CHAPITRE XVI
LE -J^nSlM DES TTUOlLiSnaES»
Le jardin des Tuileries est le plus aimable lieu du inonde. Que de fois je me suis promené en me disant que jamais dans mes voyages je n^avais rencontré une plus belle réunion , au milieu de plus beaux arbres entourés de plus riches édifices, et dans une ville plus superbe! Qui que vous soyez, étranger, nouveau venu dans Paris, qui n'avez pas encore tiré vos lettres de recommandation de votre portefeuille, entrez dans le jardin des Tuileries, et tout de suite vous vous trouverez au milieu du plus vaste et du plus riche salon de l'univers. Un sable brillant comme Tor lapisse toutes ces longues allées, qui servent de promenades toute Tannée aux plus belles dames de la ville: Pété, parce que le jardin est rempli d'^ombreet de fleurs; Thiver, parce que le jardin est un des cndroils où le soleil ?e montre encore, pAle et calme il
esl vrai, mais enfin c'^est le soleil. Dans ce beau lieu, ciiaque âge de la vie , chaque saison de Tannée a son endroit de piédilection ou l'on est sûr de les rencontrer chaque jour à la même heure. Une longue terrasse, chargée de jeunes arbres, longe la rue de Rivoli. Celte terrasse est le rendez-vous quotidien du soleil et des vieillards. Le soleil, chassé du jardin par les grands arbres ou par l'hiver, vient s'^ébaltre sur celle terrasse qui lui est laissée; le vieillard, chassé loin de ces grands arbres par la fraîcheur et par la solitude, Tennemiedes vieillards qui ont été occupés toute leur vie, vient chercher sur celle terrasse le soleil du jardin et le bruit de la rue. A deux heures, la rue est belle et peuplée. Toutes les riches voitures de Paris y viennent déposer, non pas leurs maîtres, les maîtres sont encore à leurs affaires, mais leurs maîtresses élégantes et paréesàdemi^ dans celte parure négligée qui est le triomphe de la femme parisienne. Du haut de celle terrasse où il se promène lentement avec son ami le soleil, le vieillard s'amuse encore à regarder ces jeunes femmes, le printemps de Pannée, qui glissent devant lui sans daigner lui donner un regard. La jeune femme redoute également le soleil et la vieillesse, le hâle du soleil, lesouriredu vieillard; la jeune femme s'^enfuit donc, non pas sous Tombrc absente des tilleuls, carGalatée veut être vue, mais au bord de celle allée où tous les jeunes gens passent et repassent devant les jeunes femmes. C'est là ce qu'on appelle la Grande Allée; c'est le seul endroit du jardin desTuileries, jardin vasle et magnifique, que les jeunes gens et les jeunes femmes consentent à visiter. Les femmes, nonchalamment assises sur des chaises de paille, causent entre elles de modes ou de spectacles ; elles se disent quelle est 1 étoffe la plus nouvelle, — quel roman les a fait pleurer, — quelle est la pièce du Gymnase où il faut aller ce soir. — La femme de Paris a deux conversations pour le moins à son service : la causerie en plein vent et 1 éloquence vagabonde et railleuse du salon. Au jardin desTuileries, par exemple, ou au théâtre, les femmes ne disenl