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à la hauteur de vingt et même de trente pieds, et qui, dominant tout le paysage, balance au vent son feuillage d’an vert brillant, et léger comme la plume.
Après une chevauchée de plusieurs heures, nous nous trouvämes en pleine nuit, et ce ne fut pas sans plaisir que nous reprimes le chemin de notre logis. Nous passämes ensuite une soirée des plus agréables chez le gouverneur. Le lendemain, premier jour de la semaine, nous tinmes
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n0S réunions du matin et du soir, dans la salle des Méthodistes. A celle du soir assistèrent le gouverneur et son épouse, une grande partie des
habitants de Roseau, et bon nombre d’autres
personnes de toute couleur et toute nuance.
Comme la différence des parus ne laisse pas de
troubler la colonie, on approuvera, nous l’espé-
rons, les efforts que nous fimes dans cette cir-
constance pour arborer l’étendard de la charité
et de l’unité chrétiennes. «Il n'y aura qu'un trou-
peau et qu'un pasteur. »
Notre ami Joseph Philips, magistrat salarié, ; 5 qui habite un quartier éloigné de Pile, a bien
voulu se déranger pour nous voir, et nous lui
devons une foule de renseignements d'un graud
intérêt et propres à encourager nos espérances ;
celuix qu'il nous a donnés sur la conduite des
travailleurs libres ne laissent rien à désirer. Ces
braves gens sont d’une probité remarquable, et l’on peut, sans aucun risque, transporter d’une extrémité de l'ile à l’autre, les sacs de petites monnaies destinéés aux payements de chaque semaine. Dans les premiers temps de l'apprentis
sage, le nombre des punitions, dans son quartier, s'élevait par mois à soixante-dix; elles sont réduites aujourd'hui à une moyenne de deux seu
lement. Un constable invalide suffit pour maintenir l’ordre dans tout le quartier. Dans cette colonie de 20,000 âmes, observe le même magistrat, dans un de ses derniers rapports à sir William Colebrooke,il se commet peut-être moins de crimes que dans aucune autre partie quelconque des possessions de Sa Majesté. D'autres magistrats salariés nous ont tenu le même langage, notamment William Lynch, homme de couleur plein d'intelligence et d'activité, quis’est acquis une haute considération par la fermeté avec laquelle il a défendu les droits des travailleurs.
Accompagnés de ce magistrat et, comme auparavant, de Filian et de Bellot, nous consacràmes la journée suivante à une excursion à la Soufrière sur la côte Nord. Une course de quelques milles à travers une autre vallée dont nous admirâmes la richesse, nous conduisit à Geneve, grande sucrerie appartenant à William B. Lockart.
On y jouit d’une vue délicieuse dans laquelle s’encadre à distance la belle île de la Martinique. Je visita toutes les parties de la sucrerie, et je ne crois pas avoir Jamais vu réunion d'ouvriers qui annonçât plus de vigueur et d'activité que ceux de cet établissement. Leur maître m’assura qu'il n'avait qu'à se louer de son monde, et qu'il obtenait tout le travail dont il avait besoin sans aucune espèce de difficulté.
En gravissant la haute colline qui sépare Genève de la Soufrière, nous passâmes à côté de plusieurs habitations. Dans celle de la Coulerie, entre autres, «c'est plaisir de voir travailler les nègres,» nous dit le gérant. « On ne saurait travailler, nous dit celui de Berraquoir, avec plus de bonne volonté, et de plus à meilleur marché, en comparaison de ce qu’il en coùtait à leur maître du temps de l’esclavage.» Un troisième établissement, démonté avant l'émancipation, venait de reprendre ses travaux pour la culture de la canne. C'est ainsi qu'a chaque pas les preuves s'accumulaient en faveur du système actuel.
Arrivés au sommet de la colline, nous ne pûmes nous empêcher de nous y arrèter pour contempler dans toute sa beauté, dans toute sa sublimité, le tableau qui se déroulait devant nous: d'un côté la grande baie, creusée par la mer, avec les rochers et les collines qui bordent de
LA DOMINIQUE. 12 pres ses rivages ; de l’autre, la vallée de la Soufrière qui, couverte de champs de cannes , arrive à la mer par plusieurs sinuosités que dominent de hautes montagnes. Il y en a une que l’on croit presque entièrement composée de soufre, et dont le sommet forme ce qu’on appelle la Soufrière ; de ses flancs s'échappe un petit ruisseau d’eau bouillante qui, traversant la vallée, va se jeter dans l'Océan. En descendant de la coliine par un sentier en zigzag, nous arrivâmes tout pres de cette masse de soufre qui remplit l'atmosphère environnante d’une forte odeur. Ce soufre, dont il se fait aujourd’hui une exportation considérable, est d'une grande pureté, plutôt blanc que jaune. Il est facile de reconnaître, presque sur tous les points de cette ile, les traces d’une action volcanique, non-seulement dans la configuration fantastique des montagnes, occasionnée, comme on pourrait le présumer, par la force immense de quelque impulsion désordonnée, agissant de bas en haut, mais encore dans un grand nombre de rochers dont la couleur révele clairement lPaction du feu.
Une de ses hautes collines coniques, qui s’élève à l'est du fond de la vallée, nous parut cultivée en café jusqu’au sommet ; elle est du moins entrecoupée dans toutes les directions par des haies du genre de celles dont on entoure
ordinairement les cafeyères, et qui n'étaient pas un des accidents les moins agréables du paysage que nous avions sous les yeux. Une circonstance assez remarquable, c'est que depuis l'ouragan qui dévasta la Dominique , il y a quelques années, on voit la plus grande partie des cafiers périr sous les attaques irrésistibles d’une petite mouche blanche. Ce fléau a considérablement diminué les exportations en café, et, sur plusieurs habitations, ce genre de culture est remplacé aujour-d'hui par celle de la canne. Les habitations , en général, sont entre les mains de petits planteurs français ; leurs esclaves, qui, avant l'émancipation, étaient considérés comme autant de . membres de la famille, travaillent aujourd’hui à gages sur la propriété de leurs anciens maitres. On dit que la récolte de cette année sera beaucoup plus avantageuse que les précédentes , et l'on espére que les malheureux effets du fléau dont nous venons de parler s'atténueront peu à peu, et finiront par disparaître entièrement. Au petit village de la Soufrière, tout près de la côte, se trouve une école Mico, confiée aux soins d’un pieux et habile instituteur, et dont l'utilité se fait sentir de plus en plus. Des chaloupes nous attendaient au rivage, et nous portérent rapidement à Roseau, par une nuit étincelante d'étoiles, et le long d’une côte de rochers
extrêmement pittoresques. Nous Y passâämes en- - core trois Jours, visitant les prisons et les écoles, présidant à des réunions religieuses, et recevant d'obligeantes visites de plusieurs des principaux habitants. Je ne sache pas qu'une seule exception soit venue interrompre ce concert de rapports favorables que tous nous faisaient, sur le bon ordre et l’activité qui régnaient parmi les cultivateurs. Une des plus intéressantes visites dont Je viens de parler, c’est celle de notre ami Dugald Stuart Laidlaw, vieux planteurtrès-influent dans l'ile, généralement respecté par la protection libérale qu'il accorde à l'institution libre, mais dont les idées et les habitudes se sont depuis longtemps associées à l’ancien système. Il est au premier rang COMME gros propriétaire, mais plus encore comme fondé de pouvoirs, n'ayant pas moins de vingt-deux propriétés sous sa gestion. Voici en substance les renseignements qu'il voulut bien nous donner, et cela de son plein gré, sans aucune provocation de notre part. « Quoique ses récoltes actuelles aient un peu diminué, par suite du léger désordre qui suivit immédiatement les premiers jours de la liberté absolue. et cela précisément à l’époque des plantations, il n’a point à se plaindre aujourd'hui; les travailleurs sont rentrés sur les établissements auxquels ils appartenaient, et l'on n’a qu'à se
louer de leur activité; pas un seul exemple d'un nègre quittant ses travaux pour aller s'ac- croupir, les bras croisés, sur quelque terrain inculte. Il a adopté, pour ses exploitations, Île système de l’entreprise, agréable tout à la fois aux deux parties. Au lieu d'avoir, comme autrefois, sur les bras, 2100 esclaves ou apprentis, il n’emploie aujourd'hui que Goo travailleurs libres, et espère trouver une grande économie dans ce changement ; enfin, il prend des mesures pour donner plus d'extension à ses plantations de cannes. » J'ai eu, depuis, l’agréable confirmation de celte dernière circonstance du rapport ci-dessus.
Un soir, accompagné du gouverneur et de notre ami Bellot, je montai à cheval pour aller jouir d’une vue fort renommée dans le pays, celle que domine une des collines qui bordent la vallée de Roseau, et qu’on appelle Water- Waren. Arrivé sur les lieux, j y trouvai une des habitations gérées par notre ami Laidlaw. Devant nous était un amphithéâätre de montagnes des formes les plus romantiques, et couvertes des plus beaux arbres; à leur pied, serpentait une vallée inculte où se déployait la plus exubérante végétation. Aucune description ne pourrait rendre ce tableau ; mais ces beautés allaient bientôt, non pas subir une dégradation dans leurs parties
essentielles, mais, du moins, changer de caractère ; en effet, notre ami Laidlaw avait déjà pris ses mesures pour convertir cette sauvage mais fertile vallée en une plantation de sucre.
Les exportations de sucre à la Dominique ont été en 1837, dernière année de l'apprentissage, de 2,221 barriques; en 1838, elles se sont élevées à 2,900, et à 2,474 en 1839. On compte encore aujourd'hui sur une augmentation graduelle, mais assurée.
En attendant, un fait bien propre à réjouir les amis de l'humanité, ce sont les progrès rapides de la morale et du bien-être parmi les classes ouvrières ; et ce qui le prouve, c’est le décroissement du chiffre des crimes, et l’accroissement de celui des importations. En 1838, c'est-à-dire dans l’année qui a précédé l'acte d’émancipation , 160 individus ont été écroués à la prison ; en 1839, première année de la liberté absolue, on n’en trouve que 88; différence en faveur de la liberté, 72.
La moyenne des importations, pour les cinq dernières années de l'esclavage, a été de 64,000 |. st.; en 1839, elles se sont élevées à 120,000, bien que plusieurs bâtiments qu’on attendait ne fussent pas encore arrivés, au moment où les relevés ont été faits. Différence en faveur de la liberté, 56,000 L. st.; chiffre qui peut être re-
gardé comme l'expression des progrès du bienêtre parmi les nègres émancipés.
Il est, dans l’état actuel de la Dominique, deux autres circonstances sur lesquelles on ne saurait insister avec trop de force, dont on ne saurait exagérer l'importance. La première, c’est que les travaux de la campagne n'étant plus la tâche esclusive des esclaves, on a cessé d'y attacher une idée de dégradation. Les nègres qui, avant leur émancipation , Jouissatent déja de la liberté, avaient coutume de regarder comme au-dessus de leur dignité d'hommes libres de travailler sur les habitations. Il en est tout autrement aujourd’hui, et nous avons eu le plaisir de les voir se confondre avec leurs frères nouvellement émancipés, et s'occuper comme eux à la récolte des cannes et à la fabrication du sucre. La seconde circonstance dont nous voulons parler est d’une nature toute politique : c’est que la majorité de la seconde chambre de la législature se compose d'hommes de couleur, dûment élus, comme de raison, par tout ce qu'il y a de propriétaires dans l'ile. Naturellement, on demandera si un corps ainsi constitué ne montrerait pas quelque disposition à la mutinerie et à la désaffection. À cette question, notre réponse est toute faite et ne laisse rien à désirer ; c’est que tous ces hommes se font remarquer, au con-
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