CA ET LA
eonlraire, c'^esl le jardin du bourgeois, de Pétudiant, du père de famille , de Parliste qui vient rêver à son tableau , du poêle qui vient y composer ses vers. Dans ce jardin du Luxembourg, chacun se connaît et chacun s'^aime, même sans s'être jamais parlé ; on se regarde avec bienveillance, tant on est sûr ^ d'avoir éprouvé , dans ces mêmes allées , les mêmes joies et les mêmes angoisses. Que de jeunes filles sont venues rêver en ce lieu au mari que leur proposait leur mère ! Que déjeunes gens qui se sont conté tout bas, sous ces arbres, les difficultés de la vie! Il y a un vieillard que le jardin du Luxembourg a pu voir, durant soixante années, chaque jour; il a vieilli comme ont vieilli ces ormes qu'ail a vu planter, et, mieux que personne, il peut vous dire, jeunes gens, qu'après tout, ce n''est pas tant la peine de s'^inquiéler de l'avenir ! Vous voyez bien ce banc, au soleil, adossé à celle stalue mutilée? sur ce banc venait s'^asseoir, quand il élait du monde, le plus grand disciple de Condillac, Tesprit le plus net et le plus philosophique de la France au XIX® siècle , M. de Laromiguièreen personne. Là vous pouviez le voir, et même vous pouviez Tenlendre, pour peu que vous eussiez élé un de ses disciples. C'était l'esprit , c'était la grâce et la bonne humeur en personne ; il aimait ce métier de péripatélicien , et ce qu'ail n'eût jamais consentie répéter dans sa chaire , il le redisait très-volontiers, en plein Luxembourg, aux jeunes gens qui te suivaient. Le jardin du Luxembourg est peuplé ainsi d'hommes illustres que Ton ne rencontre que dans cette enceinte : ils sont chez eux , dans ce jardin; ils y ont été apportés le lendemain de leur naissance, ils s'y promèneront encore la veille de leur mort. Aussi bien, dans ce lieu que protège ce palais politique, presque rien ne vient des bruits du dehors, sinon Pécho du Collège de France et Pécho de la Sorbonne. Au Luxembourg, on ne lit guère que les plus vieux livres reliés en vélin , ou , mieux encore, en vieux maroquin rouge, Horace, Virgile, Homère, Démosthènes, Bossuet, Fénelon, Pascal. Si donc, par hasard.
quelque livre nouvellement épanoui dans son enveloppe beurrefrais vient à se monlrer dans ces doctes allées , soudain c'est un 1<AU général ; on reconnaît avec indignation la livrée banale des cabinets de lecture. Haro sur le roman I haro sur le poëme ! Chacun s''éloigne de ce malappris et le désigne du doigt. Le roman du cabinet de lecture dans le Luxembourg ! ypensez-vousP.
Tout au bout du Jardin, quand vous avez Iranchi la grille que garde un vétéran de l'armée, vous vous trouvez soudain au milieu des plus féroces joueurs de boule qui soient au monde. Le jeu de boule, à Paris, est un grand jeu qui ressemble à une bataille : il faut avoir le coup d'œil d'un général et le bras vigoureux d''un soldat.
Jamais la victoire n'est assurée à cette bataille, où la forc« etPadresse sont également nécessaires. La foule est là qui regarde, avide, muette, et plantée aux deux c6(és des joueurs comme le serait une longue suite de poinlsd\idmiration. Même,