CHAPITRE XYII
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Je ne demanderais pas mieux que de me promener ainsi dans les belles allées sablées au milieu de la belle foule élégante, de suivre au pas cette belle musique militaire, suivie à son tour des bataillons qui passent Tarme au bras dans le Carrousel ; au besoin, je consentirais encore à faire le tour du chAteau des Tuileries ou à compter les précipices bourbeux de la cour du Louvre : il n*y a là rien qui soit bien fatigant ou bien pénible. Voir et regarder, et puis dire naïvement ce qu'on a vu et regardé, voilà le bonheur du voyage; mais, hélas! ce n'^est pas là tout le devoir que je me suis imposé. Après les plaisirs viennent les affaires. Si la société moderne a son côté frivole, elle a aussi son côté sérieux et parfois cruellement sérieux. Si Paris est la ville des beaux-arts, elle est aussi la ville de la politique. Il y a à Paris autant d'homme.^ d*état pour
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le moins que de peînlres et de sculpteurs i la Irilmiie française «est donc pas moins digne d'allcnlion et d'intérêt que TOpéra de France. A côté du jardin des Tuileries, où la belle foule se promène, il y a le château des Tuileries où le roi travaille nuit et jour. Quittons donc ce paisible jardin et ces vieux arbres où le printemps va bientôt jeler ses premières fleurs, et les joyeux pelits cris de ces jolis enfants
Traversons, s'il vous plaît, la place Louis XV, qui vil mourir Louis XVI sur l'échafaud. Au coin de cette place, vous rencontrerez un large pont surmonté de riches candélabres. Ce pont -là relie d'une façon pittoresque les deux riches quartiers de la ville, le faubourg Saint-Germain et le faubourg Saiol-Honoré, la Madeleine et la Chambre des Députés. La Chambre des Députés, la voici devant vous, sur remplacement de l'ancien palais des ducs de Bourbon. Arrêtez-vous un instant devant ce monument que vous voyez s'élever sur une vaste colonnade, posée elle-même au sommet d'un vaste escalier de pierre. Contemplez ce montiment avec respect: ila pour basela Charte conslilulionnelle des Français.
LA CHAMBRK DKS DEPUTES. u>:,
Knlrc ivs nobles murailles, dont l'éclio glorieux a répélé de si ImjIIcs, de si grandes paroles, se (iroposent, se déballenl et se rédigent toutes les lois de œ vaste , intelligent et puisssant pays de France. Entre ces murs, toutes les intelligences du pays ont pris place ; sur les nobles bancs de cette noble maison, se sont agitées toutes les passions bonnes et mauvaises. Que de luttes cruelles et honorables ! que d'attaques violentes ! quelle déronse acharnée! Tous les principes qui se divisent le monde ont régné là souverainement, chacun à son tour ; toutes les ambitions généreuses se sont révélées dans cette enceinte; tous les grands pouvoirs en sont sortis vainqueurs, glorieux, triomphants . La royauté de Charles X reposait sur celte base inébranlable de la constitution; les imprudents! ils ont voulu toucher il ces fondations sacrées, soudain une pierre s'est détachée de l'édiDce, et elle a écrasé d'un seul coup une monarchie de quatorze siècles. — El nuttc, rtges, inletlif/ile; erudimîni, qui judicatis terram, comme le répèle Hossuel.
Je suis allé souvent à la Chambre des Députés, ce noble contre-poids du château des Tuileries, et jamais je n'en suis revenu sans être rempli d'admiration et de respect pour tant de voix éloquentes, l'honneur de cette trihuiiesi hiiut placée daii;;
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les affaires humaines. L'éloquence parlementaire est une des conquêtes sans prix de 1789. Elle est la fille , la compagne , la ij;ardiennc, la sentinelle avancée de la liberté politique. Mirabeau, ce fougueux tribun sorti de la noblesse, cet orateur inspiré à la fois par les rancunes passées et par les colères présentes, cet homme qui d'un mot, d'un geste, d'un regard, renversa le trône que l'on croyait le trône le plus affermi de l'Europe , Mirabeau enseigna le premier, aux orateurs à venir, comment on abordait la tribune, comment on s'y tenait assis ou debout, et comment on parlait, de cette hauteur, au monde qui écoutait en silence. Ce fut tout à fait une révolution dans la parole humaine, une révolution complète, active, incroyable, imprévue, habile, comme sont d'ordinaire toutes les révolutions. (]hose étrange! la France du seizième siècle qui avait entendu tant d'ardents controversistes pour et contre Luther ; la France du dix-septième siècle qui avait marché si longtemps à lacon- (|uôte universelle sous la bannière éloquente de Bossuet; la France du dix-huitième siècle qui avait écouté, bouche béante, Jean-Jacques Rousseau, Diderot, Montesquieu, ces grands orateurs ; toutes ces Frances, mêlées et confondues dans la môme élude de Tantiquité classique , qui avaient étudié dans leurs plus profonds mystères Tart savant, la parole cadencée , harmonieuse et toute- puissante de Démosthènes. de Cicéron, de saint Jean-Chrysostôme, qui avaient traduit, dès le berceau , U»s histoires de Tite-Live et de Tacite, parsemées de tous ces rhefs-d'truvre oratoires qui ont élevé l'histoire de Tanliquité à la dignité de Téloquencc , elles n'avaient jamais rôvé ni corn pris que l'éloquence pût jamais être autre chose qu'un brillant jeu de Tespril, de la croyance et de la pensée, à Tusage du barreau ou de la chaire chrétienne. L'éloquence, pour les Français, avant Mirabeau , c'était tout simplement un plaidoyer, un sermon, ou tout au plus une déclamation à rAcadémie-Françaiso en rhonneur de La Fontaine ou de Duguay-Trouin. Mirabeau vint, et il jeta la France dans une éloquence inconnue aux an-