CHAPITRE XIX
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Le palais des Tuileries n est pas loin de la Chambre des Députés; ce sont deux monuments tour à tour amis et rivaux, qui se regardent tantôt avec haine, tantôt avec amour, il fut un temps où la Chambre des Députés s^élevait menaçante et fièrc contre le palais des Tuileries. C*élait une lutte étrange de pierre à pierre, de colonnes à colonnes, dont un observateur aurait pu étudier heure par heure les résultats. Le palais du roi, fièrement enveloppé dans sa majesté, entouré de ses statues, de ses gardes, de ses vieux marronniers, et de sa forêt d* orangers en fleurs , couvrait de ses mépris et de son ombrage dédaigneux cette Chambre des Députés exposée au soleil et gardée seulement par quelques mauvaises statues de pierre qui garnissaient le pont de la Concorde. Au premier coup-d'œil, un homme sans expérience aurait pu croire
t3(i UN HIVEU A PARIS.
que I humble maison , triste et nue, sans défense extérieure , sans gardes, sans ombrages, n'oserait jamais lutter contre ces royales et magnifiques demeures, entourées de fossés, de gardes royales, de cent-suisses et de gardes du corps. Que pouvaient faire ces quatre ou cinq douzaines d'avocats jaseurs, contre le roi de France, contre le roi légitime , le maître de trente-deux millions de sujets» le chef de PÉtat, le restaurateur deTautorité et de la croyance P Ainsi pensaient les observateurs futiles, ceux qui ne voient de la force que les apparences, et qui croient qu*un homme est un Hercule parce qu*il en a la taille et le visage. Or, ce n'^est pas seulement la force des muscles qui fait les Hercules, c*est le courage ; ce ne sont pas les canons, les soldats, les gardes, les fossés, tous les entourages de la majesté qui gardent le mieux les palais, c'est la volonté du peuple. Cette Chambre des Députés qui pâlit sur la rive opposée, cette maison mesquine, même dans sa grandeur, cette façade muette, ce grand mur percé dune petite porte, ces larges escaliers où six mille soldats monteraient à lassant, tout cela est bien faible et d'aune bien petite résistance en apparence : tout cela pourtant c'^est la force, c'^est le pouvoir, c'^est Tautorité, c'est la France. Cette humble maison où se font les lois , où se discutent un à un tous les écus du milliard annuel, elle regarde sans peur ce palais des Tuileries qui lui fait face ; un seul fragment de pierre tombé de cette humble maison sur le palais du roi , suffira à écraser le palais du roi. La Chambre des Députés sait très-bien que c'est elle qui protège le palais, que c est elle qui Talimente, qu'elle l'abrite contre Torage el les tempêtes. Ce n'est donc pas sans un certain intérêt que , placé sur un des ponts nombreux qui réunissent le palais des Tuileries à la Chambre des Députés, vous comparez ces deux monuments, Tuu si vaste, si grand, si formidable, si royal, et pourtant si faible, comparé à cette maison de législateurs.
Donc, en juillet 1830, quelques orateurs mécontents élèvent la voix dans celte enceinte de la Chambre des Députés,