‹ Un hiver aux Antilles, en 1839-40Chapitre 21 sur 37 · RES: RE · texte numérisé non relu

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naces qui pussent les intimider, point d'insultes, point de persécutions capables de leur faire abandonner leur champ de travail. Is trouvent aujourd’hui leur récompense dans l'affection et Le dévouement du peuple, et dans ce témoignage de plus en plus général que l’on se plaît à rendre à leur intégrité et à leurs services.

Nous sortimes de Spanihstown par un soleil ardent et au milieu de nuages de poussière ; et, après une course, de huit milles au nord, à travers les nuages, par un brouillard épais et un déluge de pluie, nous arrivämes à Jérico, établissement baptiste dansles montagnes. Letempsque nous venions d’essuyer est chose commune ,dans les parties élevées de la Jamaïque, tandis que dans les plaines basses qui avoisinent la côte, onest en proie à une chaleur brülante. Nous avions à traverser, pour nous rendre à Jérico, : le territoire fertile et boisé de la paroisse de Saint-Thomas du Val, dont une partie est située sur les rives du Bog, et qui offre une agréable succession de sites pittoresques. Les roches calcaires qui bordent de près le courant de la rivière, comme une: muraille blanche, s'élèvent perpendiculairement sur un point à une hauteur prodigieuse ; et des arbres d'espèces variées, croissant çà et là, sont enlacés par d'énormes plantes rampantes qui leur donnent un aspect .

singulier. Quelques-unes de ces plantes sont d’une beauté remarquable et portent de grandes fleurs en trompette. C’est sur cette route qu'est située la maison de travail de Rodney, lieu de détention et de correction, fameux autrefois comme le théâtre de maintes scènes de cruauté. Sous le règne de la liberté, il a perdu tout à la fois ses tristes hôtes et sa terrible renommée. Le missionnaire Merrick et sa sœur nous firent l'accueil le plus amical, ‘et nous procurerent le coucher et la table sans qu'il nous en coûtât une obole; on tua pour nous recevoir un chevreau de montagne. Nous convoquämes pour le soir une réunion de culte, à laqueile, malgré un temps d'orage, assistèrent plusieurs centaines de travailleurs, et où tout se passa de manière à exciter dans nos cœurs le plus vif intérêt et les plus douces émotions.

Nous avions indiqué pour la soirée du lendemain une autre réunion à la baie de Sainte- Anne, situéesurla côtenord, à trente-cinq milles environ ; et comme il fallait franchir le mont Diavolo, nous sentions la nécessité de partir de trés-grand matin. Mais malheureusement nos chevaux, que nous avions mis à l’herbe, avaient disparu dans le brouillard , et cet incident nous empécha de nous mettre en route, comme nous le voulions, avant l'heure ordinaire du déjeuner.

LA JAMAIQUE. 199 Ce n’est pas sans peine que l'on gravit le mont Diavolo; pendant plusieurs milles on ne cesse de monter, et pour soulager nos chevaux, nous fûmes obligés de faire à pied, au fort de la chaleur, la plus, grande partie du chemin. Il est vrai qu'un paysage délicieux nous dédommagea amplement,de nos fatigues : les collines couvertes de forêts nous laissaient apercevoir suCCeESSIVEment dans leurs intervalles les plaines éloignées qu'enrichissent les plus magnifiques cultures. Sur les pentes escarpées qui bordent, le chemin sont disséminées une multitude de petites pièces de terre, tout récemment achetées par des nègres qui travaillent avec ardeur à les mettre en culture et à s’y construire des cabanes. C’est -un sol de. riches pâturages, et qui donne en abondance un gazon de Guinée où le bétailest comme à moitié enseveli ; sur les cimes des montagnes sont de. vastes prairies où paissaient alors quelques-troupeaux, et que décorent des touffes.de bambous ; on voit de ces arbres qui s'élevent jusqu’à quarante et cinquante pieds, et se, balancent au vent comme de gigantesques, plumes d’autruche. Sur le flanc septentrional de la montagne, la route s’abaisse par une pente douce et descend jusqu'à la charmante vallée de Mongagne, couverte de gazon de Guinée et, autres herbes, et qui ressemble, d’une maniere frap-

pante, à quelques-unes des plus fertiles et des plus romantiques vallées du pays de Galles.

Mais, au milieu de tant de beautés, nous étions en proie à une inquiétude, celle de nous trouver en retard pour un rendez-vous auquel il nous serait impossible d’arriver à temps. Nous avions encore dix-huit milles à faire, à partir de Mongagne, avant de pouvoir atteindre le lieu de notre destination; la pluie tombait par torrents, et, dans quelques endroits, la route était escarpée et difficile. Enfin, nous arrivâmes à la baie de Sainte-Anne, et, comme nous étions à la porte de la chapelle, les assistants commençaient déjà à se disperser. Ils se rallièrent cependant avec une étonnante promptitude, et quelque fatigué que füt tout le monde, nous d’un voyage pénible, eux d’une longue attente, nous trouvâmes tous un dédommagement bien doux dans une réunion religieuse, courte, il est vrai, à cause de lheure avancée, mais non moins solennelle, et dans laquelle les nègres, arrivés en grand nombre de la campagne, manifestèrent leur recueillement accoutumé et la conduite la plus décente. Au sortir de là, un asile agréable nous attendait sous le toit hospitalier du missionnaire baptiste Thomas F. Abbott. Sa maison, située: sur la cime d’une haute colline, domine une vue des plus animées; de là on découvre à la fois

LA JAMAÏQUE. 201 la ville, la baie, les bâtiments qui sont dans Île port, et les magnifiques champs de cannes qui se déploient à droite et à gauche dans la plaine. Cette petite ville voit sa prospérité s’accroitre chaque jour sous le régimé de la liberté; de nouvelles maisons sont en coustruction et la valeur des propriétés du voisinage à plus que doublé. 11 est telle pièce de terre qu'on aurait pu avoir, il y a cinq ans, pour 100 |. st.,'et qu'aujourd'hui le propriétaire ne donnerait pas pour 5oo. Tous les renseignements qui nous sont parvenus sur ce quartier sont pleinemént satisfaisants. Sur plusieurs grandes propriétés voisines de la ville, les loyers et les salaires ont été réglés indépendamment les uns des autres, et tout y marche à souhait; mais il en est d’autres où l’on s’est obstiné à faire du loyer un moyen de forcer les nègres au travail, et il en est résulté des querelles et une confusion fâcheuse. Un planteur de la paroisse de Sainte-Anne a

tiré 3000 1. st. net de sa dernière récolte, et il

LL :* 4 + a .- ve n'hésite pas à reconnaitre que son exploitation

est plus facile et à meilleur marché que du temps de Pesclavage. Un autre, que lon avait entendu avant l'émancipation se répandre en plaintes’ amères sur ce qu'il appelait une ruine inévitable,

venait de refuser une somme considérable qu'on

lui offrait pour sa propriété, et avait fini pat

eo ve.

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