CHAPITRE XXXV
IS BAI. IE)'ISIi3FAS!IT?
Je ne veux pas vous laisser plus longtemps sur remplacement de la Bastille, sur les frontières du faubourg Saint-Antoine; non, certes : à cette place funeste, trop de cris, de clameurs, de misères, de grincements de dents, de têtes coupées, viendraient attrister nos souvenirs. Vous et moi, nous n'en voulons pas au Paris des meurtres et des vengeances; nous sommes venus chercher le Paris de Pélégance et des beaux-arts. Laissez-moi donc vous raconter , sans autre transition , ma douce joie d hier soir.
C'était hier, pas plus tard; madame de R**"", aimable et bonne jeune femme qui tout d'un coup a renoncé à la jeunesse pour accomplir plus dignement la tâche maternelle, madame de R*** me dit d'une voix si touchante : Mon ami , vous vous ruinez Pûme et le corps à étudier cet impassible
Paris; vous ne mangez plus, vous ne dormez plus. Votre regard si calme est devenu hagard , vous regardez sans voir, vous écoulez sans entendre, vous allez, vous venez, vous tournez sur vous-môme pour arriver, à quoi, je vous prie? Tenez, je vous le dis, la main sur le cœur, vous prenez là une peine inutile. Vous voulez raconter à vos Américains ce Paris qui sera tombé sous vos sens ! Pauvre homme que vous êtes ! en moins de temps que vous n'en mettrez à écrire vos aventures, ce Paris de votre description, de votre observation, de votre parole, de votre style, ce Paris-là aura changé en un clin d'^œil ; le temps de s'étonner , et tout sera dit. Donc laissez là votre étude cx)mmencée , laissez là vos méditations profondes ; amusez- vous, soyez heureux, et venez avec moi au bal, voulez-vous? Et comme si ce mot de bal m'eût épouvanté : Oh ! reprit-elle, que votre esprit se rassure ; il s agit d'un bal si beau , si honnête, si chaste, si jeune, si plein de joies naïves, de coquetteries honnêtes, d'âmes candides, de limpides regards, que jamais vous n^en avez vu un pareil sous le soleil. Venez-y; c'est convenu , je vous attends chez moi ce soir; n'y manquez pas. Ainsi elle parla. Quelles promesses! et le moyen de refuser ?
A rheure dite , j'^arrive dans ce beau salon rempli chaque soir des plus fines et des plus piquantes causeries. Cette fois, la maison n'était plus reconnaissable : c'était le bruit, c'^était l'éclat, c'^était une fête splendide. Mais vous pouvez croire quels furent mon étonnement et ma joie, lorsqu'à la place de la fête que j'attendais , je pus admirer tout à Taise cette réunion des plus jeunes et des plus charmants visages de la création. Un rêve! je crus d abord que j'étaisie jouet d'^un rêve, et que tout d'un coup les belles dames de vingt ans et les jeunes gens quelque peu déformés qui les entourent au bal étaient redevenus des enfants. Cétait bien en effet la beauté délicate , les formes mignonnes, la bonne llumeur et la gentillesse de la dixième année ; mais en même temps c'était la politesse, l'élégance, Paplomb, l'œil