CHAPITRE XXIV
(LE ^i^L E)IS lL'iS.}^Ei-i-A.
L^Opéra n^esl pas seulement le temple consacré à la musique et à la danse, temple profane et sonore où se donnent rendezvous toutes les douces passions parisiennes , FOpéra est encore y à certains jours marqués dans la folie humaine , le plus affreux pandémonium qui ait jamais apparu dans les rêves de la folle jeunesse. Certes, Paris est avant tout la ville de la pensée et du travail, il est la tête de la France, il est le cœur de TEurope. Dans cette ville souveraine, il se fabrique en un jour plus de révolutions et plus d'idées que dans tout le reste du monde en un mois. Chaque matin, cette ci(é terrible a besoin pour vivre d'un nombre immense de faits et d'idées; les écrivains les plus distingués sont occupés la nuit et le jour à disserter sur la politique et sur la littérature , à ébranler des monarchies, à briser des poètes, à fabriquer des systèmes de
philosophie, à foncier des religions nouvelles, à ruiner ou à défendre les religions anciennes. Ce qui se dépense d'esprit, de verve, d'imagination, de style, chaque matin, ppur amuser sérieusement cette ville immense, ne saurait se décrire. Tous les royaumes et tous les rois de l'Europe, tous les soldats, tous les législateurs, tous les poètes sont appelés à jouer leur rôle dans cette comédie humaine qu'on appelle le Journal; et pour que le spectacle soit digne d'intérêt, pour qu'il amuse quelque peu le Parisien, ce spectateur blasé et fatigué, cette comédie est-elle assaisonnée tant qu'on peut de calomnies, de haines et d'injures . On s'attaque , on se bat, on se déchire à outrance; toutes les réputations sont mises en lambeaux , toutes les gloires sont réduites au néant; c'est comme le cri qui retentit dans la ville de Jérusalem : Malheur à vous! Malheur à vousi et enfin : malheur à moi! Tel est chaque matin le premier plaisir du Parisien. Au bas de ces mêmes journaux, depuis quelque temps, on place toutes sortes de romans et d'histoires, remplis des plus tendres et des plus touchantes péripéties de l'amour. C'est un pêlemêle étrange, incroyable; une ligne noire suffît à séparer, dans la même feuille, les colères delà politique et les langueurs des âmes tendres, la Chambre des Députés et le boudoir des grandes coquettes : ici on fulmine contre les oppresseurs du peuple, un peu plus bas on vous raconte les charmantes licences des beaux messieurs et des belles dames ; dans les colonnes d'en haut on défend le trône et 1 autel, dans les colonnes d'en bas on vous enseigne l'art des séductions et des molles langueurs. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges, sans compter les grands crimes quand ils arrivent, tout remplis de mystères et de paradoxes, et c'est là ce qui est une grande joie pour cette ville immense. Témoin cette empoisonneuse mignarde et poétique, qui a plus amusé à elle seule tout ce grand peuple que tous ses poètes et tous ses artistes réunis. Après ce premier délassement, Paris s'^amuse à un jeu terrible et solennel, au jeu de la coquetterie et de Pargeni. Les femmes