LE THEATRE. IM
est là qui gourmandeses gens et qui vous maudilau fond de râmc.
A la Bn , vous voilà sain et sauf dans le foyer de la danse. Il ne s'agit plus que de descendre cinq ou six marches; enlrcz donc. Ce foyer de la danse, qui porte encore les riches vestiges de la pointure et de la dorure d'autrefois, était le salon de M. teducdeChoiseul; il a vu d'autres splendeurs plus sérieuses avant de devenir l'asile de ces splendeurs chorégraphiques A peine entré, votre premier soin sera de vous découvrir et de garder votre chapeau à la main ; car, parune ingénieuse fiction, une fois dans le foyer de la danse vous êtes chez le roi, non pas seulement chez le roi constitutionnel des Français, mieux que cela, vous (^tes chez S. M. Louis XV' du nom , un roi qui n'a conservé de toute sa dynastie que IVirquellc dont il avait dolé le foyer de la danse; dVi il suit que tout Français mal élevé a le droit de ne pas saluer S. M. Louis-Philippe qui passe, et de ne pas rendre à la reine son salut, mais personne au monde n'a le droit de garder son chapeau devant ces dames de l'Opéra . Klles cependant se gardent bien de vous rendre votre salut ; à peine ont-elles un coup d'ceil dédaigneux pourTétranger qui se présente dans le royaume comi(pie. Vous alors, en homme sage, et voyant ces dames si fort occupi'-es do leurs jetiVbatlus, vous oubliez vos projets de roiupiétcs.cl, par saint Patiick! vous faites bien.
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car toutes ces dames, la plus belle et la plas laide, celle que le public attend pour lui jeter ses transports et ses hommages, et celle dont il ne saura jamais le nom, a bien autre chose à faire qu'à vous demander qui vous 6tes. En ce moment, elles appartiennent au parterre, le parlerre est leur maître unique, elles ne pensent qu'à cet être collectif, elles donneraient tous leurs amours passés, présents et à venir pour l'applaudissement solennel, pour moins que cela, pour un murmure favorable; si bien qu'au foyer de la danse, vous pensiez vous I rouver en présence de simples divinités anacréonliques , grave erreur ! vous êtes en présence de femmes qui chantent ou qui dansent.
Mais cependant votre parti est bientôt pris; vous redevenez tout simplement ce que vous étiez tout à l'heure, un spectateur attentif, mais un spectateur placé aux premières loges. Alors c'est un grand plaisir de reconnaître les unes et les autres, Félégantc Fanny Elssler, dans son costume d'Espagnole, moitié soie et moitié dcnlelle , sans compter la peau brune qui éclate sous celle vive parure , Pauline Leroux, jeune
LE THEATRE. icr.
el belle, calme et pensive, Carlotta Grisi, vive et légère, les deux Noblet, la belle Dumilâtre, les deux ou trois Fitz-James, filles de Tair, Maria, au jupon court, et les subalternes qui ne sont pas les moins jolies. En style d'^argot comique, la danseuse qui ne peut pas encore aspirer aux honneurs de la célébrité, celle qui est admise à peine dans le foyer de la danse, grâce à sa jolie figure et à ses quinze ans, s'^appelle le rat. Le rat est un petit animal, non rongeur, leste et vif, œil noir et leste, petit museau rose, la dent blanche, la bouche éveillée, sri menu, si gracieux, si heureux de vivre et d'être au monde, si bon vivant de peu! Les plus belles dames de TOpéra, les plus splendides, les plus admirées, les plus applaudies, ont été des rats, autrefois, dans leur jeunesse, quand elles avaient à peine à grignoter un morceau de fromage le soir, quand, en un mot, elles étaient si malheureuses; c'était là le bon temps. Autour de ces astres brillants, rats passés à Pétat de premiers sujets, papillonnent de Tair le plus sérieux du monde les satellites errants; celui-ci obtient un sourire, c^lui-là un regard, cet autre est avoué tout haut comme un vainqueur. Mais silence ! on appelle la danse, le public attend et s'impatiente. A ce signal, voilà tous ces oiseaux au brillant plumage qui s'envolent en poussant un petit cri joyeux ; elles fuient légères comme Tair, et dans ce salon, tout à Fheure si rempli, plus rien ne reste , sinon une fleur tombée du corsage, une boucle détachée de ces longs cheveux, un bout d'aile qui se sera brisé, toutes sortes de rendez- vous , de moqueries, de gages d'amour, toutes sortes de néants; elles cependant, les sylphides, que font-elles à cette heure? Elles accompagnent les sylphes dans les airs, elles descendent aux enfers avec le Diable amoureux, elles dorment dans le vieux palais de la Belle au bois dormant, elles nagent dans les grottes d'azur de la Fille du Danube ; dans le sérail du grand-seigneur elles ont porté la révolte, l'orgie échevelée dans le cloître en ruines de Robertlo-Diable; partout où elles vont elles transportent à vol d'oi-
seau loutcs les passions, tous les amours. Oh! r£s Français et ces Françaises , comme ils font quelque chose avec peu : un grand chanteur avec un tonnelier, une danseuse avec un morceau de gaze, nn poëte lyrique avec M. Scribe, et avec le premier venu un danseur !