‹ Un hiver à ParisChapitre 44 sur 74 · LE BAL DE L'OPERA. ITI · texte numérisé non relu

LE BAL DE L'OPERA. ITI

ci vêtue en bergère, ceux-ci chargés de haitloas? Suivons-les les uns elles autres. Ils vont à POpéra, à la grande fête universelle. I.^ fête commence dans la rue même, tant elle se hâle avant de pénétrer dans le pandœmonium dansant. Promenezvousd'un pas lent et curieux dans les galeries de l'Opéra, et là vous verrez passer un à un tous ces masques. Comme ils sont calmes et posés! comme ils marchent Lrasdessusbrasdessous! ne (lirait-on pas de braves gens qui vont à leurs affaires!'

(ikïpendant peu à peu ta sallese remplit ; du haut en bas la flamme étincelle, il faitjour comme en plein midi. Â cette heure tout est calme encore, les femmes sont assises gravement à leur posle, les hommes se regardent et cherchent à se reconnaître; quel silence! Quand tout à coup vous entendez éclater comme un tonnerre : c'est la foudre, c'est la tempête, c'est un bruit irrési.slihlc. Soudain tous ces cœurs se mettent î) battre dans un délire unanime ; la fureur, l'enthousiasme, s'emparent de toutes ces âmes; ces hommes, ces êtres si calmes tout à l'heure, se mettent à bondir l'un portant l'autre et à se précipiter dans le pêle-mêle étourdissant de la danse sans frein et sans forme ; ou se prend, on se raidit, on se presse l'un contre l'autre; on va d'un bond unanime à travers cette foule enivrée qui partage tous vos bondissemcnis. Du haut en bas de la salle ta fohe est la même ; ceux qui ne peuvent pas danser, à qui manquent l'espace et la force, ceux-là regardent de tous leurs yeux, do toute leur ilmo, rc bondisscmoni immonde. Oh ! qui pourrait compter les

ira UN HIVER A PARIS,

personnages divers de celle danse acharnéeP qui pourrait en dire toutes les poses, tous les coslum&e, tous les hurlements, tous les aspects P L'imagînalion liuinainc , dans ce qu^le a de plus bizarre ù la fois, de plus éléfçant et de plus hideux, ne saurait se faire une idée de ces broderies, de ces haillons, de ces nianleauxd'or et de ces souillures, de œs habits empruntés aux plus grands hommes , et de ces affreuses souqncnilles dont le bagne ne voudrait pas. Toutes les époques, tous les lieux, tous les costumes sont employés à célébrer ces jours du carnaval : les douze pairs de Charlemagnc et les courtisans du roi Louis XV, les dames de la Halle et les talons rouges de l'Œil-de-Bœuf, se coudoient et se pressent sans façon et sans art dans cette ardente mêlée. Comme aussi, si vous pouviez ■()ter le masque ù tous ces hommes, à toutes ces femmes, combien seriez-vous épouvanté des distances qui les séparent ! Ici des femmes de vingt ans qui mourraient d'effroi si elles savaient qu''on les peut reconnaître ; plus loin de vieilles femmes, le rebul de la borne, dont la borne ne veut plus, et qui sont aussi heureuses de prendre le masque que s'il s'agissait de reprendre leur beauté d'autrefois.

I^ magistrat, sous l'Iiabil <r.\rle(piin. tient l^leau repris de

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