‹ Un hiver à ParisChapitre 34 sur 74 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

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Le prince sur la tête duquel reposent tant d^espérances et dont la vie est réservée à tant de luttes difficiles, le prince royal est un beau jeune homme, d'une taille haute et élancée, de ce genre de beauté anglaise si recherché dans ce siècle où la force est quelque peu sacrifiée à Pélégance. Le duc d'Orléans, le premier né de la famille royale, a été élevé avec des soins presque exagérés, et ce qu'on lui reproche le plus, chose étrange à dire , c'est d'avoir attaqué trop de connaissances à la fois. Le prince royal a suivi avec zèle et avec la plus scrupuleuse exactitude tous les cours des collèges de Paris, il a fait à fond toutes ses études classiques. Il peut lire Homère dans sa langue; il est un très-bon latiniste; il a appris l'histoire comme \\n écolier doit rapprendre, avant de l'étudier comme un prince doit la savoir. Son esprit net et

judicieux la porté de bonne heure vers les sciences exactes, dont il a embrassé facilement loules les parties : arithmétique, géométrie, algèbre. Il a étudié la chimie sous les plus grands maîtres, et il n'a peur ni d'un fourneau ni d'un alambic. Il parle facilement plusieurs langues vivantes; il dessine avec une prodigieuse facilité les plus railleuses petites images et des tableaux humoristiques dignes de Kruyskand. En môme temps, audacieux et élégant écuyer, tenant très-bien un fleuret, un fusil ou une épée, faisant manœuvrer une armée comme un vieux général, s'occupant beaucoup de tous les détails de la guerre, infanterie, cavalerie, sièges , artillerie. Il n'est pas étranger aux affaires politiques; il va souvent à la Chambre des Députés, dans la tribune réservée à la maison du roi ; souvent à la Chambre des Pairs, où il travaille dans les bureaux. Il faut qu'il ait bien de la facilité et de l'intelligence pour suffire à la fois et en même temps à toutes ces occupations multipliées. C'est un bon jeune homme plein de cœur, qu'on est toujours sûr de trouver au besoin , qui n'a jamais oublié une amitié, môme la plus humble, qui sait très-bien oublier une injure, affectueux et poli comme le digne fils de son père et de sa mère. Il est poussé en avant par un instinct naturel de courage et de grandeur; il est modeste, réservé, caché dans sa vie, et jamais il n^a donné lieu à aucun de ces petits scandales qu'on pardonne si volontiers aux jeunes gens et aux princes. Plein de respect et de dévouement pour son père , il s^est porté tout d^abord comme le protecteur naturel de ses frères, qui le respectent et qui lui obéissent, bien qu'il se passât très-volontiers de leurs respects. Toute sa vie, il a été le courtisan assidu de ses sœurs, auxquelles il prodigue les petits soins les plus empressés. 11 aime le soldat par instinct, mais sans trop oser se livrer à celte passion des armes, de crainte de passer pour une contrefaçon impériale. En un mot, je ne crois pas qu'il soit possible de rencontrer plus de bon sens , plus de science , plus de maturité sans pédantisme , dans un prince de trente ans.

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