LV: UAL DE L'UPtRA. ivti
s'occHpcnl à se faire belles, les liommes à se faire riches. Celles-ci s'en vont chez leurs marchandes de modes, ceux-là s''en vont à la Bourse. Jeu terrible et charmant de la fortune et delà beauté.
Des deux côtés de ces joueurs la joie est grande : remuer ces chiffons merveilleux , ces denlelles, ces rubans , ces riches velours, ou bien savoir que d'un mot tout l'argent du royaume doit s'abaisser ou grandir; rentrer chez soi, chargCHî de fleurs, d''espéranccs, de frais tissus, avec uu chapcaujieuf ou un châle d'Orient, ou bien rentrer chez soi après avoir gagné un million , et savoir que ce million est là qui vous suit, tremblant, obéissant comme un esclave, tout prêta servir les moindres caprices de son mattre; certes, voilà une fête ! Kh bien, leshommes et les femmes de Paris s'amusent tous de la même sorte, chacun dans sa sphère : être belles et parées, voilà pour les femmes ; être riches et par consé(|uenl honon''s, voilà pour les hommes.
l/hommeparistenest un être occupt'?; il se pousse, il s'intrigue, il se ménage, comme dit un pointe français. Jamais, à les voir <le midi à cinq lieurcs, à la Chambre, au barreau, sur leurs sièges au triinmal, dans leur cabinet, dans leur eoniptoir, vous ne croiriez
que ce sont les mômes hommes que vous avez vus hier soir si heureux et si calmes, au milieu d'une conversation futile. Ainsi la vie est doublechez ce peuple à part : le plaisir et le travail, la coquetterie et l'ambition, Timprévoyance qui jette son argent et sontempsau hasard, et la sagesse qui prévoit les mauvais jours. Si donc Ton vous disait à quels délires , à quelles orgies s'abandonne de temps à autre la grande cité parisienne , à peine pourriez-vous le croire ; car, enfin, les orgies sont faites pour les peuples qui s'amusent peu. Cependant, laissez venir les soirées privilégiées de l'hiver; attendez que les fêtes de Pâques soient passées , que le mois de mai ait jeté ses blanches fleurs ; attendez que la villa parisienne ait perdu son doux repos, ses frais ombrages, ses eaux limpides ; attendez que les heureux du monde soient de retour de leur voyage dMlalie, à travers la Suisse pittoresque; laissez venir le mois de décembre et ses saturnales; alors la fêle sera partout, partout le bal, partout le délire et la joie; vous ne reconnaîtrez plus cette ville occupée, vous n'aurez plus sous les yeux que la ville amoureuse. C'est à ne pas le croire, mais je l'ai vu , moi qui vous parle, je l'ai vu.
Celait le lundi gras, l'avanl- dernier jour de ces jours de folie; le froid était piquant , le ciel était bleu et brillant , les étoiles dansaient dans le ciel et j'en vis plus d'aune qui disparaissait du cercle magique comme une danseuse qui s'est foulé le pied; il était près de minuit ; toute la ville dormait encore, ou plutôt elle faisait semblant de dormir ; elle attendait en silence rheure de minuit, l'heure des fantômes. Minuit, l'heure solennelle qui évoque, dans les vieux châteaux de l'Allemagne^ tant d'âmes errantes, est l'heure délirante de la folie pour la cité parisienne; c'est l'heure, c'est le signal; ô bonheur! Soudain s'illuminent ces ténèbres ; le bruit remplace le silence ; de toutes ces maisons immobiles s'échappent en riant aux éclats, non pas des hommes, non pas des femmes, mais des êtres sans nom , couverts d^oripeaux et de visages menteurs. Oii vont-ils ainsi dans leurs habits d'*arlequin et de paillasse? où vont-ils, celle-