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l’affermer sur le pied de 600 I. st. par an. Pendant ces trois dernières années, la congrégation de Thomas F. Abbott, composée presque exclusivement de travailleurs negres, n'a pas recueilli moins de 2,600 1. st. pour Fentretien de la mission et autres objets qui se rattachent à la même cause, William et Marie Waters, ci-devant esclaves, lun serrurier et l'autre colporteuse, ont fait pour 1001.st. d'économies depuis le huitième mois (aout) 1838, et leur souscription annuelle pour la cause des missions est de 10 I. st.
Le 12 du troisième mois (mars) 1840, apres avoir. visité les missionnaires, wesleyens , et fait (avec succès, nous l'espérons) tout ce qui dépendait de nous pour mettre fin à un différend qu'une circonstance particulière avait occasionné entre eux et les baptistes, nous partimes pour notre voyage à Brownstown, course de dix-huit milles seulement, et dont on nous avait dit que les chemins n’offraient aucune difficulté. La première partie de la route s'étend le long de la côte, à travers une riche plaine consacrée à la. culture du sucre, et qui nous parut dans l’état le plus florissant. Ni les champs de cannes, où les rangs se pressaient et étaient nettoyés avec le plus grand soin, ni les jolies constructions élevées sur les habitations qui passaient successivement sous nos yeux, n'annonçalient rien qui
ressemblät à cette ruine que quelques individus avaient pris à tâche de prophétiser à la Jamaïque; nous y voyions précisément le contraire. Les deux côtés du chemin étaient bordés de haies bien éntretenues, ét que décoraient plusieurs espèces de convolvulus en pleine fleur. Après avoir parcouru quelques milles, pour nous conformer, du moins nous le supposions, aux indications qui nous avaient été données, nous nous éloignâmes de la mer, pour gravir à notre gauche la pente escarpée d’une haute colline, couverte d'arbres à piment. Ces arbres sont d’une beauté remarquable, assez ressemblants à l’oranger, mais beaucoup plus élevés ; leur écorce est lisse, et lon dirait qu'on l'a dépouillée d’une première enveloppe extérieure ; leurs feuilles sont d’un vert foncé, luisantes et d’une odeur aromatique. Ils donnent une baie qu'on appelle toutesépices, qui ne se vend maintenant qu'à très-bas prix, et récompense assez médiocrement les peines et les frais du cultivateur. À mesure que nous avancions tranquillement à pied, le long d'une pente escarpée, et à travers ces bosquets odoriférants, le paysage s’'embellissait d'un charme nouveau ; au-dessous de nous paraissait Cardiff-Hall, ancienne plantation qui ressemblait à un immense parc; tout près de là, un grand bois de cocotiers, et, dans le fond du tableau,
les eaux de la mer, du vert le plus brillant. On nous avait dit qu’au haut de cette montagne nous trouverions Brownstown , où nous avions indiqué une réunion de culte pour le soir; mais à notre grand déplaisir, arrivés au sômmet, nous vimes que nous nous étions fourvoyés ; nous étions à Antrim, habitation située à huit milles du lieu de notre destination , et le chemin de la montagne, qui passe entre ces deux endroits, était regardé comme impraticable pour les voitures. Les nègres de ce village accoururent autour de nous, nous offrant leurs secours, et s'empressant de nous apporter, pour nous rafraîchir, des vases pleins de lait de coco. Plusieurs d’entre eux, malgré la distance , allaient se mettre en chemin pour se rendre à la réunion: car ce sont des hommes remplis de zèle et qui ne craignent pas d'aller trop souvent à l’église. John Candler et moi, escortés par deux de ces bons nègres et montés sur des bidets qu'ils nous avaient prêtés avec une obligeance parfaite, nous nous remimes en route ; nos autres compagnons marchaient lentement derrière nous, avec les voitures, et aidés par une troupe de ces braves gens. Il est impossible d'avoir plus de bontés et d’attentions qu'ils n'en eurent pour nous, tantôt rétenant les roues, quand il fallait descendre, tantôt poussant la voiture, quand il s'agissait de gravir quelque
LA JAMAIQUE. 20) escarpement ; ce fut grâce à eux que nos cochers purent enfin arriver au terme de leur voyage, ce qui leur eût été impossible autrement. « Ne vous inquiétez pas , Massa, disait un de ces aides si empressés à un de nos compagnons, ne vous inquiétez pas, tout ira bien. »—« Massa veut-il un peu de vin?» dit une négresse sortie d’une chaumière située sur le bord de la route, au même Ami qui demandait un verre d'eau. Il n’est pas douteux que le vin ne fut là sous la main, et la bonne femme le trouvait fort de saison dans un moment d’aussi grande fatigue ; plusieurs bouteilles vides que l’on voyait dans un coin de la chambre attestaient d’ailleurs qu’elle était dans l'usage de faire ainsi preuve de ses dispositions hospitalières. Notre ami se mit en devoir de payer, mais son argent fut refusé avec une politesse tout aimable : un remerciment, dit la négresse, vaut mieux pour moi que votre argent.
Nous étions là au milieu d’une population chrétienne, et en traversant, mon compagnon et moi, cette campagne qui nous offrait toutes
les beautés, tous les enchantements d’une nature,
sauvage, nous renconträmes des groupes de vil: lageois qui venatent de finir leur journée, et s’avançaient à notre rencontre. Spectacle touchant, surtout quand on y associe le souvenir des trai-
TE us
es
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tements barbares que quelques-uns d’entre eux avaient autrefois endurés ! Tous aujourd’hui, tous sans exception, paraissaient aussi respectables qu'heureux. Brownstown est une bourgade qui a fait et fait encore de rapides progrès depuis le règne de la liberté; les terres environnantes ont quadruplé de valeur. Nous y fûmes accueillis avec l’empressement le plus hospitalier par nos dignes amis, le missionnaire John Clark et sa femme, et nous y eùmes une réunion de culte qui nous intéressa et nous toucha vivement; elle se composait d'environ douze cents noirs. Après la clôture, mon compagnon leur donna connaissance d’un message écrit, adressé par le vénérable Thomas Clarkson, d’un âge extrêmement avancé, à la population rurale de la Jamaique, et dans lequel, apres lui avoir exprimé les sentiments de sympathie et d’amour chrétien dont il était animé pour elle, il lexhortait à ne pas se départir de cette conduite patiente et régulière qui lavait jusqu'alors si éminemment caractérisée. Ce message fut écouté avec respect et donna lieu à une réponse pleine de chaleur et d'enthousiasme. L'œuvre de la religion marche dans ce quartier avec un succés remarquable; l'église a vu, depuis l’époque de la liberté absolue, une foule de fidèles accourir dans son sein, et des milliers d’autres sentent s’éveiller
en eux une salutaire inquiétude sur l’état de leurs âmes. Ce délicieux village est entouré de collines verdoyantes qui l’enveloppent comme un nid; tout s'y améliore, tout y prend une face nouvelle, sauf un petit édifice d’un aspect sombre et sinistre, qui, cependant, est auJourd'hui abandonné et sans Emploi: c'était, durant l’esclavage et l'apprentissage, le donjon et le lieu des flagellations publiques. Nos amis nous assurérent que ces scènes de cruauté avaient lieu généralement une fois par semaine; et C'était en vain qu'ils cherchaient à se dérober aux cris déchirants des infortunés dont le fouet sillonnait les flancs: Aujourd’hui, sous l'ombre du drapeau de la liberté, on peut dire que ce désert,semé jadis de ronces et d’épines fleurit comme «la rose de Saron.» On nous fit un éloge complet de la manière dont les nouveaux affranchis travaillaient sur les habitations du voisinage, excepté seulement là où ils ont eu à souffrir de l'application de ce système oppressif des loyers dont nous avons parlé ci-dessus. | w
Avant de quitter Brownstown, le lendemain matin, nous nous rendimes chez le ministre wesleyen, et rencontrâmes à sa porte une noce nombreuse entièrement composée de familles de travailleurs ; tout le monde était habillé avec soin, et à cheval. Dans quel village de la Grande-
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Bretagne une noce de paysans offrirait-elle les marques d’une semblable aisance ?
Nous traversàämes ensuite les fertiles plaines à sucre de la paroisse de Trelawnay, jusqu’à Falmouth, ville considérable sur la côte, et siége des utiles travaux de William Knibb, ministre baptiste, si bien connu comme un des amis les plus sincères et les plus actifs de la population noire. Il était alors absent, ayant été cbligé de se rendre en Angleterre, chargé d’une mission auprès de la société abolitioniste et auprès des baptistes , et il avait emmené avec lui un de ses frères noirs ; le peuple avait donné dans cette Occasion une preuve éclatante et de son attachement pour son digne ministre, et, en même temps, de l’état de prospérité et de bien-être où il se trouve, en formant, pour défrayer la mission, une souscription volontaire dont le produit s'était élevé à 1,000 Î. st., monnaie de la colonie, près de trois mille dollars! Nous passämes par un autre village non moins florissant, appelé Stewartstown, qui renferme un vaste magasin; une église très-fréquentée, des chapelles méthodiste et baptiste, et, par conséquent, des écoles, etun grand nombre de petites propriétés qui appartiennent à des nègres. À Barnstaple, sucrerie située sur le chemin, et où nous nous arrêtämes pour nous rafraichir et faire manger nos che-
vaux, l'inspecteur nous dit qu'il occupait cent travailléurs, aux gages d’un shelling stérling à un demi-dollar par jour, qu'il n'avait qu’à se louer de leur conduite, et que tout allait le mieux du monde. | "
En l'absence de William Knibb, nous fûmes reçus chez lui par son digne représentant, le frère Ward, qui nous fit l’accueil le plus cordial, Nous nous rendimes ensuite à la chapelle où nous attendaient sept ou huit cents individus qui parurent prêter unie oreille attentive aux exhortations que nous hasardämes de leur adresser, dans le langage le plus simple, sur plusieurs points de morale pratique, tels que la culture du sol, léducation de leurs enfants, la lecture journalière des saintes Écritures, les devoirs des mères, etc. Le lendemain matin, nous visitâmes la prison et la maison de correction de la paroisse de Trelawney; deux prisonniers seulement étaient dans la première:,'et un seul dans la seconde : c'était un matelot blanc. Du temps de l'esclavage et de l’apprentissage, les misérables hôtes de cette maison de ‘correction allaient quelquefois de quatrevingts à cent. Nous n’eümes qu’à nous féliciter de nos visites aux ministres écossais et wesléyen, et à l’ecclésiastique de l’église de la paroisse, qui a‘sous: sa direction une école quotidienne de trois cents enfants. C’est ainsi que, sous diverses
administrations, la bonne œuvre de l'éducation chrétienne fait de rapides progrès. Presque tout ce que nous avons vu ou appris pendant notre tournée, dans les paroisses de Sainte-Anne et de Trelawney, nous a paru propre à encourager les amis de l’humanité et de la religion. La culture du sucre était évidemment dans un état florissant ; quelques difficultés passagères ont été surmontées ; et, si nous sommes bien informés, la prospérité de ces quartiers fertiles n’est plus entravée que par quelques tentatives pour obtenir le travail par la contrainte et la persécution, derniers et languissants efforts dont le but mal déguisé n’est autre que de maintenir l’esclavage sous une autre forme. Quoi qu’il en soit, une meilleure intelligence avait commencé à prévaloir entre les partis, et ces paroisses fournissent une démonstration plus que suffisante que partout où l’on abandonne la liberté à son action naturelle , le progrès et la richesse marchent de front avec elle, pour l'avantage et le bien-être de toutes les classes. Nous remarquâmes un fort bâtiment de commerce attendant sa cargaison de sucre à la baie de Sainte-Anne, trois à Falmouth, et une douzaine à la baie de Montégo.
Une course des plus agréables, et de vingt-deux milles environ, le long de la côte, nous amena dans ce dernier endroit, le soir du septième jour
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(samedi). C’est une ville de 12,000 âmes, située au pied de collines couvertes de bois, et à l’extrémité intérieure d’une très-belle baie; l'aspect en est agréable , et, comme plusieurs autres villes de la Jamaïque, tout s’y améliore rapidement. Nous fûmes reçus de la manière la plus obligeante par la femme de notre ami Thomas Burchell, missionnaire baptiste. Lui-mèême était absent et parti pour une station de la campagne; mais son troupeau accourut autour de nous et sembla enchanté de nous voir. Quoiqu'on n'eut été qu'au dernier moment prévenu de notre arrivée, et que rien n’eût annoncé préalablement une réunion religieuse, près de trois mille auditeurs remplirent la chapelle le lendemain matin, presque sans aucun mélange de blancs, et manifestèrent une gravité et une convenance de conduite qui honorent, tout à la fois, et le troupeau et le pasteur absent. L’après-midi, accompagné par Walter Finlayson et Levi Lewin, tous deux magistrats, je me rendis à la maison de correction et à la prison destinée au service du comté de Cornwall, c’est-à-dire d’un tiers de l'île environ. La prison était presque vide; quant à la maison de correction, j'y trouvai près de cinquante détenus renfermés dans un local assez mal gardé, sans classification par délits, et, je le crains, fort négligés sous le rapport de l'instruc-
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tion religieuse. De malheureux aliénés étaient jetés pêle-mèle au milieu des autres habitants de ce triste séjour. Cependant, dans l’un et l’autre établissement, les prisonniers écoutérent avec attention une courte allocution qui leur fut adressée dans cette occasion, et qui, je l’espére, les aura disposés à réclamer de quelques pieuses personnes du voisinage un peu plus de ces consolations spirituelles qui leur ont presque entierement manqué jusqu'ici. Une réunion de culte que nous convoquâmes pour la soirée, et où une affluence extraordinaire répondit à notre appel, termina cette journée dans les douceurs d’une joie et d’une paix toutes chrétiennes.
Je suis avec respect, etc.