‹ Un hiver aux Antilles, en 1839-40Chapitre 25 sur 37 · BE · texte numérisé non relu

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13 s. 4 d.st. à 12 L. st. Aujourd'hui les frais de la même opération ne dépassent jamais 5 |. 6 s. 8 d. st., et moi-même je l'ai fait exécuter cetie année pour 5 I. st., prix généralement établi dans ce quartier. En 1833, J'étais obligé de payer 16 et mème 25 I. st. par an de gages aux domestiques que je prenais à mon service; en 1838, 1839 et postérieurement, Je me suis procuré des domestiques de la même classe et ayant à un degré bien supérieur les qualités requises, pour 8et 10 Î. st. par an.» Il n’y a là, au premier coup d’œil, que des comptes de livres, de shellings et de deniers; mais toute cette arithmétique sert à développer et à démontrer de grands principes; elle met à découvert les ressorts qui donnent l'impulsion au bras et au cœur de l'homme; elle prouve l'immense supériorité des motifs moraux sur l'emploi de la force physique, quand il s’agit de le déterminer à d’utiles efforts. C’est ce que décide sans appel la vieille controverse entre les salaires et le fouet.

« Je connais, me dit encore le docteur Stewart, une habitation qui employait cent vingt-cinq esclaves , dont la dépense, à raison de 5 liv. st. par an, pour l'entretien de chaque esclave, s'élevait à 625 1. st. Eh bien, l'exploitation de cette même habitation n’a pas coûté, pour la premiere année, en en défalquant les loyers, plus de 220

LA JAMAIQUE. 2/1 L st.; ce qui donne une différence de 400 L. st. en faveur de la liberté. Il s’est fait sur cette habitation, dans cette seule année, plus d'améliorations que Penn plusieurs des années précédentes, et on s’y propose, en outre, de donner plus d’étendue aux cultures. Sur une autre propriété, au temps de l'esclavage et pendant l’apprentissage, les frais d'exploitation s’élevaient en moyenne à 2400 |. st. Les travaux, pour la premiére année de la liberté, ont coûté moins de 850 1. st. Sur une troisième, les frais annuéls qui, au temps de l'esclavage, allaient à 1480 1. st. et à 1050 sous l'apprentissage, sont tombés à 657 sous la liberté. Sur une quatrième, ER, laréduction a été de 1 r00 à 990 I: st.

Quand les craintes se seront calmées, quand la vérité se sera fait jour, ce qui ne demandera qu'un trés-court délai, de tels résultats ne peuvent manquer de produire leur effet sur la valeur des terres. Déjà, on ne saurait le contester, celles de la Jamaïque en ont senti l'influence à un degré remarquable. Un particulier de la paroisse de Manchester, qui n'avait jamais eu d’esclaves, profitant de la terreur générale, acheta, au moment de la liberté absolue, une habitation qu'il paya 1000 liv. sterl. argent de la colonie, et comme il était connu pour n'avoir jamais été propriétaire d'esclaves, les travailleurs libres n’a ppor-

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tèrent à son service que plus de zèle et de bonne volonté. Des la première année de sa jouissance, il rentra dans ses 1000 liv., plus les frais, et aujourd’hui il croirait faire un marché de dupe s'il ne revendait sa terre que 000 I. st. ou cinq fois le prix d'acquisition. |

Mais le témoignage le plus fort à cet égard, c'est celui d'A. B. Il m’a assuré qu'aujourd'hui, à la Jamaïque, une terre sans les esclaves vaut amplement ce qu'elle valait autrefois, les esclaves compris, du moins dans les temps de découragement et d'inquiétude qui précédèrent l'acte d'émancipation. Ce genre de propriété, apres avoir descendu au maximum de dépréciation, s’est relevé, et monte graduellement chaque jour. « En mon âme et conscience, dit encore le docteur Stewart, je crois qu'une propriété à la Jamaïque, sans les esclaves, a la même valeur qu’autrefois , les esclaves compris; et Je suis persuadé que sa valeur doublerait si l’on voulait de bonne foi écarter tout ce qu’on s’obstine à conserver encore de l'esclavage, et y substituer l’action franche et sincère d'un système libre. » |

Le 21 dutroisième mois (mars), après le repas substantiel qu’ils appellent le second déjeuner, nous primes congé de nos amis dont les bontés et les lumières nous avaient été si utiles; nous

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nous séparâmes d'eux à Penn, pour nous engager de nouveau dans des chemins rocailleux, à travers les montagnes; sur un point, entre autres, nous fümes obligés d'employer toute notre force pour pousser nos voitures le long d’une pente aussi escarpée que le toit d’une maison, et il ne fallait rien de moins, pour nous dédommager d’une pareille fatigue, que les magmifiques tableaux qui se succédaient devant nos yeux. Vers le soir nous atteignimes le petit village de Mandeville, chef-lieu de la paroisse de Manchester, à plus de 2,500 pieds au-dessus du niveau de la mer. Là, au milieu de pâturages et de bois verdoyants, nous trouvâmes une hôtellerie qui, pour la table et les logements, ferait honneur à l'Angleterre et à l'Amérique, et nous nous empressâmes d’y prendre gîte pour le jour suivant, premier de la semaine. Dans le cours de notre. tournée, nous avions reçu secours et renseignements des Baptistes, des Méthodistes, des Moraves, des ministres et des membres de l'Église anglicane. À Mandeville, nous nous trouvâmes au sein des indépendants ou congrégationalistes. On y a formé une excellente station missionnaire dépendante de la société de Londres; à cette station sont attachées une vaste chapelle, une très-bonne école, etc. Ce fut dans cette chapelle que nous tinmes nos réunions de culte du matin

et du soir. Grand fut le nombre des assistants, et plus grand encore l’amour tout chrétien et la cordialité dont firent preuve les nègres qui se rendirent auprès de nous dans cette occasion. Il serait difficile de trouver une population de paysans plus florissante et d’une meilleure conduite. Beaucoup d’entre eux arrivèrent à cheval au lieu de l'assemblée. Ce fut pour nous une jouissance peu commune, un bonheur bien doux de nous voir réunis de nouveau à nos freres et à nos sœurs de la race africaine, et de boire avec eux à la source de ces eaux qui donnent la vie. Je termine ici cette longue lettre, et suis, etc.

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