LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS
cictis. Il enseigna par son exemple que loul lioniine qui arrive eu ce monde avec une passion et une conviction profomlo dans le cœur, était né un orateur. Il laissa de côté Cicéron , Démosthènes , Tite-Live, Tacite, Chrysostôme, Bossuet, Jean- Jacques Rousseau, tous les modèles. Il enseigna le premier que Part nétait pas nécessaire pour parler la langue des arfaires ; que la rhétorique était une ressource oiseuse et ridicule appliquée au gouvernement d un grand peuple; que la parole parlée ne devait pas ressembler à la parole écrite , et que cellelà, vive, passionnée, hardie, indomptée, s arrangeait peu des périphrases, des circonlocutions et de Pharmonie cadencée de celle-ci. Mirabeau apprit aussi aux orateurs à venir à ne jamais reculer devant la colère, à ne jamais sacrifier la pensée à la métaphore, le fait à la périphrase, la force à la grâce, la passion à Part. Il éleva ainsi la tribune française plus haut que jamais n^avait été élevée môme la chaire chrétienne par tous ces grands orateurs, Phonneur de la langue; après quoi, le grand Mirabeau lui-môme succomba sous Pédifice qu'il avait élevé, n'en pouvant plus.
Lui mort, le nouvel art qu'il avait enseigné et qu'ail avait démontré d'une manière si puissante, se développa rapidement. Tout servit en même temps à féconder cette noble se mence de l'éloquence parlementaire, le triomphe des uns, la défense des autres, la mort de tous. Tous ces orateurs, jeunes et vieux, innocents ou criminels, Camille Desmoulins, Saint- Just, les deux Robespierre, Danton, Collot-d'Herbois, Fabre d'Ëglantine, toute la Gironde, moururent contents : ils laissaient après eux un mot éloquent, une retentissante parole, un éclair sanglant lancé du haut de Péchafaud. 11 y eut môme des femmes qui atteignirent facilement à l'éloquence, tant Péchafaud grandissait la parole humaine! Ainsi, l'éloquence déborda en France, comme un de ces ton'cnls nouveaux que par hasard le laboureur fait jaillir d'un coup de bècho, eau fécondante d'abord, qui finit par Hvc une inondation. Bonaparte arrêta
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cette iaondation, comme il arrêta tant cFautres ravages. Il fit sauter par la fenêtre les cinq cents orateurs qui le gênaient, même par leur silence. Aux ordres de TEmpereur toute voix indépendante fit silence; Téloquence s'arrêta comme la pensée. On n'osa plus que chanter le Te Deum; Téloquence fit place au dithyrambe, la prose fut remplacée par les vers. La prose appartient aux affaires sérieuses; le vers est Poisiveté des flatteurs qui n'ont rien à dire. Les gens de cœur qui ^ sous PEmpire, auraient pu être des orateurs ou des écrivains politiques , se firent soldats, afin d'avoir une très-bonne raison de ne pas parler et de ne pas écrire ; tout fut remplacé, dans celte France républicaine, par l'obéissance passive du soldat pour son capitaine. Ce que l'homme de cœur n'^eût pas accordé au chef de la nation sans rougir de sa faiblesse, le soldat Paccordait volontiers à qui le guidait dans la bataille. Voilà pourquoi il y eut tant de bons soldats et si peu d'^écrivains supportables sous l'Empire. C'est que, tant que vécut Napoléon , tel capitaine se contentait d'aller au feu, qui était né et venu au monde uniquement pour être un grand orateur, un grand écrivain. Ainsi Napoléon avait déplacé tous les nobles instincts, ainsi il avait faussé toutes les hautes intelligences au profit de sa toute-puissance et de sa suprême volonté. La preuve en est, c'est que. Napoléon tombé, l'éloquence française, cette force oubliée, se fit jour tout d'un coup au milieu de tant de ravages. Plus d'une voix éloquente se fit entendre au milieu de ces lambeaux d'armées que le canon étranger avait écrasées dans la poussière. La Charte de Louis XVIII rendit à la France la liberté politique, et avec la liberté politique l'éloquence. Le premier orateur qui se présenta dans cette noble arène , c'était justement un soldat, un compagnon, un ami de l'Empereur : c'était le général Foy, celui que la France a pleuré comme on ne pleure plus les rois, relui dont elle a doté la femme et les enfants.
Cependcint , grâce à moi, vous voilà introduits dans la tri-