‹ Un hiver à ParisChapitre 31 sur 74 · LE PALAIS DES TLILKRIES · texte numérisé non relu

LE PALAIS DES TLILKRIES

en apparence si paisible. Ces quelques voix, déjà menaçantes, demandaicnl que la royauté , égarée par de funestes conseils, restât dans la constitution. La royauté répondit par un coup <rÉtat. Le chûteau des Tuileries voulut inoposer silence à la Chambre des Députés, aussitôt la Chambre des Députés ouvre ses portes, ou plutôt elle entr'^ouvre celte misérable petite porte par laquelle le plus simple gentilhomme de la chambre de Charles X n'^eiU pas daigné passer , et de cette porte entr ouverte une révolution s'*échappe. A peine était-elle sortie de la Chambre des Députés , cette révolution terrible , qu'elle se précipite au palais des Tuileries ; mais déjà le palais des Tuileries était désert. Après son premier moment d'*insolence , la vieille royauté s'hélait enfuie pour ne plus revenir. Aussitôt les saturnales commencent. Le peuple se précipite dans le palais ; le peuple règne enfin, une seconde fois, dans ces mêmes lieux où il est venu, un jour, chercher le roi Louis XVI, le roi martyr, pour le mener sur un abominable échafaud, sur lequel la peur et la lâchetéentassaientvictimessur victimes. A ces premiers et turbulents instants de la Révolution de Juillet, le peuple reconnaît ses Tuileries et il en use selon son droit et ses coutumes ; il brise, il casse, il souille tout ce qu'il rencontre, il s'^assied sur le trône vénéré en riant aux éclats; il appelle à son aide la cave du roi, et bientôt le sol est jonché de bouteilles et de héros pris de vin. Le palais des Tuileries fut rempli, trois jours durant, par ce monarque d'aune majesté si terrible, le peuple. Le troisième jour, quand il n'y eut plus dans le palais une fleur de lis à effacer, une bouteille à vider, un morceau de velours à mettre en lambeaux, deux ou trois hommes chassèrent le peuple souverain de ces murailles , et les plus terribles vainqueurs des Trois-Jours rentrèrent dans leurs maisons , tout tremblants d'être grondés par leurs femmes. Le peuple français, même dans ses plus grands égarements, conserve toujours un merveilleux instinct des convenances. Il était resté dans les Tuileries justement assez de temps pour reconnaître les mêmes

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lieux qu'il iivait visités il y avail d«jà quarante ans Avec quel empressement ta France accepterait volontiers ce marché-là , quarante ans d'autorité et d'obéissance poui' trois jours de délire el de fureur!

Un mois après CCS tumultes, Phoissier-priseur pénétrait, par la brèche, dans le palais des Tuileries. L'huissier ramassait çà el là toutes les hardes, tous les meubles, toutes les vanités, toutes les misères qui avaient appartenu au roi Charles X, à madame la duchessse d'AngouIême, à madame la duchesse de Berri. De tout ce luxe royal réduit à si peu, on Taisait un calaloguo, comme cela se fait d'ordinaire pour une vente après décès, après quoi, dans un lieu public, on vendait à l'cDcan ces épées, ces éventails brisés, ces uniformes brodés, ces robes fanées, ces crêpes, ce velours, ces prie-dieu, ces fleurs artificielles, ces jouets d'enfants. On a vendu des boisseaux de dragées, des monceaux de confitures. On a vendu la dernière robe de bal de madame la duchesse de Berri . Quel ordre dans ce désordre! Et, juste ciel! au commissaire-priseur qui s'en vient, la main chargée de haillons, vendre au plus offrant et dernier enchérisseur les nobles reliques de tant de misères, combien je préfère ce peuple qui brise et qui dévore tout ce qui sert à sa faim el à sa fureur!

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