle sont les apôtres, séparés par des fleurs. Leurs noms sont écrits en lettres latines. Cf. Richter, Die Mosaîken pon RapentUy Wien, 1878, p. 12, Ag. i. La troisième division de la voûte est décorée d'un autel portant un évangile ouvert (Évang. S. Jean), puis des sièges vides placés dans une petite abside; plus loin on remarque une cathedra dont le dossier est surmonté d'une croix, de chaque côté de celle-ci se trouvent 2 cancellit plaques de marbre finement ciselées. L'édifice est soutenu par des colonnes corinthiennes. Cette représentation fait peut être allusion à quelque grand concile — celui d'Éphèse probablement. — Les sièges épiscopaux, l'autel où révangile est ouvert, la cathedra oh personne n'est assis, c'est sans nul doute une décoration relative à un fait historique. Le travail est tout à fait oriental. Nous avons encore dans la partie inférieure une décoration fort élégante en stuc. Les saints représentés debout, sans nimbe, sont placés dans des niches soutenues par des colonnes et terminées par un fronton assez curieux dans l'intérieur duquel on a placé une coquille. Des animaux affrontés, colombes, paons, lions, etc., ornent l'archivolte. Le dessin des figures est loin de valoir celui de la partie supérieure. On voit que les décorations étalent des modèles déjà créés et que l'art popularisait.

1. La chapelle qui se trouve dans le palais épiscopal actuel a conservé encore son ornemeotation. Les mosaïques qui la décorent ne sont pas toutes de la même époqae. Celles qui me paraissent les plus anciennes sont placées sur les arcs. On y a représenté le Christ. Il est sans barbe, les cheveux retombent sur les épaules. C'est le môme type qu'à S. Apollinaire nuovo. Le dessin de cette figure est assez bon et bien supérieur à tous les autres. Cette partie peut remonter au. vi* siècle. Des figures d'apôtres et de saints placées à côté du Sauveur peuvent être aussi du vi* siècle, mais les bustes de saints qui décorent la retombée des arcs indiquent déjà une profonde décadence; ils pourraient bien être du viii* siècle. Le haut de ia voûte a reçu une décoration qui rappelle celle de S. Vital. Quatre anges planant dans le ciel bleu soutiennent le monogramme du Christ. Des oiseaux, des fleurs complètent l'ornementation. Cette partie appartient peut-être à la fin du vu* siècle. Sur l'autel on a placé une mosaïque plus récente. Elle représente la Ste Vierge. Cf. Richter, /. c, p. 94. L'auteur la croit du xii* ou xiii* siècle. Diehl, /. c, p. 67, indique l'opinion de Richter sans le citer. Son étude sur Rapcnne n'apporte rien de nouveau, elle résume les travaux de Rahn et de Richter. Musée. Quelques fragments de sculpture se trouvent dans la salle voisine de la chapelle. Débris de sarcophage : vase avec des oiseaux qui viennent boire. Tombeau (vii« siècle), croix avec des arbres et entrelacs avec roses. Une croix avec des entrelacs (peut-être du viii* siècle;; sarcophage : croix avec entrelacs. Il est peut-être de la fin du vu* siècle. C'est toujours la décoration gréco-orientale, que nous pouvons suivre ici jusqu'à la fin du ix« siècle.

2. Cet édifice devait servir à l'habitation des clercs et était voisin de la basilique Ursiana. Commencé par Pierre Chrysologue, archevêque de Ravenne, Syrien d'origine, il fut continué par ses successeurs. Il ne fut terminé que sous Maximien. Ce monument ne nous est pas parvenu. Nous n'avons donc que la description d'Agnellus. Il nous informe qu'on y voyait les portraits de tous les

construction fut continuée avec soin par les évéques du vi'

siècle, marquent les premières conquêtes du christianisme. Non

loin de là était située Téglise de S^^ Âgnés^ dont on ne retrouve aucune trace. Une rue a conservé seulement le souvenir de la sainte. Lorsque Ravcone devint la capitale de TEmpire occidental, cette cité acquit une importance considérable. Le séjour des grands personnages de la cour qui nécessita la construction d'un certain nombre de palais somptueux, ses relations constantes avec Constantinople, son commerce de plus en plus étendu transformèrent bien vite cette ville de province. Un centre nouveau fut créé. Les églises de S. Croce*, de S. Maria Maggiore^ le monument funéraire de Galla Placidia*, et plus

archevêques qui avaient collaboré à sa construction. Une inscription quMI nous a conservée, relate en effet les noms de ces bienfaiteurs. Cf. Agnellus, ^> P'^ 7U P* ?^ c^ '^9* Néon (vers 4$8) avait orné le triclinium de mosaïques. On avait représenté d'un côté la création du monde, de Tautre la multiplication des pains et la pèche miraculeuse. Cf. Agnellus, L.P., 28,p. 292.

1. Elle avait été élevée par Tarchevèque Exuperantius, vers 4J0. Cf. Agnellus, L. P., ch. Ht P* 397' Il y fut enseveli. On conserve encore au Musée répilaphe qui était sur son tombeau.

2. Elle fut fondée par Galla Placidia. On rappelait Téglise S. Croix AdMoiuiam pctercnt. Le monastère de S. Apollinaire fut plus tard élevé non loin de là. Cf. Agnellus L. P., 164, p. 28^ Cette princesse fit orner cet édifice de mosaïques. Une inscription placée au-dessus de Tare de Tabside relatait le nom de la bienfaitrice. Les quatre fleuves du Paradis avaient été représentés sur la porte de la façade : Tigris, Eufrates, Fison et Céon. Cf. Agnellus, L. P., 41, p.)o6. Diehl,/. c, p. 18, nous dit que Tabside avait une mosaïque qui représentait le baptême du Christ. Nous savons aussi que la nièce de Galla Placidia avait fait bâtir un monastère dédié à S. Zacharie. La langue du moine de Ravenne (ix* siècle) n'est pas ici bien précise et je ne crois pas qu'il désigne Tédifice construit par Singlidia comme étant un clottre. C'est bien plutôt une chapelle funéraire, un de ces nombreux hypogées du vi* siècle. Galla lui octroya sur sa demande ij hatdificatores pour construire Téglise. Singlidia y fut ensevelie. Cf. Agnellus L. P., 41, p. J05. Elle devait ressembler à la chapelle funéraire de S. Nazaire, appelé aussi par Agnellus un monasterium. La mère de l'empereur Valentinien III flt don à cette église de couronnes d'or et de vases précieux.

^ Élevée par Ecclesius. Cf. Agnellus. L. P. 57, p. ;i8. L'abside était décorée de mosaïques qui représentaient la Sainte Vierge et que les contemporains trouvaient fort belles.

4. Non loin de S. Vital se trouvait le tombeau de Galla Placidia. Cest le premier édifice qui nous soit parvenu, La mère de Valentinien mourut à Rome vers 4^0 et fut ensevelie à Ravenne. Cette chapelle était depuis Honorius la nécropole de la famille impériale. Elle avait la même forme que celle des Saints Apôtres à Constantinople et du S. Sépulcre à Jérusalem.

tard s. Vital^ , les vestiges de certains palais habités par la cour

Ce mausolée était précédé d'un portique à colonnes. Cf. Rossi, BuU, cr, 1866, p. 7$. Agnellus nous dit que le sarcophage de cette princesse avait été placé devant Tau tel, dans le monastère de S. Nazaire. Il emploie toujours cette expression, in ccclesiaSancU VUaUs, infra monastcrium Sandi Na^arii. Cf. Agnellus, L. P., 57, p. fiQ; 59 P- ?i9; ^5 P- 3H- Il y a cependant une difficulté, car d'après le chroniqueur certains archevêques y auraient reçu la sépulture. La tradition veut que Galla Placidia ait été ensevelie à c6té de son frère Honorius et de son second mari Constantius. Cet édifice est d'une grande importance pour l'histoire de l'art. C'est le premier en date de Ravenne et nous pouvons voiries transformations subies par l'art gréco-romain sous les influences orientales. Le plan est complètement nouveau, c'est celui des églises funéraires de l'Orient; la croix latine fait pour la première fois apparition en Occident. Ce plan va faire bientôt fortune en France et deviendra la caractéristique des édifices bénédictins. 11 y a plus. L'ornementation des murs extérieurs est non moins intéressante. Ces longues arcatures vont être acceptées par les artistes lombards et deviendront un motif fort aimé au XI* siècle. Les mosaïques qui décorent l'intérieur de l'édifice sont aussi de la même date. Cf. Alinari, Photogr., n** 10J12, io;i3. On a représenté au-dessus de la coupole une croix qui symbolise le Christ. Les symboles des Évangiles se trouvent à côté d'elle. Dans la coupole, on a représenté un ciel bleu parsemé d'étoiles d'or, d'arabesques et des cercles. Cette décoration est charmante et pleine de goût. Des saints sont placés debout de chaque côté de la fenêtre. Dans les grands tympans des arcatures,. les artistes ont dessiné deux scènes importantes. L'une représente le bon Pasteur. Il est vêtu de la tunique et du pallium, sans barbe, les cheveux flottants. Le Sauveur tient à la main une croix très longue et caresse avec un geste d'une très grande douceur une brebis qui vient vers lui. Le dessin des bras et de la tête est large et vraiment beau. L'autre scène : Saint Laurent conduit au supplice, est non moins remarquable. Le culte du grand protecteur de Rome avait exercé ici son influence. Le martyr porte une croix d'une main etde l'autre tient un livre. A côté de lui une armoire où sont enfermés les Évangiles qui indiquent la fonction de diacre qu'il exerçait. Près de lui est placé un gril et un feu allumé. Aucun supplice n'est représenté. On sent que l'art byzantin a eu horreur de décrire les souffrances du martyr. Il est debout, grave et va au supplice. C*est ici un souvenir de sa passion et peut-être faut-il y voir déjà la naissance des symboles qui sont donnés aux martyrs.

I. Cette église fut élevée vers la fin du règne de Théodoric. Elle avait été fondée par Julianus Argentarius, sansnul doute, un banquier de Ravenne. Les travaux durent être assez longs,car elle ne futconsacrée que sous Maximien (546-556). On sait ce qu'elle coûta : 26 mille sous d'or. Ce fut la plus belle église de Ravenne et suppose pour la ville une très grande richesse. C'est par l'étude de l'ornementation de S . Vital que nous pouvons juger combien fut profonde l'influence gréco-orientale. Les hauts tailloirs forment ici une séparation beaucoup plus nette avec les chapiteaux. Quelle finesse de dessin, quelle délicatesse dans la forme de ces chapiteaux ! On dirait de la dentelle, tellement l'artiste les a creusés et fouillés. Les tailloirs eux-mêmes sont ornés d'une décoration orientale qui s'étale sur tous les monuments de

indiquent ce nouveau groupement. Il est aisé de voir que c'est bien le périmètre où se développa l'activité architecturale de Galla Placidia et de son fils Valentinien IIP. Les travaux exécutés par cet empereur furent considérables. Ce fut lui qui fit

cette époque : animaux affrontés, oiseaux Ans et délicats, feuillages dessinés à plat. Telle est la décoration de ces cubes de pierre. Cf. Alinari, Photogr. n*. 10.244, 10.345, 10.246, 10.247, 10.248, etc.

L*anal]rse attentive de ce monument nous montre les transformations de Tart latin, importé à Byzance, sous l'influence du milieu gréco-oriental. C*est surtout la décoration qui révèle ces influences Cest par elle qu'il se métamorphose. Nous pouvons voir aussi la part qui revient à la Syrie dans cette ornementation. Le chœur et Tabside de S. Vital ont conservé encore leurs mosaïques. Elles sont fort intéressantes au point de vue du costume et du cérémonial byzantins. Deux d'entre elles nous donnent la représentation de Tempereur et de l'impératrice Théodora se rendant à la basilique. Il n'y a ici aucun fait historique, l'empereur Justinien n'est pas allé à Ravenne, lors de la consécration de l'église. Justinien s'avance, nimbé avec la couronne aux pierres précieuses sur la tète; il a le grand manteau impérial sur les épaules, retenu par une flbule d'un grand prix. L'Empereur tient à la main une couronne d'or, qu'il va offrir au saint patron de l'église. Derrière lui, vient Pescorte impériale. Il a à son côté S. Maximien, l'archevêque de Ravenne, qui va consacrer l'église. Celui-ci a le pallium, et des diacres revêtus de la dalmatique portent l'un un livre, l'autre un encensoir. L'impératrice est de l'autre côté représentée avec ses dames d'honneur. Elle est en grand apparat, porte un diadème ruisselant de pierreries; un riche collier de perles ret^be sur ses épaules. Elle est aussi nimbée et revêtue du manteau impérial, brodé d'un dessin représentant l'adoration des Mages. Elle s'avance dans l'atrium de l'église personnifiée ici par la fontaine, et est sur le point d'entrer dans la basilique. Un de ses pages lui soulève le rideau qu'on avait l'habitude de placer aux portes des basiliques* Elle porte son offrande à S. Vital. Au fond de l'abside, Jésus trône avec des anges qui lui présentent Saint- Vital et Ecclesius. La voûte a reçu comme ornementation l'agneau soutenu par 4 anges. Puis viennent des représentations bibliques : MoTse. le sacrifice d'Abel, de Melchisédech, les anges reçus par Abraham, le sacrifice d'Isaac. En étudiant avec soin toutes ces scènes, on peut voir que les artistes reproduisent un schéma déjà tracé. Ces représentations avaient déjà été créées depuis longtemps, et dans ces scènes il n'y a rien de simple ou de naTf qui puisse faire croire à un art primitif.

I. Il faut mentionner l'église de S. Jean l'Evangéliste. Construite dans la partie de la ville plus au nord, élevée par Galla Placidia et son fils Valentinien III, vers 42^ à la suite d'un vœu fait par la princesse au moment d'une tempête, lors d'un voyage de Constantinople à Ravenne. Cf. Agnellus, L, P,, 42, p. ^07 cf. Muratori,SS., I, 2, 570, 571. Les portraits des empereurs et des impératrices étaient représentés en mosaïques dans l'abside. Cf. Fabri, Le sacre Memorie di Ra»,^ p. 204. Galla Placidia fit placer plus tard inparide tribunali, leporir&ii de l'archevêque Pierre Chrysologue qui l'avait consacré. Cf. Agnellus, L. P., p. 27, p. 291.

entourer la ville d*une enceinte fortifiée pour la défendre contre les incursions des Barbares \ Celle-ci était beaucoup plus vaste que la précédente et douze portes la mettaient en communication avec la plaine. La cité a conservé encore son ancien circuit, et on peut voir en le parcourant le développement rapide de la ville sous Tadministration de Galla Placidia.

La domination des Goths nécessita aussi un nouveau centre. L'arrivée si soudaine de ces barbares, leur religion arienne, leur rudesse germanique, malgré un contact assez long sur le Pont- Euxin avec le monde romain déconcertèrent sans nul doute les paisibles habitants de cette ville, accoutumés à une vie tranquille et à une culture plus élevée. Les nouveaux venus s'établirent à rintérieur de la cité, le long de la voie romaine qui conduisait à Classis, assez loin des anciens centres catholiques. C'est là en effet qu'ils élevèrent l'église S. Théodose*, leur cathédrale.

1. Pour Tenceinte élevée par Valentinien III, cf. Agnellus, L. P., 40, p. p5. Les portes sont indiquées par Agnellus, mais avec les noms qu'on leur donnait au ix* siècle. Cf. Agnellus Poria Artematoris, p. 288, p. 304; Aarea, p. 281, p. j6^ p. ^74; Asiana, p. 267; Cesarea. p. ^65; Laurentu, p, ^Si; Lunensis, p. 267; Nopa, p. 288; Opilionis, p, n?t p> 527* P- ^51; VinciUoniSf p. 289; Wandalaria sur la route qui conduisait à Classis, une (des plus importantes, p. 290, p. ^56, p. 565, p. ^82; Tuguriensis^ p. ;6i; S. Victoris, p. ^$6.

2. C'est aujourd'hui l'église S. Spirito. On ne connaît pas la date de sa fondation. Fut-elle élevée par les Goths ariens ou acceptèrent-ils une église antérieure ? On ne saurait le dire. Nous savons seulement qu'elle fut la cathédrale des nouveaux conquérants, et ils avaient construit un baptistère à côté de l'église. Nous ne savons rien de cette basilique. Agnellus nous raconte qu'elle fut restituée au culte orthodoxe sous l'archevêque Agnellus avec les autres édifices ariens (556-570). L. P., 86, p. ^4* L'église se compose d'une nef avec bas côté» et d'une abside. C'est encore le plan basilical, mais on peut remarquer déjà bien des innovations. Les colonnes ont des chapiteaux dont quelques-uns sont pris à des monuments antiques, mais on a ajouté de gros tailloirs ornés d'une simple croix du côté des bas côtés et d'un feuillage plat au milieu duquel se retrouve la croix. C'est la décoration syrienne fournie par M. de VoguC. Certains chapiteaux qui sont de l'époque de la construction de l'église, montrent combien on s'éloigne du type gréco-romain. La feuille s'élève sur la corbeille plus mince et se colle sur elle. L'église possède encore un ambon. 11 doit être du temps d'Agnellus, archevêque. Cf. Alinari, Photog., n* xo}o8. Il n'y a que la partie supérieure qui soit ancienne. On le voit c'est encore la décoration gréco-orientale. Aucune trace latine. Il peut être de la fin du vi* siècle, car la décoration est bien moins élégante. Le style est cependant sévère et convient à l'ensemble de l'édifice.

aujourd'hui, S. Spirito, avec son baptistère qui prit le nom, à la fin du vi"" siècle, de S. Maria Cosmedin\ Enfin ce fut dans ce quartier que s^élevait le palais de Théodoric* et Téglise de S. Martin', appelée au ix"" siècle S. Apollinaire nuovo^ que ce

1. Les orthodoxes lui donnèrent le nom de S. Maria in Cosmedin. Cf. Agnellus, L. P., 86, p. ^^4. Il a la forme octogonale comme celui des catholiques. On a muré des fenêtres en plein cintre qu^il possédait. La petite abside qu*on y voit aujourd'hui existait-elle aux temps des Goths^ La décoration de ce baptistère est à'peu près semblable à celle de celui des orthodoxes. Au-dessus de la voûte, il y a le baptême du Christ. 11 est représenté beaucoup plus jeune, mais le dessin des ligures est bien inférieur au premier. Nous avons aussi les douze apôtres. Il faut remarquer un certain nombre de croix qui sont sur les murs avec des feuillages aplatis et de petites roses placées sur chaque bras : c'est encore une décoration qui appartient au courant oriental . Les mosaïques dénotent déjè une certaine décadence. Les figures sont courtes, sans grâce, couvertes de draperies qui n'accusent point les formes qu'elles cachent. Mais il faut être d'une très grande prudence et ne point juger du développement de l'art byzantin, comme on le fait, par ces figures. Les artistes sont ici moins habiles que ceux qui ont travaillé au Mausolée de Placidie et au baptistère des orthodoxes, mais la raison en est peut-être due à des considérations sociales, à leur situation religieuse.

2. Nous savons peu de chose sur la construction du palais de Théodoric. Il est mentionné par Agnelius, mais il ne donne aucnne description, La mosaïque de S. Apollinaire Nuovo, contemporaine fournit quelques indications. Sa façade ressemblait à tous les édifices construits à cette époque. Elle était terminée par un fronton triangulaire et avait trois portes. On voit de chaque côté, sur la façade latérale, des fenêtres au premier étage.C'est toujours le même système pratiqué par tous les architectes de Ravenne. Les archivoltes reposent sur des petites colonnettes. Des portiques avaient été construits à droite et à gauche de la façade et des voiles soutenues par des tringles en fer étaient placées entre les colonnes. Cf. Diehl, Ravenne, p. i, frontispice. Agnellus nous raconte que le tricUnium du palais avait une mosaïque qui représentait le roi Théodoric à cheval. Cf. Agnellus, L. P., 94, p. ^57. Il ajoute même « in pinnaculum ipsius locifuit Theodorici regUeffgies, mire tesselis ornata, cUxtra manum ianctam tenens^ sinistra cUpeum, lorica inautus. Deux statues représentant Rome et Ravenne étaient de chaque côté. On avait ensuite placé, sur la place du palais, sur une base élevée, la statue en bronze doré, de Théodoric, représenté à cheval, tenant d'une maia le bouclier, de l'autre la lance. L'œuvre était si belle que Charlemagne passant à Ravenne pour retourner à Aix s'empara de cette statue et en orna son palais. Cf. Agnellus, L. P., 94 P* H8. Cf. H. Grimm, Zku Reiterstandbild des Theoderichs :{u Aachen, Berlin, 1869.

}. Église qui avait été commencée par Théodoric sous le vocable de S. Martin de Tours, on l'appela à c'ause des mosaïques qui ornaient l'intérieur ccœlum aureum». Cf. Agnellus, L. P., 86, p. H4* Je crois que cet édifice ne fut pas achevé par le roi des Goths. Le chroniqueur emploie les termes mquam rexfundapU», et il attribue lui-même la décoration à Agnellus, arche-

roi laissa inachevée. D'autres églises élevées par les Ariens furent construites en dehors de la ville, mais toujours sur la

vèque de Ravenne (556-570). IgUur reconciliapit hcatissimus Agnellus pontifex infra hanc urbem eccUsiam Sandi Martini confessoris^ quant Theodoricus rtxfundapit, quœ vocatur ccelum aureum ; tribunal (Tribuna) et utrasque parietes de imaginibus martyrum pirginumque incedcntium tesseiis decorapit; sufisa pcro metalla gipsca auro super infixit, lapidibus pero dipersis parietibus adhœsit et pa~ pinuntum lithostratis mire composuit, Agnellus, L. P., 86 p. ^5- On le voit les mosaïques appartiennent donc àAgnellus. C*est lui qui décora Téglise. H voulut néanmoins conserver le souvenir du roi et on eut soin de rappeler sa fondation €afundamentis hancecclesiamfecit. » Cf. L. P., 86 p. ^75. Lorsque la décoration de l'église fut terminée, On y plaça les portraits de Justinien et de Tarchevèque Agnellus. L'édifice est une basilique à une nef avec bas côtés. Cf. Alinari.Photog., n* 10271. Cf. Ricci, Photog. n*i42. Les colonnes ontdû appartenir à des monuments antiques. Les chapiteaux datent delà construction du vi« siècle. La double rangée de feuilles d'acanthe sculptées à plat indique bien cette époque. Un haut tailloir très large soutient la, retombée des archivoltes. Des croix sont placées sur ces cubes de pierre. Dans l'intérieur de réglise on peut voir encore un certain nombre de sculptures du vi* siècle qui font partie de la décoration d'Agnellus; tout d'abord un petit autel byzantin (à colonnes) avec des feuillages aplatis puis des plaques de canceUi très importantes pour Tétudede la décoration des églises de cette époque. Cf. Alînari, Pholog., n* 10278. Vase d'oii sortent deux branches de vigne, croix au centre avec deux paons. Un autre est orné d'une branche de vigne, formant spirale. U faut remarquer aussi la plaque du cancellus qui ferme la chapelle de S. Apollinaire, elle est ravissante etsculptéeà jour.Cf.Alinan,Photog.,n* 10279. Une autre est formée de motifs décoratifs gréco-orientaux. L'ambon de l'église montre un style qui ne concorde pas avec la beauté de toutes ses sculptures. Il est d'une époque ultérieure. Les chapiteaux des petites colonnettes indiquent la fin du VII* siècle ou le viii* siècle : la longue feuille plate sur une corbeille d'un diamètre égal au fût. La décoration de la partie inférieure formée d'oves, de perles, etc., s'harmonise peu avec celle de la partie supérieure. Appartientelle à l'ambon? ne faisait-elle pas partie d'une corniche? La décoration supérieure est d'origine si différente que le doute est permis? Cf. Ricci, Photog., n* 15. L'abside ne conse/ve plus ses anciennes mosaïques, mats celles des nefs subsistent encore. Elles ont été fortement restaurées. Les murs de la nef se divisent en trois parties, la première division a reçu des scènes empruntées au Nouveau Testament, elles racontent la vie de Jésus. Je ne les crois pas antérieures aux autres mosaïques. On a supprimé de la vie de Jésus, l'histoire de sa passion. Les manuscrits, les peintures des églises omettaient encore vi* siècle cette scène. Il faudrait comparer ces mosaïques avec les miniatures que nous possédons de cette époque, et surtout avec Tévangéliaire de Rossano édité par Harnack. Puis vient la procession des saints et des saintes (sujet traité aussi par l'antiquité) qui se dirige vers la Vierge tenant l'Enfant Jésus dans son giron. Le .point de départ est pour les saints, l'atrium delà basilique de S. Apollinaire, c'est-à-dire la ville de Ravenne, et pour les vierges celui de Classis. Voulait-on rappeler une procession qui avait lieu entre S. Apollinaire in Classe et S. Apollinaire nuovo? ou pour plaire aux deux villes les a-t-oo

même voie. C'étaient S. Zenon à Césarée, S. Sergius à Classis, S. Eusébe non loin de la porte Wandalaria. Ce fut rarchevôque Agnellus (556-570) qui les restitua au culte orthodoxe ^

La prospérité de la ville était due surtout à son port éloigné de quelques kilomètres de la cité. Le long de la voie romaine qui de la porte Wan(ia/ana* conduisait autrefois à Classis existait un certain nombre de hameaux groupés le plus souvent autour d*un édifice religieux'. Le plus important était celui de Césarée. C*était

représentées toutes deux? La décoration de Téglise dut être conçue d'une même inspiration. Le tracé des figures des personnages de la vie de Jésus est sensiblement le même, mais on peut reconnaître à certains plis, à certaines draperies, au dessin des personnages que plusieurs artistes ont exécuté ce travail. Une si vaste décoration, faite rapidement, nécessitait un grand nombre d'ouvriers. Quelques retouches sont sensibles. Diehl indique même une reprise au Palatium. On avait fait construire à cûté de Péglise un baptistère; Agnellus le décora aussi de mosaïques en le réparant, mais un tremblement de terre le détruisit sous Tarchevèque Jean en 72c. Cf. Agnellus, L. P., 89, p. }^5; 151, p. 376, L'archevêque Théodore construisit à côté de l'église un monastère dédié à S. Théodore. Cf. Agnellus, L. P., 119, p. ^56. Il ne reste plus rien de ces deux édifices.

1. Agnellus nous en a conservé la liste. Cf. L. P., 86, p. ^74. L'Église S. Eusèbe avait été construite en dehors de la ville en 514 sous Pévèque Urimundus; elle était déjà démolie au temps du chroniqueur, ix« siècle. Cf. Agnellus, L. P., 70, p. ^26. Il faut ajouter à cette liste que nous a conservée Agnellus, L. P., 86,p. i$4,\e Mausolée que se fit construire Théodoricprèsde la porte Artemetoris. Leschartes indiquent qu'on appela ce monument /^o/unia au moyen âge. Agnellus parle du lieu dit Ai Forum. Cf. L. P., ^9, p. ^04. On y avait construit plus tard un monastère dédié à S. Marie en souvenir du rot goth. Le sarcophage qui contenait ses restes était en porphyre. Il fut déplacé on ne sait comment et mis plus tard dans l'atrium de cette église à l'entrée, « sed ut mihi pidetur ex sepulcro projectus est et ipsa urna, ubi jacuU^ ex lapide pirfiretico palde mirabilis ante ipsius monasterii^ aditum posita est,» Agnellus, L. P., ^9, p. 304. Rahn, qui a fait l'analyse de ce monument, veut reconnaître comme élément décoratif barbare celui qui court comme frise tout autour de la coupole. Cf. LQbke, Geschichte der Deuischen Kunst, p. 37. Je le crois, comme celui de l'armure d'Odoacre,d'origine orientale. Il se retrouve souvent dans le trésor de Nag/^S^ent'Miklos, publié par Hampel, Der Goldfundy Budapest, fig. 2, aussi p. 127-18^, où l'auteur expose des vues fort intéressantes sur l'art de Torfèvrerie à l'époque des invasions.

2. L'église Saint- Paul se trouvait autrefois près de cette porte. Élevée sous révèque Théodore, elle avait remplacé une synagogue. Cf. Agnellus, L. P., 119* P* 557) il n'est rien resté de cet édifice.

;. Cf. Agnellus, L. P., Mi P* ^98' Lauricius, camérier impérial d'Honorius, réleva vers 45$. On y avait localisé une légende fort touchante. Cf. Agnellus, L. P. ?6, p. 299, pour le monastère de S. Gervais et S. Protais, il fut élevé vers la même date. Il était orné de belles mosaïques et contenait le tombeau

môme un petit bourg qui ne comptait pas moins de trois églises. S. Laurent, S. Zenon, enfin le monastère de S. Gervais et S. Protais y avaient été construits par les archevêques de Ravenne. Puis venait à quelque distance le port de cette ville, Classis, si important pendant la première partie du Moyen Âge. Le visiteur éprouve aujourd'hui quelque mécompte à ne voir tout autour de lui qu'une plaine marécageuse triste et déserte. Une seule église reste debout et prouve le long passé de ce coin de terre si désolé. Les marécages ont peu à peu rendu bien difficile la culture de la terre et la vie s'est retirée laissant ci et là quelques fermes isolées, marquant encore l'emplacement de ce centre jadis si bruyant. Un seul moyen nous reste de nous donner quelque idée de ce que devait être aux époques byzantines le port de Ravenne ; c'est la description souvent trop courte et trop sèche du chroniqueur Agnellus. Classis était une ville enfermée dans une enceinte fortifiée ^ La mosaïque de S. Apollinaire nuovo (vi"" siècle) nous en a gardé le souvenir. Des tours carrées construites de distance en distance la défendaient contre les attaques du côté de la plaine. Un certain nombre de portes la mettaient en communication avec les villes voisines. Aucun pan de muraille ne marque l'emplacement de cette enceinte, aucune ruine ne laisse deviner son circuit. La ville était divisée en quartiers. Le plus considérable prenait son nom des Arméniens qui l'habitaient, puis venait celui de Salutaris^ de Leprosus^ de Viridarium . L'espace qu'enveloppait l'enceinte devait être considérable, vu le nombre des édifices religieux qu'elle contenait. Ce nombre s'élevait jusqu'à neuf. Une seule église, la plus importante S. Apollinaire in Classe* est

de révèque Jean i*'. Sur Tare de ce tombeau étaient représentés les trois enfants dans la fournaise. Le monastère de S. Marie de la Blancherne était situé un peu plus loin, Cf. Agnellus, L. P., 26, p. 290 , et à côté était celui de S. Donat in Montcrione, Cf. Agnellus, L. P., 102, p. 982.

1. Agnellus la nomme cipitas; elle avait plusieurs portes. Cf. Agnellus, L. P., p. 285, H7. ?76, ??6.

2. L'argcntarius 3u\ianus Pavait fait construire. C'est le même banquier qui édifia S. Vital. Cela suppose des fortunes immenser. entre les mains de ces grandes familles de Ravenne. Cf. Agnellus, L. P., 76, p. ^29. Maxtmien, archevêque, la consacra, 546-556. Elle avait un atrium entouré de portiques. C'est une basilique comme S. Apollinaire nuovo, à une nef avec bas côtés. Tarchivolte et non Farchitrave est encore employé, comme dans les

rouis COURAJOD 47

encore debout. C'est un des plus beaux édifices de l'Italie byzan-

églises romaines. De gros tailloirs plus distincts des chapiteaux reçoivent la retombée de ces archivoltes. L'extérieur montre encore qu'on obéit à un type architectural complètement créé. On décore désormais les murs nus extérieurs de Péglise d'arcatures aveugles qu'on appellera plus tard des bandes lombardes. Son clocher est le plus ancien de Tltalie. Il a reçu des modifications. L'abside a seule conservé sa décoration en mosaïque. Le Christ nimbé occupe la partie supérieure avec les quatre symboles des Évangélistes. On voit ensuite sortir de deux villes six brebis qui représentent les apôtres; enfin dans la coupole, S. Apollinaire debout prie les bras en croix, ayant de chaque côté les six brebis qui personnifient le Seigneur. Au centre de la composition est placée une croix, dans un nimbe qui doit représenter le Sauveur. Au haut, Élie et Moïse dans le ciel. On a voulu yvoir la transfiguration. Je ne le crois pas. L'artiste n'avait pu mettre la sixième brebis à côté des autres et a dû pour compléter leur nombre en placer une plus haut près de la Croix,mais il s'est aperçu bien vite que cette petite brebis allait se trouver isolée et nuirait à l'ensemble. Il fallait donc mettre de l'autre côté une ou deux brebis de plus. C'est ce qu'il fit. On trouve ensuite dans l'abside 4 figures d'archevêques : Ecclesius, Verus, Ursus et Urcinus. Elles sont fort détériorées. Sur les parois de l'abside, deux mosaïques qui représentent le sacrifice de Melchisédech. L'autel est préparé pour la S. Cène. Le pain et le calice à deux anses sont posés seuls sur la double nappe. Vient ensuite le sacrifice d'Isaac. Abraham n'accomplit pas le sacrifice, mais l'indique. Des rideaux retenus par des agrafes sont placés là, comme dans les basiliques anciennes. On voilait l'autel à certains moments de la liturgie. On le voit, ces représentations se rapportent toutes au S. sacrifice. De l'autre côté, on a représenté le récit mentionné par Agnellus et que le clergé de Ravenne montrait avec orgueil. L'archevêque Reparatus est devant l'empereur de Constantinople qui lui tend un volume oii on lit Prmlcgia. Ce privilège impérial délivrait Ravenne de l'obédience romaine. Cette mosaïque exécutée sous Reparatus (671-677) est ultérieure aux autres du vi* siècle. Au-dessus, sur l'arc de Tabside, on voit le Christ en buste avec le symbole des Évangélistes. Des brebis sortent des villes et viennent vers le Sauveur. On peut encore juger du peu d'imagination de ces artistes. Ils répètent sans cesse des modèles transmis. Ce thème « Us brebis sortant des villes de Jérusalem et de Bethléem» sera accepté par Rome qui le répétera pendant plusieurs siècles. Seules, les mosaïques de l'abside sont dignes d'intérêt, malgré l'incorrection des figures. Les brebis surtout laissent beaucoup à désirer comme dessin, mais les parties secondaires, le paysage, le ciel bleu semé d'étoiles d'or, les animaux même plaisent et forment un ensemble toute fait charmant. On trouve dans l'église un certain nombre de sarcophages d'époques^différentes, mais qui reproduisent tous les motifs gréco-orientaux.' Cf. Alinari, Photog., n* 102^1, petites arcatures. avec des couronnes suspendues. Des agneaux sont de chaque côté. C'est celui de Tarchevèque Félix (an 725). Un autre donné par Cattaneo, Architettitra in lialia (vi*-x* siècle), fig. 5 . Deux agneaux portant la croix, le couvercle est décoré de deux paons à côté d'un vase. On peut voir là deux époques différentes. Le couvercle est du vi* siècle, undis que le sarcophage est du viii*. Cf. Alinari, Phot6g.,n^ io3^;; autre sarcophage, on le croit celui de l'archevêque

tine. s. Petriana, S. Euphémie ad Mare* rivalisaient avec elle. Des tremblements de terre détruisirent de bonne heure ces édifices somptueux. A côté de ces grandes églises, il faut nommer des monastères moins importants : celui de S.Probus,deS. Serge, de S. Marc et Marcellus, de S. Sévère, la basilique de S. Eleucadius, de S. Rophile*. Les évoques de Ravenne avaient choisi

Jean. Il reproduit encore un très beau modèle : arcatures avec coquille, arbre de vie, croix, paons à côté du vase d*ob sort de Teau. Il est peut-être du vil* siècle. Cf. Cattaneo, /. c, fig. h où figure aussi un sarcophage du vit* siècle : agneaux accostés devant la croix inscrite dans une couronne; aux coins, pilastres avec la feuille plate. Cf. Alinari, Photog.,n* 102^2, sarcophage qui appartient à Tarchevèque Théodore; inscription, réplique d'un très beau modèle : paons accostés devant le monogramme du Christ, — arbre avec branches de vigne formant volutes. On aura utilisé ce sarcophage en 688 à la mort de Théodose. Il appartient au vt« siècle. Cf. Aiinari, Photog. , n* 102^0. Autre sarcophage, arcature avec coquille, croix et arbre de vie. Il est peutêtre de la fin du vi* ou du commencement du vu* siècle. Autre sarcophage. Jésus sur un trône, le livre ouvert; à ses côtés S. Pierre qui tend ta loi, S. Paul portant la croix. D'autres personnages tendent des couronnes. C*est peut-^tre du vi* siècle. On trouve dans la petite salle de la sacristie un certain nombre de fragments: Croix avec agneaux, fragment de cîborium où il y a des entrelacs avecla croix, (VII* siècle, fin). Du côté droit, on voit encore deux colonnes ayant appartenu à ce cîborium. Enfin leciborium si important de Tautel S. Eleucadius, il est daté (806-816). Cf. Aiinari, Photog.. n* 10226. C'est un travail tout à fait byzantin, mais on remarque une manière toute particulière de tresser Tentrelacs. Ils se terminent, le plus souvent en trian> gles et non encercles. C*est Tinterprétation plus libre des artistes. Les chapiteaux sont fort intéressants. Ils permettent de grouper autour d^eux, parfaitement datés, un certain nombre d'autres qui sont encore en Italie. On peut voir ici te tempérament barbare dans l'arrangement de la décoration, dans la manière de Presser l'entrelacs. Mais, si on étudie séparément les motifs décoratifs, on reconnaît qu'ils sont tous d'origine gréco-orientale. L'élément latin a complètement disparu.

1. Elle fut élevée par Pierre Chrysologue sous Valentinien, vers 42c. Cf. Agnellus, L. P., 24, p. 289. Les contemporains la considéraient comme la plus belle de Ravenne; une image du Sauveur, qui était d'une beauté remarquable, faisait l'admiration des habitants. Elle se trouvait sur la porte d'entrée. Cf. Agnellus, L. P., 24, p. 289. Pierre Chrysologue avait élevé une fontaine fort curieuse sur la place de l'église. Cf. Agnellus,!,. P., 50, p. 512. Il fut enseveli dans la basilique. Agnellus, L. P., 26, p. 290. Néon l'orna de mosaïques et la revêtit de marbres précieux. Cf. L. P., 28, p. 292, mais un tremblement de terre arrivé en 725, la détruisit complètement. Ce fut un dimanche après la messe. Cf. Agnellus, L. P., içi, p. ^76. Elle ne fut pas rebâtie. En 568, l'archevêque Agnellus fit construire près de cette église, un monastère dédié à S. Matthieu et à S. Jacob. Il Porna de mosaïques. Cf. L. P., 91, p. 336, Alexandre III y fait allusion dans une bulle.

2. Agiiellusfait mention deces églises, mais sans grand détail. S. Eleucadius

les églises de Classîs comme lieu de sépulture, mais avec le temps S. Apollinaire in Classe^ devint la nécropole des archevêques de cette ville.

La population qui vivait dans ces murs était fort mêlée. Oh a vu déjà qu'un quartier de la cité était le centre des Ârménienè et nous savons aussi que des soldats grecs y tenaient garnison. Les Syriens surtout formaient la partie la plus considérable de la population des deux villes. Ils y étaient tellement nombreux

était élevé hors des murs de Classîs en Thonneur du ;* évéque. Cf. Agnellus, L. P .» p. 281. Une autre église, S. Euphémie ad Mare, non loin de S. Apollinaire, Maximien Torna de mosaïques. Cf. L. P., 8, p. 282. Elle n'existait plus au temps du chroniqueur. S. Probus existait déjà au y* siècle. Cf. Agnellus, L. P., h 281. L'église S. Sévère construite en 578 par Jean Romain. Agnellus, L. P., 98, p. M3> on y porta le corps du saint.

I. Les archevêques de Ravenne n'eurent pas tout de suite une basilique qui fut considérée comme leur nécropole. Nous voyons quMls indiquent des églises édifiées par eux. Néon est enseveli aux SS. Apôtres, Agnellus, L. P., 29, p. 29;. Cette église, qu'a remplacé aujourd'hui le monastère franciscain, était fondée dès le milieu du v* siècle, vers 450. Sur la porte d'entrée, sous le narthex, figurait le Christ entre S. Pierre et S. Paul. Cf. Agnellus, L. P., 30, p. 294. Maximien fut enseveli à S. André, Cette église avait été fondée par Pierre Chrysologue. Cf. Agnellus, L. P., 50, p. |i;. Au-dessus de la porte une mosaïque donnait l'image de l'apôtre Pierre. Maximien qui avait pu dérober à Constantinople la barbe de S. André, avait placé cette relique insigne près de l'autel, Agnellus, L, P,, 82, p. j^a. Il voulut être enseveli près d'elle. Fortunat parle de cette église. Liv. I, I. Nous avons vu aussi que certains prélats furent ensevelis à S. Vital. Cf. Agnellus pour Ursinus, L. P., 65, p. ^24; pour Victor et Ecclesius, L. P., 59, p. ^19. Mais S. Apollinaire in Classe devint, dès le vu* siècle, la nécropole des archevêques. Mariniano y fut placé en 606 sous le narthex ainsi que Jean en 611. Cf Agnellus, L. P., 104, p. 546. Un autre Jean archevêque en 652, Cf. L. P., X07, 748. Bonus en 641. Cf. L P., 109, p. ^49. Maurusen67i. Cf. L. P., 11^ p. 3^2. Son tombeau était fort remarquable; on avait sculpté, sur le sarcophage en porphyre, des oiseaux, des animaux, et dans des arcatures, des personnages, oiais en IS29 le roi Lothaire emporta cette ceuvre en France et la plaça, comme devant d'autel, dans l'église de S. Sébastien. Le chroniqueur n'indique pas la ville. Il mériterait une étude particulière parce qu'il montre qu'on savait travailler encore ce marbre à Ravenne. Ce fut aussi sous cet archevêque qu'on déplaça le tombeau de S. Apollinaire et qu'on le mit au milieu de l'église. Le sarcophage fut caché par des plaques d'argent sculptées qui racontaient l'histoire du saint.Cf. Agnellus, L, P.,ii4,p. ^52. Reparatus archevêque y fut enseveli. Cf. L. P., 116, ^55 ; aussi Théodore. Cf. L. P., 124. p. ;6o; Damien,p. j66; Jean, p. ^77; Léon, p. ^Hj, enfin Gratiosus (785-788), p. 586 y eurent leurs tombeaux. S. Félix avait choisi sa sépulture dans le monastère de S. Felicula (en 724), non loin de Téglise; nous possédons son épitaphe et son tombeau:

qu^ils purent nommer, jusqu'au vi' siècle, un des leurs à la dignité dpiscopale. On retrouve partout ce petit monde commerçant, aussi bien sur les côtes de l'Adriatique que sur celles de la Méditerranée, aussi bien à Rome qu'à Marseille ou à Tours et on peut même dire qu'au vi« siècle ils étaient la race la plus acti> e de l'antiquité chrétienne. C'est sans nul doute par eux que les échanges des pays orientaux entre l'Occident ont pu se faire. Ils avaient établi des comptoirs sur toutes les côtes, aussi bien de l'Espagne que de la Gaule. Ils apportaient les produits de l'Orient : la soie si recherchée par les peuples occidentaux, les épices, les ivoires, les menus objets de luxe. C'est par eux que se sont propagées les idées, les légendes de l'Orient pendant la première partie du Moyen Age.

La langue qu'on parlait soit à Classis, soit à Ravenne, était surtout le grec. C'était la langue à la mode, celle des hauts fonctionnaires, des grands dignitaires de la cour, des commerçants, enfin des gens lettrés. Les indigènes parlaient sans nul doute latin, mais on peut voir dans les œuvres d'Agnellus combien il avait subi de transformations, car il avait accepté un grand nombre de vocables grecs. Mais après la domination byzantine, le grec perdit ce que le latin gagnait chaque jour.

L'art qu'on peut étudier à Ravenne et à Classis est celui de Gonstantinople. Les premiers évèques, d'origine syrienne, propagèrent sans nul doute Tart oriental. Les monuments qui sont parvenus jusqu'à nous et qui appartiennent à cette époque le prouvent suffisamment. C'est à tort que des archéologues ont voulu reconnaître à Ravenne différentes époques artistiques. Le fond de tous les travaux exécutés à partir du christianisme sur ce petit coin byzantin est avant tout grec. Grecque est la série nombreuse des mosaïques qui se déroulent sur les murs des grandes nefs ou sur la voûte des absides, grecque est la main de ces artistes qui sculptent les chapiteaux des basiliques ou qui égayent l'extérieur des édifices, grecque est aussi la décoration intérieure des églises, des can^ celli, desambons et des ciboria. Et si nous croyons reconnaître des différences dans le style des mosaïques, elles sont dues surtout à la main des artistes, à la décadence lentement progressive de l'arti Les soixante ans de la dynastie éphémère des

Goths n'ont apporté aucune modification dans les conceptions esthétiques. L'art continua d'être, sous ces rois, ce qu'il avait été sous Valentinien III, ce qu'il fut sous Odoacre. Théodoric ne changea rien au milieu artistique déjà créé^

Les Goths n'étaient pas du reste, les adversaires de l'art byzantin. Ils lui étaient au contraire tout dévoués. Ce n'était pas un inconnu pour cette race. Établis depuis longtemps sur les bords du Pont-Euxin, ils avaient pu fonder un vaste royaume en relations constantes avec l'Orient. Jomandés nous dit que les produits de la Perse étaient vendus dans ces villes, anciennes colonies grecques. Ces peuplades germaniques, en contact au Nord avec les autres races teutoniques, étaient les plus civilisées et les chroniqueurs ne craignent pas de les comparer aux Grecs. Les Goths dont le destin fut si malheureux, eux qui ne purent fonder aucun royaume durable, ont eu une très grande influence sur les arts à l'époque des invasions*. M. Courajod, reprenant les vues si originales de M. de Linas, nous montrera bientôt que c'est par eux que s'est propagée l'orfèvrerie cloisonnée en Europe. C'est

1, M . Oiehl, qui résume le travail de Rahn, dit avec raison : « L'influence orientale sous le prince barbare comme sous Tempereur grec dominait sans contrôle à Ravenne» Cf. L, c, p. 19, M. Bayet {l'art byzantin] V%ya\i déik affirmé. On ne saurait trop priser ce petit mémento.

2. Certaines églises, comme celle de S. Agathe et de S. Jean et S. Paul, ont conservé encore des œuvres qui décoraient Tintérieur de la basilique. Le Musée de Ravenne contient aussi un certain nombre de fragments intéressants. I* L'église S. Agathe était déjà mentionnée au vi* siècle; vers 570, Parchevèque Agnellusy fut enseveli. Cf. Agnellus, L. P., 9^, p. ^)à, Jean II aussi, L. P. 44.J08. Au-dessus de la cathedra il y avait une mosaïque qui représentait, révèque. Les contemporains croyaient avoir un art naturaliste, « Apparet quod fuisset tenui forma, nigri capUli, paucot canos.» On trouve dans Tintérieur de réglise, un autel qui a reçu une plaque de marbre avec la croix, le chrisme et deux paons, fin VI*. On voit aussi le long des murs, un certain nombre de sarcophages anciens qui n'offrent aucun intérêt. A côté de Téglise, dans le campo-santo de S. Francesco, il 7 ji deux sarcophages dont l'un représente TAnnonciation. La scène est reproduite suivant Ticonographie byzantine :1a Vierge file et l'ange est debout devant elle (vi* siècle) ; Tautre d'une date ultérieure: Jésus au centre, S. Pierre et S. Paul à ses côtés. —2* L'église S. Jean et S. Paul. Elle se trouve mentionnée par Fortunat au vi* siècle. On y avait élevé un autel en l'honneur de S. Martin. Cf. Fortunat, liv. IV de vita S. Martini. Grégoire de Tours en parle aussi. Cf. Paul Diacre, H.L, SS. G. H* liv. II, i; p, 79. Il nous en indique même remplacement. «întra eadem urbem sita est.» On célébrait la fête des SS. Apôtres, le 26 juin dans cette église à Ravenne, avec une grande solennité, au temps de Tarchevêque Jean, vers 725*

eux aussi qui furent, comme plus tard les Langobards venus de la Pannonie, les intermédiaires entre l'Orient et TOccident. L'art des bords de la Garonne, nous l'avons vu, sous le domination aussi éphémère des Wisigoths, en est la preuve.

Il ne faut donc pas croire, comme on l'a dit trop souvent, que l'art gréco-romain put refleurir sous la dynastie gothique. On ne pouvait remonter un courant artistique aussi fort, ni lutter contre un milieu depuis si longtemps entre les mains des Grecs. Les Ostrogoths ont beau demeurer à Ravenne, les évêques orthodoxes, avec l'appui de Byzance, ont créé une école d'art si puissante que les Germains durent l'accepter sans résistance. Théodonc ne se présenta donc pas à Ravenne comme le défenseur

Cf. Agnellus, L..^P 15^ p. ^77. Elle reçut desdonsde l'archevôque Georges vers 841 : couronnes d'or, calices précieux. Cf. Agnellus, L. P., 174, p, ^91. Une série de fragments de mosaïques du vi* siècle sont conservés encore dans réglise: animaux, entrelacs, poissons, d'autres représentent des faits contemporains : meurtre d'un personnage en dehors de la ville, entrée de Tempereur à Constantinople, autre meurtre. On y voit aussi des roses, un vaisseau, une mosaïque représentant une femme à queue de poisson, qui devaient faire partie d'une composition qui représentait la mer avec ses dangers. Enfin un fragment d'ambon fait sous Mariniano (596-606), on y voit de chaque c6(é S. Paul et S. Jean en prières, des oiseaux, poissons, etc., dans des petits carrés comme dans le fragment de la cathédrale. Mais ici la réplique est bien inférieure. Il doit être du vu* siècle. Cf. aussi un fragment qui donne encore la même réplique dans le palais Rasponi. Cf. Cattaneo,/. c. fig. 2;—;* Musée: Le vestibule contient un certain nombre de mosaïques fort intéressantes, motifs décoratifs : I* rosaces, entrelacs, roses, calices. On croit qu'elles faisaient partie du pavé de S. Agathe (vi« siècle). Il y a encore un certain nombre de plutei avec entrelacs; 2* roses avec la croix ; )• entrelacs avec rosaces; 4* croix avec des entrelacs; 5* animaux buvant dans un calice; puis aninuux affrontés, consoles décorées d'entrelacs, vti« siècle (fin) ou viii* siècle, sarco* phage du viii siècle, deux lions devant l'arbre de vie, reste d'ambon,, croix, linteau avec entrelacs (viii* siècle), un autre peut être dux* siècle; autre sarcophage avec agneau et rose, vu* siècle; on y trouve toute une série de chapiteaux byzantins comme ceux de S. Apollinaire, puis d'autres semblables à ceux de S. Vital. Alinari, Photog. 102 19; croix avec entrelacs et mains divines vin* siècle fin; sarcophage représentant des paons peut-être du vu* siècle.. Fragment de ciborium : entrelacs tout autour avec la -petite crossette, vu* siècle fin. Sarcophage couvert d'entrelacs ix* siècle ; un grand nombre de plaques, paons dans des feuillages, entrelacs se coupant en triangle, (8 fragments) VI11* siècle; autres plaques avec feuillages, pommes de pin, viii* siècle; des sarcophages avec des personnages ; résurrection de Lazare. — Adoration des Mages. -^ Daniel entre les lions — etc — assez grossier comme dessin. Jésus entre S. Pierre et S. Paul. Le feuillage est tout à fait byzantin. C'est peut être du commencement du vii« siècle.

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d*une esthétique désormais vaincue, comme l'avocat de Tart gréco-romain, mais bien plutôt comme le représentant d'une nouvelle culture et de Tart oriental.

Il y a plus. L'état politique allait à rencontre de la création d'un nouveau foyer artistique, de la résurrection d'une esthétique démodée. Les Goths habitaient le sol romain comme l'avaient occupé les légions de l'Empire, ils se trouvèrent divisés, disséminés sur les terres conquises, perdant par là une partie des qualités particulières à la race germanique. Ils ne purent lutter avec succès contre la population indigène. L'Église orthodoxe considéra d'un mauvais œil ces Ariens et la pacification était rendue bien difficile, soit par l'antagonisme des deux croyances, soit par la séparation créée par des langues différentes.

Théodoric, à peine installé à Ravenne, cherche à imiter les empereurs de Constantinople; il quitte le costume barbare pour la pourpre, se fait construire un palais digne des Césars, cherche à conserver tout d'abord l'amitié de la cour de Byzance. Comme les empereurs, il publie des édits pour la conservation des édifices publics, il a soin des monuments antiques, nomme des magistrats pour veiller à leur conservation ; un architecte choisi par lui est chargé de les réparer. En tout cela, il ne faisait que suivre l'exemple des empereurs, et la culture byzantine, déjà si renommée, l'encouragea à faire revivre les écoles des villes conquises. Des maîtres furent nommés aux Universités de Milan et de Rome, et il appela auprès de lui les deux représentants de l'ancienne culture gréco-latine, Cassiodore et Boèce, qui ne purent avoir qu'une influence éphémère sur l'esprit de ce roi conquérant.

Après la destruction du royaume gothique, l'empire byzantin apporta dans ces contrées reconquises la culture grecque, y installa ses exarques, y créa une cour avec le cérémonial usité à Constantinople. En lisant l'ouvrage d'Agnellus on ne peut remarquer ces différentes dominations. L'histoire de l'Église de Ravenne qu'il raconte, les travaux des archevêques se succèdent sans subir aucune transformation par le changement des régimes. L'art byzantin y domine en maître. Mais l'effort des artistes à trouver des formes architectoniques nouvelles, les changements qu'ils faisaient- subir à l'art gréco -oriental, se montrent

aussi à Ravenne. L*ôglise de S. Vital indique les modifications que ce style avait déjà subies à Constantinople. Le plan n'est déjà plus celui de Téglise primitive chrétienne, le caractère principal de cette architecture est désormais la coupole, élevée sur une base polygonale. La décoration est devenue la vassale de l'architecture, elle est avant tout géométrique. Elle a du reste accepté les motifs décoratifs usités en Syrie et en Egypte. Les ambons, les chancels des presbytères, les ciboria vont répéter sans cesse les modèles transmis. Les églises de Ravenne 'et celles des villes voisines prouvent ainsi l'influence profonde de Tart gréco-oriental.

Que fait Rome en ce moment } Telle est la question que se posa M. Courajod*. A-t-elle pu créer un art nouveau, une esthétique nouvelle > Fait-elle tous ses efforts pour maintenir les vieux principes de l'art gréco-romain > Le contraire est surtout vrai. Elle n a pu trouver en elle assez de force pour produire un art chrétien, issu des doctrines religieuses qui avaient pénétré dans les couches populaires. Ses églises sont construites le plus souvent à l'aide des anciens temples, ses édifices sont, comme sa doctrine, formés des débris des monuments païens. Elle semble paralysée devant les attaques des Barbares.

Rome ne donne plus le mot d'ordre à l'Occident. La péninsule se trouve morcelée, proie facile des nouveaux conquérants. Cette fin d'empire est un des moments les plus tristes, les plus douloureux de l'humanité. Partout la guerre et la désolation. Le nord de l'Italie appartient désormais aux Goths, puis aux Lombards, toutes les villes de la côte aux Byzantins. Ces divisions politiques ont transformé la situation intellectuelle de la Ville étemelle.

I. Il se servit des travaux de Diehl, Études sur l'administration byiantinc^ Paris 1888. BatifTol, L'A^^a/« deRossano , Paris 189a. Lenormant, La grande Grèce, Schultz, DenknmUr der Kunst der NfittelaUers in Unter italien, 1860. Nous avons ajouté la lecture du Lilfer pontificalis édité par notre illustre mattre, NC Tabbé Duchesne dont les savants commentaires permettent de se rendre compte des transformations successives des basiliques romaines. Cf. aussi Mélanges de l'École de Rome, les articles publiées par les anciens élèves. Batiffol 1889. Notes sur quelques monuments de Calabre, encore 188$, p. 179; 1890. p. 98. Cf. sur les librairies byzantines à Rome 1887-L888. On consultera avec fruit le Bulletin de correspondance hellénique, 1884, p. 264-581; 188$, 307-219; 1888, 441-4^9. Dumont, Comptes rendus de VAcadémiedes Inscriptions, i88j.

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Les capitales de ces royaumes nouvellement créés, — aussi florissantes que leur sœur aînée (Milan et surtout Ravenne), — rivalisent avec elle. Ennemies même de Rome, elles se sont montrées plus accessibles à des principes artistiques nouveaux et ralliées bien vite à la culture grecque. Leucs évoques sont en lutte avec celui de Rome et cherchent par tous les moyens à s^affranchir de son joug souvent fort lourd. Ce n*est plus la Rome d'autrefois si hautaine vis-à-vis des peuples vaincus, qui avait pour devise de commander au monde : ombre d^elIe-mème, reste d*un glorieux passé, elle allait être réduite à implorer le secours de ces Barbares qu'elle avait domptés tant de fois !

Qu'elle est triste, dans son enceinte, quasi en ruine, bâtie sous Aurélien ! Les pestes, les famines, les inondations rapportées avec angoisse par les chroniqueurs ont décimé sa population. L'insécurité, régne partout. Après les dernières conquêtes des Goths, après les batailles définitives de Narsés, il fallait encore se défendre contre les Lombards ! On ne pouvait porter secours aux villes démantelées : les faibles forces militaires n'auraient pu suiBre. Il ne fallait pas songer à relever leurs murailles; le temps, les moyens surtout manquaient. Rome elle-même, plusieurs fois assiégée par Vitigés et Totila, se voyait réduite à la dernière extrémité. La ville des Papes ne pouvait compter sur aucun secours des contrées voisines ; de la part de l'Empire byzantin, elle n'avait à attendre qu'un appui moral. Les circonstances politiques allaient à rencontre de sa puissance. L'Empire de Constantinople avait à lutter, lui aussi, contre des voisins dangereux. D'une étendue trop vaste, il se voyait obligé de perdre des frontières trop éloignées, et ne songeait qu'à défendre l'Orient contre deux ennemis très puissants : les Arabes et les Perses. Cette situation difficile explique pourquoi les empereurs n'ont pas cherché dès le vii"" siècle à reconquérir une partie de l'Italie déjà perdue, ils comprenaient que dans la péninsule la guerre ne pouvait avoir aucun résultat efficace, qu'une ville gagnée aujourd'hui était perdue le lendemain, et que le danger qu'il fallait à tout prix conjurer, le plus pressant et le plus immédiat, était de combattre les Arabes et les Perses. Et l'Empire lui-même était fortement menacé. Tout allait à rencontre de sa prospérité. Ce n'était pas les hommes de guerre qui manquaient. Il en avait encore. Les Bélisaire,

les Narsés, les Salomon pouvaient conquérir des royaumes, pacifier des pays, mais des compétitions intérieures, des rivalités mesquines, souvent ridicules, des femmes avides d'autorité et de despotisme paralysaient les efforts ou discréditaient un empereur faible et inhabile. L'héritage de Rome était bien lourd pour lui. Elle lui avait légué un empire immense, des ennemis sans nombre et toujours renaissants. Lorsqu'il n'avait à combattre qu'un seul adversaire, il pouvait le réduire et le vaincre, mais lorsqu'il se sentait attaqué de tous côtés, le manque de ressources, la pauvreté des troupes le rendaient faible et timoré. L'armée même était sans lien. Huns, Hérules la composaient. C'étaient avant tout des troupes sans aucun esprit national et sans passé, qi^'il fallait toujours acheter. L'infériorité de cette armée pouvait donner de justes craintes pour l'avenir.

Il avait aussi hérité des vices de l'administration financière romaine. L'histoire de l'exarchat en est la preuve. Les hauts fonctionnaires nommés par l'empereur ont montré toujours une avidité sans exemple, une cruauté souvent inouïe. Leur domination est sans éclat, à peine quelques noms, et l'oubli le plus complet sur ces hommes, sur ces exarques. La trahison, la ruse, une habileté diplomatique ont été la cause le plus souvent de leurs éphémères succès.

Rome abandonnée, comme on levoit, par l'Empire byzantin, ne

pouvait prétendre à la domination intellectuelle de l'Occident. La civilisation qu'elle représente parait vaincue et oubliée. L'aristocratie intellectuelle a fui ses murs peu sûrs: dés le v* siècle les lettrés, les artistes sont partis pour Constantinople. Ceux qui restaient dans la cité étaient le plus souvent des artisans de deuxième ordre, sûrs d'avoir du travail dans Rome, ville de province, et certains qu'à Byzance, ils auraient trouvé une concurrence sérieuse, et que même la lutte aurait été inégale. La sculpture, la mosaïque du vi*^ au ix' siècle nous permettent de voir l'infériorité de ces artistes et la décadence de l'art.

La population de la ville des Papes n'était plus ce qu'elle avait été dans l'antiquité. Plus faible, comme perdue dans son enceinte, elle était singulièrement mêlée. Les Goths y étaient encore au VI* siècle en grand nombre, les Byzantins y afiluent, les moines africains orthodoxes y cherchent un abri devant l'invasion arabe.

L aristocratie romaine, qui pouvait revendiquer des titres séculaires, n existe presque plus. Les grandes familles de l'Empire ont la plupart disparu, elles ont été remplacées par les nobles d origine gothique ou par les Grecs venus à la suite de la conquête byzantine. Rome ne pouvait donc prétendre à conserver intact Théritage du passé. Dés la fin du vi* siècle, les hommes éclairés faisaient défaut. Les chroniques nous prouvent la pénurie de fonctionnaires consciencieux. Le pape Agathon est forcé d*6tre lui-même le caissier de TÉglise romaine (678-681 ). On peut voir aussi qu*une administration honnête était difficile à trouver. Ce ne sont que plaintes sans cesse répétées de la décadence des lettres, de Tinsécurité de la vie des clercs, du peu de science et de culture des moines ; vivant au milieu des Barbares toujours turbulents, le clergé ne pouvait s'occuper d'études théologiques : à partir de S. Augustin tout le travail doctrinal est terminé pour des siècles en Occident* Les revenus même des églises font défaut pour maintenir un clergé et lui permettre une vie régulière. (( Nos pays, dit un pape de ce temps, sont continuellement agités par la fureur des diverses nations ; ce ne sont que combats, coursesi brigandages. Au milieu des Barbares, notre vie est pleine d'inquiétudes et nous subsistons du travail de nos mains, parce que l'ancien patrimoine des églises a été consumé petit à petit par diverses calamités. » Ces nombreuses causes rendaient impossible la suprématie de l'esprit romain sur l'Occident. Sa faiblesse permit enfin aux nations déjà si transformées parles invasions germaniques de vivre de leur vie propre, de ne regarder pour un temps au delà des Alpes, en un mot de reconquérir leur indépendance.

La suprématie de Rome fut donc profondément atteinte, et pour un temps, elle dut se déclarer la vassale de Byzance. Depuis le IV* siècle, la ville nouvellement fondée avait attiré tous les regards de l'Occident. Elle avait gagné ce que Rome avait perdu. Les récits contemporains déroulaient aux yeux ravis des lettrés les splendeurs de la cité du premier empereur chrétien. Et son crédit augmenta de plus en plus : sous le règne de Justinien, Byzance est quasi à l'apogée de sa grandeur. On célèbre ses églises, on vante ses monuments, ses places publiques si ornées, on parle des chefs-d'œuvre sans nombre qui y sont rassemblés.

Ces récits, le plus souvent amplifiés par des chroniqueurs trop crédules, font naître une vision enchanteresse dans l'esprit de ces populations naïves et simples de l'Occident. Grégoire de Tours, Frédégaire, dés le vi« siècle, parlent de cette ville comme d'une cité des Mille et une Nuits. Pour eux, Byzance est la ville du monde la plus riche, la plus ornée. Son cérémonial en impose, même aux nations barbares, à la papauté. On Timite pour certaines fonctions. Ses monnaies fournissent aux artistes mérovingiens leurs motifs de décoration. Son monnayage est imité servilement par les rois Francs.

On savait aussi que Constantinople avait donné une hospitalité plus sûre aux grands artistes. Dés la fin du v« siècle, ils avaient abandonné lancienne capitale du monde romain. Les peuples de TOccident parlaient de leurs innovations heureuses en architecture, de leur activité ingénieuse, des problèmes posés et dont ils avaient trouvé la solution. L'église de Sainte-Sophie eut une renommée, si l'on peut dire, européenne. On vanta ses architectes, on célébra sa magnificence. Justinien fut considéré comme un second Salomon. Procope nous décrit les peintures historiques du palais impérial, nous raconte les nombreux travaux des artistes pour embellir la ville de Constantin. Que pouvait faire Rome, sinon d'imiter, de faire appel aux artistes orientaux > Là du moins les corporations avaient pu se maintenir et des artistes, sinon les meilleurs, vinrent à Rome ou à Ravenne exécuter certains travaux. Le Liber Poniijicalis de Rome les enregistre avec orgueil.

Pendant la période de l'Empire romain, les Syriens, les Africains qui venaient en Gaule ou en Italie étaient le plus souvent des gens fort humbles. Ils arrivaient en Occident pour chercher du travail, pour gagner modestement leur vie. C'est à eux que nous devons la propagande des idées chrétiennes. Pionniers obscurs, travailleurs souvent maltraités par la population indigène, ils n'eurent aucune influence sur les lettrés de la Gaule. L'émigration byzantine revêtit un caractère tout opposé. Les nouveaux venus s'emparent des fonctions les plus hautes, qu'ils exercent le plus souvent avec avidité. Ils occupent même pour un siècle la chaire de saint Pierre. Dès la fin du vii^ siècle, ils 9ont en possession de la plus haute dignité morale de l'Oc-

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cident et peuvent la conserver jusqu*au ix* siècle. Ce sont : Jean V (685-686), Sergius, Jean VI (701-705), Jean VII (705-707), Constantin (708-715), Grégoire III (731-741), Zacharie (741-752), Etienne III de Sicile (768-772). Ils apportent avec eux la culture grecque, ils restaurent les églises déjà en ruines, appellent des artistes orientaux pour orner les édifices religieux. Tant que dura rautoritédeTexarque, les papes d*origine grecque furent nommés. C'était comme un mot d*ordre venu de Constantinople, mesure qui assurait aux empereurs une plus grande docilité de la part de la papauté. Les relations étaient alors très fréquentes entre Rome et Ravenne. Une route militaire, qui passait à Todi, à Pérouse, rejoignait ensuite la voie Flaminienne à Cagli. Elle était gardée par des troupes et assurait la communication entre ces deux pouvoirs. A Rome même, l'ancien palais des empereurs, le Palatium urbis Romce du moyen âge, était devenu la demeure du lieutenant de Texarque. C'était là qu'il habitait avec sa garde grecque toute dévouée, avec ses fonctionnaires hautains, avec ses nombreux serviteurs. Lorsque l'exarque venait à Rome, la ville était en fête, les magistrats, la milice, le menu peuple allaient l'attendre à un mille de la ville. Les empereurs ont dédaigné la vieille capitale, elle ne leur rappelait qu'un passé presque oublié ; pendant cette longue période. Constant VI est le seul empereur qui la visita. Le pape Vitalien le reçut avec le cérémonial usité. Accompagné de son clergé, il alla à sa rencontre jusqu'à six milles de Rome. On le conduisit ensuite en grande pompe à Saint-Pierre où il entendit la messe. L'empereur visita Sainte- Marie-Majeure, offrit à ces deux églises des dons magnifiques, séjourna deux jours au palais de Latran et partit le dimanche après avoir entendu l'office divin à Saint-Pierre.

Après la chute de la domination byzantine, Rome n'en continua pas moins à subir l'influence orientale jusqu'à la fin du x' siècle. Et si l'Occident à cette date cherche à se dégager des influences étrangères et à créer un art, une littérature vraiment nationale, l'Italie n'en reste pas moins sous le joug byzantin. Les artistes du Mont-Cassin qui restaurent la peinture, la mosaïque en Italie, appelés par Desiderius, sont des Grecs. Les fresques de l'église de S. Angelo in Formis en sont la preuve.

Les temps favorisaient aux vii« çt vïu« siècles l'émigrration, L'A-

6o UN HISTORIEN DE l'aRT FRANÇAIS

frique était sous la domination des Arabes, et les papes, la plupart syriens d'origine, accueillaient avec bonté les orthodoxes, les moines des contrées envahies. Les Arabes eux-mêmes voyaient partir avec plaisir ces chrétiens fanatiques. C'étaient eux qui étaient les pires ennemis de la religion de Mahomet'

Ils viennent donc se réfugier sur les côtes de la Méditerranée, apportent en Italie les reliques les plus vénérées et reçoivent même à Rome le droit de cité. En 676 (cf Vita Doni, L. "P., p. 348), le monastère appelé Bœtiana avait été affecté aux moines nestoriens de la Syrie. Le Pape les divise per diversa monasteria. Des monastères s'élèvent nombreux, d'autres plus anciens en reçoivent. Des quartiers entiers de la Ville éternelle appartiennent à cette population si mélangée. C'était sur TAventin le monastère grec de S. Saba avec ses dépendances, le long de la via d'Ostie, le couvent de S. Anastase ad Aquas Salvias^ non loin de S. Paul hors les murs. Plus bas, s'étendait tout un quartier grec, une nombreuse corporation d'orientaux qui habitait autour de l'église S. Maria in Cosmedin, Une autre région qui contenait une population assez dense se groupait près de l'église S. Memnas, aujourd'hui S. Etienne et S. Sylvestre. On appelait ce quartier la Ripa grœca. D'autres enfin étaient établis dans un faubourg qu'on appelait la Blancherna, Leur nombre augmenta si vite que ces monastères furent insuffisants. Grégoire III donne aux moines byzantins l'église de S. Chrysogone avec ses dépendances. Des cloîtres de femmes grecques même sont fondés ; Sylvestre en

construit un en 750 au Campo Martio, Cette population qui augmentait sans cesse devint pour la papauté une cause d'ennuis. Des difficultés naissaient, des conflits avaient lieu. Les papes futurs vont chercher à remplacer ces moines turbulents et bavards par ceux plus calmes et plus religieux de l'ordre de S. Benoît.

Ce n'était donc plus une influence sourde, occulte et partant timide, venue par le commerce, mais bien au contraire une conquête voulue, avouée, imposée par ceux qui étaient à la tête de la civilisation occidentale. Rome se donnait à Byzance. Les rapports étroits de l'Empire avec le Pape, les voyages des représentants du Christ à Constantinople, motivés par les querelles sans cesse renouvelées du dogme chrétien, les légats qu'on y entretenait et qui étaient souvent élus à la chaire de S. Pierre à cause

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de leur haute culture favorisaient la suprématie de la civilisation grecque. Les pèlerinages des patriarches, des grands dignitaires de rÉglise orientale, les dons qu^ils apportent aux églises propagent cette domination. Et Tinfluence byzantine ne s*étend pas seulement sur Tart, mais envahit le culte. Les saints orientaux inconnus naguère à Rome sont acceptés dés la fin du vu' siècle. On peut constater l'invasion pacifique de ces élus de la Jérusalem céleste. Les S. Venance, les S. Michel Archange, les S. Georges, les S. Memnas, les S. Théodore, etc., sont désormais les dieux tutélaires de la ville des papes.

Ce fut donc une conquête véritable de TOrient sur l'Italie, la mainmise de Byzance sur sa sœur aînée. Elle la domina non seulement par les arts, mais encore par le culte, par la pensée religieuse . Des hymnes grecques sont chantées dans les basiliques, des Vies de saints sont traduites en latin. De nouvelles fêtes chrétiennes furent inscrites au calendrier romain. C'est un grec, le pape Sergius qui impose la Dormitio Sanctœ Dei Genetricis et celle de TExaltation de la vraie croix. La première existait déjà avant lui.

Les églises romaines élevées pendant les premiers siècles tombaient presque toutes en ruines et les papes des vu*, viii® et IX* siècles durent les réparer bien des fois. Le Uber 'Pontificalis mentionne avec soin le zèle pieux des prélats pour les basiliques. Remaniées pendant la seconde moitié du Moyen Age et surtout à la Renaissance, il ne nous est presque rien resté de ces époques tourmentées. Au viii* siècle, les églises durent être restaurées. L*eau venait même dans l'atrium des temples chrétiens. Grégoire II répare autant qu'il lui est possible les diversas ecclesias in ruinis positas (715-731).

Nous connaissons les œuvres d'art exécutées par les papes, les dons qu'ils firent aux églises. Sergius offre un ambon de marbre à la basilique de S. Suzanne, un ciborium à SS. Cosmeet Damîen. Grégoire II en donne un à la basilique de S. Croix de Jérusalem, Jean VI à celle de S. André; Hadrien I*' (772-795) répare et reconstruit S. Maria in Cosmedin. II se montre un pape soucieux de ses églises, et restaure les édifices suburbains qui étaient vraiment dans un état misérable. L'atrium de S. Paul hors les mufs était désert, les herbes y poussaient,

les bœufs y venaient paître. Ce digne prélat revêt cet atrium de marbre précieux, fait recouvrir le tombeau de lapôtre avec des bandes d'argent. Après lui, Léon III (795-816) suit son exemple : il restaure Téglise de S. Vincent et Anastase, offre un ciborium à la basilique de Porto prés de Rome. Son successeur Pascal I" (817-824) répare S. Prasséde, fait élever la chapelle S. Zenon, restaure Téglise de S. Cécile au Transtévére et S. Maria in Dominica. Il avait auprès de lui un grand nombre d'artistes grecs. Parmi les papes du ix* siècle, il faut citer Eu- • gène II (824-827) et Grégoire IV. Le premier fait faire quelques travaux à Tèglise de S. Sabine sur l'Aventin et répare S' Marc, le second transforme le presbytère de S. Marie en Transtévére dont on voit encore les chancels sous le portique de cette église.

Il ne nous est resté que le souvenir de ces dons, de cette sollicitude toute paternelle des papes pour les anciennes basiliques. On le voit, ces époques élèvent très peu d'édifices. La misère publique, la dépopulationdela vil le ne nécessitaient pas la création de nouvelles constructions. La difficulté était donc grande pour étudier l'art de cette période.

Si les mosaïques que nous possédons montrent la décadence de la peinture, les fragments de sculpture qu'on trouve épars dans les basiliques romaines nous indiquent plus exactement la source où puisaient les artistes latins ou grecs qui les composaient. On ne peut donc plus désormais la passer sous silence. C'est cette sculpture, au contraire, qui nous permet de décrire l'ornementation de la première partie du Moyen Age et, par des comparaisons avec les modèles plus anciens qui ont servi d'exemple, nous pouvons juger par la plus ou moins libre interprétation de ces motifs décoratifs, l'imagination plus ou moins vive de ces artistes. Les conceptions esthétiques qu'ils subissaient alors n'admettaient pas, comme autrefois, la copie exacte des modèles transmis; et dans ces nombreux fragments que ces églises nous offrent, nous trouvons très rarement une réplique exacte d'un ancien modèle. Les motifs décoratifs isolés peuvent bien nous permettre de remonter à la source unique, mais leur dessin forme dans son ensemble une composition particulière. M. Courajod avait fait, comme on l'a vu, au commencement de

ses leçons, la grammaire décorative gréco-orientale, et dans ses analyses ultérieures il avait soin de la rappeler à ses lecteurs. Nous ne pouvons que suivre son exemple, et dans le petit catalogue que nous allons donner des sculptures de ces époques, qui se trouvent encore à Rome, elle est d'une très grande importance. Cette étude prouvera aussi la domination de ces motifs décoratifs sur le sol romain qui aurait dû se montrer le plus réfractaire à Tesprit gréco-oriental.

Nous n'avons pas cru devoir séparer la décoration grécoorientale de celle des Langobards, car les modifications apportées par les peuples après les invasions à cette décoration importée^ furent à peine sensibles. Mais avec le temps, et surtout dés le vin* siècle, nous percevons des changements ; c'est surtout vrai pour l'entrelacs qui va devenir le motif le plus aimé des nations occidentales. Au tracé calme et pondéré transmis par l'esprit gréco-oriental, succède une fougue qui va jusqu'au délire, une débauche d'enroulements qui montre l'imagination encore libre et naïve de ces artistes. Ils n'aiment plus, dans le dessin qu'ils tracent de ces entrelacs, à les dérouler en lignes courbes, mais au contraire remplacent les demi-cercles par des arcs aigus. C'est la caractéristique qui permet de dater les monuments de la fin du viii° siècle jusqu'au x* siècle.

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