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(laine Catherine, et vous pourriez écrire à monsieur votre amoureux en beaux et bons vers alexandrins.
Souvent il arrive que les métiers changent de titre. Quel poste imfK>rtant c^était autrefois le grand-veneur, le grand-aumônier, le mattre des cérémonies ! Quel grand commerce aujourd'^hui celui de M. Fumade, le marchand de briquets phosphoriques ; celuideM.Huntyle fabricant de cirage! M. Coupe-Toujours, le marchand de galettes, a acheté son échoppe de deux pieds carrés tout autant que le notaire son voisina acheté son étude. Le donneur d^eau bénite à la porte de Téglise s'estime autant que s*"]! était un pair de France. Sous le portail de Téglise vous trouverez plus d'un mendiant qui est électeur dans son quartier; la loueuse de chaises a prêté plus d^une fois vingt écus à M. le vicaire pour acheter une soutane neuve. Tout est métier dans ce Paris :c''est un métier d^ouvrir la portière des voitures à la sortie des spectacles ; c*est un métier de raccorder un piano brisé par la petite fille qui sort de pension ; c'est un métier de servir de témoin au Palais-de-JusIice, de porter de Teau, de fabriquer des cure-dents et des cols en papier. Que voulez-vous P quelle est l'envie qui vous passe? Voulez-vous une rose pour mettre à votre boutonnière ? on vous vendra une seule rose. En toute saison vous trouverez de la violette pour un sou, au Pont-des- Arts. Suivez le quai : vous aurez un gros tome iu-8^ avec la valeur de dix bouquets de violettes. Vous êtes peintre, vous avez besoin d'une belle figure, Mars ou Vénus, la beauté ou la gloire : voici Mars en guenilles, humble et triste contenance, qui vient à vous, Tœil humide, les genoux troués ; voici Vénus, taille élégante, blanches épaules, le sein qui bat, la main bien faite, et des guenilles! Vous prenez le dieu et la déesse à Theure : cela vous coûte tout autant qu'une course en fiacre avec le nouveau tarif.
L\isure même , Tinfâme usure, s'*est faite petit métier pour dépouiller les malheureux plus à Taise. L'^usure se revêt d'une souquenille Uï^éo ; elle prend la forme d'un épicier voisin des
halles ; elle prèle six francs pour toucher six francs cinq centimes à la fin de la journée. Le chiffonnier, ce philosophe des nuits, qui s^en va, dans la ville, la hotte sur le dos et le crochet à la main, je ne sais pas si nous avons le droit de placer son industrie parmi les petits métiers. La plupart du temps, le chiffonnier est un philosophe grave et sérieux qui dort tout le jour, qui travaille toute la nuit. Le chiffonnier est inexorable comme le destin, il est patient comme le destin : il attend; mais quand Theure du crochet a sonné , rien ne peut arrêter son bras. Tout un monde a passé dans sa hotte ! Les lois de TEmpire, dans cette fosse ambulante, courent rejoindre les décrets républicains ; tous les poèmes épiques depuis Voltaire y ont passé; tout le journal, depuis trente ans, s^est englouti dans cet abîme sans fond , non pas sans avoir dévoré tout ce qui s'hélait remis debout. La hotte du chiffonnier, c'^est la grande voierie où viennent se rendre toutes les immondices de la prose, des vers, de Péloquence, de Pimagination, de la pensée. Sous ce rapport, le chiffonnier est un être à part, qui mérite son histoire à part. Le chiffonnier est bien mieux qu'un industriel : le chiffonnier est un magistrat, le magistrat qui juge sans appel de la gloire humaine ; il est tout à la fois le juge, Tinstrument et le bourreau .
Et voilà, mon cher Monsieur, de quoi Ton vit à Paris ; quand on n'a pas un grand métier, on vitd'^un petit métier; là seule chose importante , c'^est d'exercer un petit métier, quel qu'il soit, avec honneur, avec bonheur.
Le quartier du Marais, après avoir élé le centre de la ville, n'en est plus qu'un faubourg. Les démolisseurs se sont emparés de ces beaux hôtels et ils les brisent à coups de pioche, à coups de hache. 11 y a près du Temple toute une rue, la rue Chapon, dans laquelle vous pourriez acheter en détail les plus vieilles maisons des plus vieux quartiers, depuis les pierres des fondations jusqu'à lardoise qui recouvre la toiture. On vend tout, les parquets, les tentures, les places, les cham
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branles, les moindres ornemenlsdc la pierre ou du bois. Cest ainsi qu'ont disparu, l*UDe après l'autre, presque toutes les plus belles maisons de l'autre siècle. Ceci fait, revient rentrcprcneur, qui, sur remplacement de ces riches hôtels, vons construit une immense maison dans laquelle viennent se presser, dans un épouvantable pèle-mèle, toutes sortes de gens qui ne se sont jamais vus ni rencontrés même dans la ruc,.etqui,par la Torce même du voisinage , sont condamnés à vivre et à mourirentassés les uns sur les autres. Mais qu'importe, pourvu que les apparences soient sauvées !
Cependant nous revenions à notre point de départ, nous nous retrouvions sur les boulevards. Cette Tois ce n'est déjà plus le boulevard Poissonnière, ce beau passage que traverse la population parisienne dans tous les sens. Cette fois encore le boulevard changeait d'aspect : la foule était moins empressée, les théâtres disparaissaient tout à Tail; à notre gauche s'étendait un vaste espace non bâti. Pourtant, à celle place, le turbulent Beaumarchais s'était construit une maison à son usage, une opulente maisonentouréedejardinsmagniQques. Chose étrange! l'auteur du Mariage de Figaro bâtissant sa maison sur l'emplacement de la Bastille! Chose étrange! la Bastille qui tout d'un coup chancelle comme un homme qui est ivre, pendant qu'un écrivain do pamphlets -■^'cn vient fièrement planter sa tenli' à cette place formidablel Ce sont là des contrastes. Tant
37n un HIVER A PARIS.
(le puissance et laal de force , des murs si épais , des canons, des cachots dont le nom seul vous donnait le frissoo de 1 épouvante.... et le lendemain, un simple écrivain, un faiseur de comédies , un spirituel et énergique hâbleur s'en vient choisir quelques belles pierres dans ces décombres pour se construire à lui-même nu palais véritable! Sur cet emplacement de larmes, de caplivités , de naisères, monsieur Beaumarchais dessine des jardins, creuse des grottes, plante des arbres; Tor, la peinture, la sculpture, tous les grands ails embellissent à Penvi ce magnifique séjour! Matheureusemeni, la maison du poète a été emportée tout comme la Bastille. De ce charmant édifice où s''est dépensé tant d'esprit, tant de rire et tant d'argent, pas une pierre n'est restée sur une autre pierre On a creusé un canal à travers ces beaux jardins. L'indusirte, elleaussi,brise,change, démolit, renverse. Quelle maison charmanie elle a brisée là ! quels admirables plafonds elle a démo lislquede vases, que de panneaux, que de glaces, que de colonnes I... Ne cherchez plus rien de toutes ces beautés effacées Avant peu, l'Éléphant de la Bastille aura disparu à son tour Vanité des gloires humaines 1 c'est à peine si l'homme du faubourg Saint- Antoine qui traverse la place, portant son bois d'acajou ou traînant son tonneau de bière , jette au pauvre Éléphant un coup d'œil de regret et de pitié !