‹ Un hiver à ParisChapitre 6 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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Que disons-nous, etqu'arrive-t-il? Doîi vient ce long cri de triomphe? Pourquoi donc tout ce peuple sort-il en toute hâte de ses maisons? Certes la bise est dure et violente ; le ciel est noir; Thiver a jeté sa glace sur la terre, sur le ciel, partout ! Dites-moi , mon ami , quel est donc le héros si impatiemment attendu dans ces murailles? Eh I qui donc peut venir, sinon S. M. elle-même TEmpereur et Roi qui revient dans Paris? Qui donc peut être attendu avec cette impatience fiévreuse, sinon le hardi soldat que le peuple appelait le Ptlil Caporal? Entendez -vous le canon qui gix)nde? voyezvous ces enseignes déployées ? savez-vous que tous les grands hommes de la vieille France se sont levés pour aller au-devant du grand homme qui revient de lexil? Vivat! vivat! c'est lui, cest Tempereur Napoléon! Il revient de ce rocher perdu dans la mer, contre lequel s'est brisée sa fortune. Vivo

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l'Empereur! Non, il n'était pas mort; il ramène à la France enthousiaste et passionnée , à la France qui le pleure comme on pleure la gloire, les émotions de la bataille, Tenivrement du triomphe, les joies du combat, les transes infinies de la guerre, tout ce qu'elle aime avec passion , avec délire. Vivat et triomphe !

Et, en effet, c'était bien l'Empereur qui était de retour : non pas tout à fait TEmpereur vivant et tout prêt à reprendre le tronçon de son épée; mais c'était sa dépouille mortelle, ce noble et impérial trophée auquel la France de 1830 devait penser avant tout autre. C'en est fait, le rocher de Sainte-Hélène a lâché sa proie ; le saule pleureur a jeté ses dernières feuilles sur le cercueil de Sainte-Hélène. destinée! Charles X, le roi tout-puissant, le roi bien-aimé, celui-là que son peuple entourait de tant d'^hommages, que l'Europe proclamait le roi de son choix et de son alliance , Charles X est enterré dans quelque obscur caveau d'une obscure église de l'Allemagne, et voici que le captif de sir Hudson-Lowe est attendu dans les caveaux des Invalides, à côté de Turenne! L'Empereur! c'est l'Empereur ! Il revient aux acclamations universelles. Les populations se pressent sur son passage et le reçoivent à genoux. Un prince du sang royal, un noble et beau jeune homme, est allé chercher au delà des mers cette illustre dépouille, et il la rapporte en véritable chevalier errant dont l'œuvre est accomplie. Sonnez, trompettes! battez, tambours! abaisse-toi, arche de gloire ! flottez dans les airs, drapeaux aux trois couleurs reconquis en trois jours! — Et nous tous d'applaudir, nous, les hommes venus de là-bas, les voyageurs blonds, les flegmatiques, comme on dit en France. A tout prendre, mes frères de New -York , c'est une si bonne chose l'enthousiasme ! L'enthousiasme jette l'auréole sur vos fronts , la chaleur à votre cœur , la pensée à votre tête , l'espérance dans votre âme. L'enthousiasme anime et réchauffe, éclaire et réjouit; il fait de la France votre patrie ; de cet homme qui passe porté

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dans sa bière, il fait votre souverain pour rinstantoù il passe. Immense et glorieux corlége! On avait ramassé çà et là, (;ommc on avait pu, les tiéhris glorieux des anciennes armées ; on avait appelé autour du cercueil tous les camarades de l'Empereur qui vivaient encore ; on avait fabriqué d énormes instruments de cuivre qui jetaient des éclats de triomphe ; à ce noble cortège on voyait le mameluck et le cheval de l'Empereur, deux serviteurs de ses balailles; à chaque in-

stant c'était une nouvelle surprise , un homme nouveau : dans une voiture, l'homrae de Dieu, celui qui avait béni les cendres de ce grand homme que la gloire avait baptisé presque aussitM que la religion ; dans une autre voiture, deux ou trois maréchaux de France, soldats jadis, princes aujourd'hui Ëtenfin venaient, en ordre rangés, tes marins de \aBtUe- Poule, hardis soldats, tout fiers de leur illustre fardeau; oa battait

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des mains à leur passage ; on se disait leurs travaux , leurs œuvres, leur patience, leur courage; car au milieu de la mer ils avaient cru que la France et l'Angleterre s'étaient déclaré la guerre, et au premier signal ils étaient lout prêts à s'abîmer dans le gouffre avec leur impériale dépouille. Après ceux-là venait leur digne capitaine, S. A. le prince de Joinville, fier marin, brave soldat, intrépide et fier; son nom se rattache désormais à cette grande aventure du retour de TEmpereurl — Et enfin, enfin, quel silence! que de larmes dans tous les regards! Voici dans ce triple cercueil , dans ce char couvert de tentures violettes et de drapeaux flottants, au-dessous de ces aigles dont Taile se déploie dune Taçon triomphante, au-dessous de ces trophées d'armes, de cette triple couronne, voici TEmpereur... ou du moins celui qui fut l'empereur Napoléon ! — Cette marche funèbre , que disje? ce cortège triomphal traversa toute la ville au milieu des plus grands témoignages de sympathie et de respect. La ville s'en souvient encore; les Champs-Elysées et surtout TArc-de- Triomphe s'en souviendront toujours.

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