LE ROI DES FRAÎNÇAIS
fièrcnienl dans la vie, innocents des crimes de leurs pères et dégagés do leurs erreurs. Ce fut dans la France entière une grande nouvelle quand on apprit que M. le duc de Chartres venait d'être placé au collège de Henri IV. Un prince du sang devenu le camarade de tant d'enfants sans nom et sans fortune I (fêtait une chose inouïe, incroyable. Cependant il fallut bien y croire lorsque Ton vit M. le duc d'Orléans, fidèle à son système, envoyer à ce même collège de Henri le Grand, et Tun après Tautre, chacun des nouveau-nés de sa maison. Ainsi devaient disparaître toutes les distances nouvelles qui séparaient la maison de Bourbon de toutes les familles de la France. D'Orléans! ce nom-là devint populaire; les enfants le redisaient à leurs parents, que ce nom -là rendait bien fiei*s. Ainsi, dans M. le duc d'Orléans, les bourgeois ses contemporains s'habituèrent à ne voir qu'un bourgeois comme eux, un électeur, un ami de Benjamin-Constant, du général Foy et de Manuel ; à ce point qu'aux jours de 1830, quand il fallut nommer un roi et sauver la France au cri de : Vive le roi! le nom de M. le duc d'Orléans se trouva naturellement dans toutes les mémoires et dans tous les cœurs. Voilà comment la Révolution de Juillet fut sauvée ; elle fut sauvée par ce Bourbon qui s'était rendu populaire. La Révolution de Juillet, embarrassée dans son triomphe imprévu, s'estima fort heureuse de rencontrer un pareil maître, une voix puissante et forte qui lui dit, à la face de TEurope entière : Tu n'iras pas plus loin !
Une fois devenu roi, M. le duc d'Orléans se manifesta tout de suite un roi puissant et écouté. Fondateur d'une dynastie si longtemps rêvée par ses ancêtres, il se dit à lui-même que personne, sinon lui, ne suffirait à maintenir dans sa famille cette royauté qui lui était arrivée si rapide, si fort innocente, si complète. Il prit donc en main cette œuvre difficile, et à force de veilles, de courage, de sévérités, d'amnisties, il se fit reconnaître roi au dedans, roi au dehors. Jamais plus difficile établissenienl ne fut tenlé et acconipli par un seul honimo. Quoi donc!
arriver au milieu des pavés soulevés , rendre au peuple de France son cher drapeau tricolore , soutenir les premiers assauts de la république, qui déjà jetait feu et flamme ; tenir tète à ce puissant parti que laissait après lui le roi Charles X, un parti riche, tout-puissant, et tout rempli des plus grands noms de la France ; aflFronler en même temps les colères, les vengeances, les regrets des uns et des autres; être exposé nuit et jour à la balle et au poignard des plus vils assassins ; savoir les rois de TËurope qui conspirent contre un roi fait, non pas par Dieu, mais par le peuple ; et cependant, au milieu de tantdop- (>ositions, de tant de clameurs, de tant d'ambitions contraires, de tant d'avidités honteuses, avec la Pologne écrasée aussitôt que soulevée, avec les insolences de l'Angleterre et la révolte de Lyon, et les revers de la Vendée, et la peste et les pamphlets les plus cruels, être un roi fort, impassible et fier, n'est-ce pas faire là une œuvre royale? n'^est-ce pas se faire soi-même roi des Français? n''est-<^ pas monter sur un trône au milieu des instants les plus difficiles, des dangers les plus imminents, au plus fort des plus cruelles et des plus vives passions P
Mais, hélas! que faisons-nous P Â quoi sert de vous raconter avec tant de complaisance le bonheur de la famille royale de France? A Tinstant même où j'écris ces souvenirs, au courant de la plume et de la pensée , quelque chose s'est dérangé dans cette fortune royale, le deuil s'est étendu à deux fois dans cette maison : la princesse Marie de Wurtemberg n'est plus de ce monde ! elle a emporté dans le tombeau tout ce grand art et tout ce génie qui en avaient fait un artiste populaire; et enfin, tout d'un coup, voici que retentit dans toute TEurope ce cri funèbre : « Le duc d'Orléans est mort ! »
Laissez-nous cependant vous parler du prince royal comme s'il vivait encore. Voici ce que nous en disions bien avant le 13 juillet 1842 :