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Les rangs étaient pressés , le chemin difficile, le travail sévère ; il fallait suivre la voie tracée, lorsqu'^un jour, le jour des Trois-Jours, on 1830, au milieu des pavés soulevés, des esprits en courroux, des âmes indignées, apparut le jeune duc de Chartres, à la tête d'un régiment que précédait le drapeau iricolore. Quand le peuple sut le nom de ce nouveau venu dans la bataille de Juillet , et qu'il avait arboré le premier les triomphantes couleurs, le peuple cria: vivat! Dans les rues, les vainqueurs de la journée reconnurent leur ancien condisciple et lui firent place à leur côté; ils allèrent ainsi, tous ensemble, au Palais-Royal, où le duc d^Orléans vint recevoir son fils aîné d'un air aussi calme que s^il lui revenait tout chargé des couronnes du collège. Beaux jours ! heureux jours ! Douces et paisibles couronnes, loyalement applaudies, sans gémissements et sans larmes 1 Palmes saintes I A celte heure encore, les couronnes remportées par ses fils font le plus bel ornement de la maison de la reine , à Neuilly I
Ainsi le prince royal devint tout d'un coup le prince de la jeunesse française. Il était notre prince bien avant que son noble père ne devint le roi des Français. Le prince royal savait tous les noms de la jeune France , tout comme Jules César savait le nom de tous les soldats de son armée. Il pouvait dire à coup sûr quelle était la jeune génération qui allait venir; il en savait les vœux et les espérances , et les chagrins , et les ambitions. Il était lié d'une amitié sincère avec les jeunes intelligences du dix-neuvième siècle ; il était innocent , comme elles, de tous les crimes passés , de toutes les servitudes acceptées, de toutes les lâchetjâs accomplies; dans son beau regard vif et pur brillait comme un éclair venu du ciel. Vous rappelez- vous ce qu'il était en 1830? Quel feu ! quel courage ! quelle grande âme qui éclatait de toutes parts! Comme il regardait d'^un air calme et tranquille les nouvelles grandeurs de sa n)ai.son ! Comme son père était toujours son père et non pas le roi ! Jamais le prince royal n''a été plus aimable et plus
loO UN HIVER A PARIS.
beau que dans ces premiers jours d^une royauté qui sauvait la France ; et chacun de lui dire dans la langue de Virgile , qu'il savait si bien : — Tu Marcellus eris !
Bientôt vint une guerre, ou tout au moins une citadelle à prendre. La citadelle était forte et bravement défendue. Voilà le prince bien heureux. Il arrive un des premiers sous les murs d'Anvers , il ouvre la tranchée, il attend les boulets et les balles; il apprend , sous un bon mattre , le difficile métier de la guerre ; en même temps il se fait aimer du soldat par son courage, par sa présence d'esprit, par son art de tout dire, d encourager , de blâmer , de récompenser , de consoler , de soulager. Sous les murs d** Anvers, il se montre tout à fait un soldat hardi et modeste. Le maréchal Gérard , dans ses admirables bulletins, prononçait à peine le nom du prince royal, et c'était une grande joie pour M. le duc d'^Orléans de n*être pas plus loué que s'^il n'eût été qu'un simple soldat de l'armée ou que s'il eût été le maréchal Gérard en personne. Ainsi ses premiers commencements militaires furent sérieux : une citadelle à renverser, une révolution à soutenir, un trône nouveau à élever , et tous ces travaux aux portes de. la France , sans se mêler en rien aux luttes des partis qui déjà commençaient à gronder dans le lointain.
Mais s'il a eu ses beaux jours de gloire, il a eu aussi sa bonne part dans les jours de misère Quand la ville de Lyon se souleva comme si elle eût été une ville capitale, quand il fallut se défendre dans ces murs révoltés, quand il y eut guère civile au milieu de cette France qui avait besoin de tant de concorde, le prince royal fut envoyé là par son père pour qu'il vît de près comment grandissent les terribles colères des peuples , pour qu'il apprit de bonne heure comment elles se calment à force de fermeté et de compassion. Il était humain, charitable, sérieux, patient, modeste, modéré; il comprenait déjà tous ses devoirs, qui étaient immenses. Il revint à Paris, la paix rétablie, l'ordre sauvé et les vaincus eux-mêmes le bénissant.
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Difficile victoire et pénible; mais il acceptait toutes les victoires et même celle-là. Ces sortes de victoires sur les populations ameutées étaient dans la destinée de son père et dans la sienne , hélas !
Aux jours du choléra, quand les hôpitaux étaient encombrés de malades, quand le passant tombait dans la rue, frappé d'aune mort subite, inexplicable; quandles médecins succombaient au lit des pestiférés, le premier qui ait osé accourir dans ces hôpitaux au désespoir, ce fut le prince royal. Il touchait les malades de ses mains, il avait pour eux toutes sortes de consolations et d'espérances : ainsi se montrait-il au niveau de sa fortune. Moriluri le salulanl; ceux qui vont mourir vous saluent du fond de Tâme, Monseigneur. La mort, qui Ta respecté dans ces tristes jours de pesle et de misère, quand il n'hélait encore qu'un tout jeune homme, quand Tœuvre paternelle commençait à peine, devait-elle donc le prendre ainsi tout d'un coup, lui marié à la plus noble fille de l'Allemagne, père de famille , avec tant et de si grandes parties d'un capitaine et d'un homme d'Etat, à l'instant même où la France s'était habituée à le regarder comme le roi de l'avenir?
L*^ Afrique, domptée enfin par nos armes, se souviendra toujours du prince royal comme d'un vainqueur. Dans cette terre romaine et barbare, il s'est abandonné tout à fait au courage qui le poussait, à l'instinct militaire qui était en lui, aux nobles hasards qu'il aimait le plus, les hasards d'une guerre où chacun payait de sa personne; guerre pleine de dangers et dans laquelle chacun jouait sa tète à l'infini.
Devant lui se sont abaissées les Porlcs-de-Fer. Seule, l'armée d'Afrique pourrait dire combien le prince royal avait toutes les vertus des grands capitaines II avait conquis tous les cœurs par la vivacité et Ténergie d'une éloquence naturelle qui lui faisait trouver à l'instant môme ce qu'il y avait de mieux à dire. Quant au danger, il le recherchait comme un homme qui n'a pas longtemps à se donner les vives joies des coups de fusil, des
surprises, des sièges, des vives misères delà bataille. Peu s'en Tallut que plus d'une fois il De mourût sur^ietle terre désolét'. Cruelle moi't! mais que Iccielencût été loué, si la France avait pu prévoir que son prince biea-aimé serait brisé à deux pas de la maison paternelle, et que son vieux père, el sa mère au désespoir, et tous ces jeunes gens qui aimaient tant leur Trère, n''auraient plus qu'à ramasser un cadavre dans la poussière de celte avenue de la Révolte, qui servit de chemin au roi Louis XV lorsqu'il fut porté en si grande liâle, et avec tant de peur, dans les caveaux de Saint-Denis 1 Seulement, sur le passage du roi Louis XV, le peuple battait des mains en signe de joie, les cabarets étaient remplis de chansons et de buveurs; le peuple saluait, à sa façon brutale el licencieuse, l'aurore dNm règne nouveau qui allait le délivrer d'un tyran épuisé par le tuxcel par les voluptés du corps. Tout au rebours : traversez encore, à celte heure, le chemin de la Révolte, et à celte heure encore, surcette voie dedésolalionel de deuil, vous trouverez le silence, le deuil, Teffroi, te souvenir, cette maisonde marchand de vin que la reine fait enlever avec autant de précaulion que si! s"'agissaitdu cadavre de son 61s... Tristes détails! mais, au moins, cela prouve qu'il y a des deuils publics, des douleurs uiianimes contre lesquelles la gaieté française ne saurait prévaloir.