I.h: JARDIN DES TUtLKRIHS. m
avec sa mère; il voit les larmes el les sourire^ les plus intjtueti (le sa mère, il esl fier des succès de son père ; de bonoe heure il sait l'histoire de sa maison, sa fortune, ses espérances, ses revers ; il esl sérieux de lionne heure; et ce qui fait de l'onl'anl parisien un enfant par excellence, c'est que tout en étant de bonne heure un homme, il reste longtemps, lant qu'il peut el complètement, un enfanl.
Mais, cependant, d'où vient que tout d''un coup le jardin s'enfuit et fait silence ? où s'en vont donc en toute hûle les promeneurs loul à l'heure si tranquilles ? Eh! n'enlendez-vous donc pas le bruil du clairon et des tambours ? n'entcndez-vous pas ta musique militaire qui attire à elle tous ces rt^ginienls en
armes? C'est fôle au Carrousel ! le roi va passer une revue. Une revue au Carrousel! Ainsi faisait Tempereur Napoléon, lorsqu'entre deux guerres ou deux projets de loi, il descendait dans la cour de son palais pour recevoir les honneui*s et les respects des vieux soldais qui venaient de la bataille, ou des jeunes recrues qui partaient pour la guerre. Les voir passer dans leur attirail militaire, saluer le drapeau percé de balles, reconnaître les soldats par un sourire, les capitaines par un legard ; se dire à soi-même : — C'est bien moi qui suis là à cetle place où je règne, entre ce château royal qui est à moi, ce musée que j'ai conquis, cet arc de triomphe élevé à ma yloire, ces chevaux de marbre que j'ai pris à Venise ; c'est bien moi assis sur ce trône éclatant, et ces soldats que j'ai formés m'appartiennent; je suis plus que leur dieu, je suis leur Empereur ; et, si je veux, je vais les lancer contre le monde, et ils me rapporteront des capitales, des royaumes, et ils se croiront payés au delà de leur mérite lorsque j'aurai dit : « Grand merci, mesbraves! » Voilà, certes, une immense joie. Telle était la joie de TEmpereur quand il descendait dans le Carrousel aux plus beaux jours de sa toute- puissance.
Pour être moins guerrière, la joie du roi actuel des Tuileries n'en est pas moins vive lorsqu'il se voit, lui aussi , entouré, salué et reconnu par les soldats et par le drapeau de la France. Roi pacifique, Louis-Philippe a été un soldat et il s'en souvient. Rien qu'^à le voir suivre du regard les évolutions guerrières, on devine qu'il les aime et qu'ail s'en souvient avec orgueil. S'il n'est pas en guerre avec toute FEurope, le roi des Français a du moins à sa portée une guerre active, passionnée, renaissante sans cesse : la guerre d'Afrique. Là, il a renfermé l'ardeur belliqueuse de la France; là, il la tient en éveil ; là, il envoie chaque année des bataillons d'élite pour qu'ils apprennent les dangers, les fatigues, les combats, les trahisons, les assauts de cette grande science qu'ion appelle la guerre. Autour du roi, quand ils ne sont pas absents pour leur service,