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un jour, à celte place, M. de Turenne se promenait; un poinl (Hait en litige; M. de Turenne est pris pour arbitre . « Je crois (pie Monsieur a gagné, dit le héros, en désignant un des conibattants. — Monsieur, répond l'autre , vous vous trompez; cVst moi qui ai gagné! » A ces mots, M. de Turenne met un genou en terre, il prend une paille qui était à terre, et, mesurant TuneetTautre boule : « Vous voyez bien, dit-il, que c^est vous qui avez tort. »
Ainsi est fait ce peuple de France; il s'attache à ses grands hommes par le plus modeste côté de leur vertu. Il ne sait guère plusqueconfusémentlesbataillesdeM. de Turenne; maisjusqu'à la fin de Thistoire de France, vous entendrez raconter, comme une grande affaire, la cont<?station du jeu de boule. Henri IV, lui aussi, pourquoi est-il si populaire? ce n'est pas pour la balaille dlvry, c'est pour le pain qu^il a fait jeter dans la ville pendant qu'il Passiégeait lui-même; c'est pour son vœu de la poule au pot tous les dimanches. En France, pour que la gloire soit aimée, il faut qu'elle soit aimable ou qu'houe soit malheureuse. En fait de gloire malheureuse, croyez-moi, n'allez pas plus loin, restez à la place où vous ôles, et regardez à votre gauche cette [)orte contre laquelle les plus intrépides joueurs osent à peine lancer leurs boules. Contre cette porte, où se voit encore la trace des balles, a été fusillé le maréchal Ney, Penfant chéri de la Victoire. Il avait été condamné à la mort des traîtres par la Chambre des Pairs, qui voudrait bien déchirer de ses annales celte page de sang. Ni le courage de ce héros, ni ses belles actions dans tant et de si rudes guerres, ni la retraite de Moscou sauvée par lui, ni l'intérêt et la pitié qui remplissaient toutes les âmes à l'aspect de cette grande infortune, rien ne put fléchir le roi Louis XVIII, qui tenait à cette mort comme à un point d'honneur. Le maréchal, devant ses juges, retrouva tout son vieux courage. On voulut plaider en sa faveur qu'il n'était point Français, il s'écria qu'il ne voudrait pas à ce prix-
là d^me vie ainsi défendue 11 fut condamné; il fallut mourii
rui II .
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On le l'ùveillii de bonne heure, comme h c'eilt été le jour d'une bataille : « Allons, dit-il, je suis prêt! » Le collège funèbre traversa silencieusement ce même jardin du Luxembourg que roulent, d'un pas léger, tant d'enrants joyeux sous les yeux de leurs mères. Arrivé à la grille, le corlége s'arrêta. « Halte! » On lit balte. Le maréchal alla de lui-même se placer à cette porte, et là, debout, les yeux non bandés, la main sur son cœur, il commanda le Ten une dernière fois. A la première décharge, il tomba mort. Des sceurs de charité qui passaient, les mains pleines d'aumônes, le cœur plein de bienveillance , vinrent ramasser ce brillant soldai, ce noble courage, ce glorieux débris de l'armée française, un homme dont le nom valait des armées, et dont la mort n'a servi qu'à jeter une couleur sanglante sur les premières années de la Restauration.