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LA JAMAÏQUE. 155 qu'on le leur payät chaque semaine et en especes. Mais il était dans la malheureuse destinée de cette colonie d'être en proie à de graves embarras et à de fâcheux tiraillements pour cette affaire de loyers, dont on a prématurément et imprudemment fatigué les esprits de la population noire, le lendemain même de l'établissement de la liberté absolue. Si, au lieu de cette précipitation, on avait donné à l'usage des loyers le temps de s'établir graduellement et d'apres les principes qui règlent ordinairement les affaires des hommes, 1l n’est nullement douteux que les travailleurs de la Jamaïque n’eussent montré aussi peu de disposition à l'inquiétude et au désordre que ceux d’Antigoa et de la Dominique.
Dans l’état actuel des choses, on a imprudemnent, sur une grande partie des propriétés de cette île, mêlé la question du loyer avec celle du travail. S'est-il élevé quelque mésintelligence entre le gérant et les nègres relativement au travail, quant à sa durée ou à sa valeur, la menace de chasser le nègre de son habitation s’est aussitôt fait entendre, et, dans beaucoup de cas, on,a eu recours à la violence la plus sauvage pour mettre cette menace à exécution. On a enlevé les toitures des chaumières; on les a même démolies de fond en comble, on a rasé les cocouers et les arbres à pain; on à dévasté les jar-
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dins, soit en arrachant les provisions, soit en les faisant fouler aux pieds des bœufs. Les travailleurs ont été alors forcés de se chercher une nouvelle retraite en passant sur d’autres habitations , ou en achetant de petites propriétés sur les montagnes voisines. Ces actes d’une violence brutale, nous en avons souvent entendu le récit, et parfois nous avons eu la douleur d'en être témoins. Un sentiment de charité nous porterait à croire qu'ils ont été rares, du moins comparativement; mais il n’en est pas ainsi : on a doublé et triplé les loyers, on les a même quadruplés sur la décision arbitraire du maitre, on les a même exigés per capita du mari, de la femme et de chacun des enfants, comme une pénalité propre à les forcer au travail, et, dans beaucoup de cas, on a mis le comble aux vexations déjà employées dans ce but, par la saisie des meubles et effets, et par emprisonnement des personnes. Ilest pénible de le dire, mais il n’est que trop vrai qu'il n’y a pas un seul point de l'ile où ce systéme n'ait été mis en pratique. Qui ne voit que tout cela ne ressemble que trop à l'esclavage, dont l’essence même est le travail forcé? De là, des mécontentements, des cœurs ulcérés et la désertion des habitations, conséquences naturelles de toute violation de la justice; c’est là aussi qu'il faut chercher la principale explication
LA JAMAÏQUE. 107 des rapports décourageants envoyés de temps à autre sur la Jamaïque, depuis l’époque de la liberté.
D'un autre côté, les habitations qui ont été régies par ces principes de justice et d'égalité qui laissent aux travailleurs leur liberté tout entiére, en ont été récompensées, en général, par une tranquillité profonde et par une prospérité croissante. Disons donc qu’en retranchant ce qu'il y a d'un peu exagéré d’une part et de l'autre , les rapports, soit favorables, soit défavorables, sont tous essentiellement vrais ; et leurs différences sont, à peu d’exceptions près, les résultats respectifs de deux méthodes d’administration opposées. Quoi qu’il en soit, le mal se corrige de lui-même, une meilleure intelligence s'établit par degrés ; maîtres et travailleurs tendent de plus en plus tous les jours à se rapprocher et à se lier, non par de fâcheux moyens de violence, mais par le nœud plus fort et plus sûr de l'intérêt commun.
Malgré la douceur avec laquelle les nègres sont traités depuis longtemps sur lhabitation Papine, nous penchons à croire que l’état comparativement peu florissant de cette propriété, en ce qui concerne le travail, nous fournit la confirmation des observations qui précèdent. A Hope, où la question des loyers a été réglée par