‹ Un hiver aux Antilles, en 1839-40Chapitre 28 sur 37 · SN NP FE PR RE ET CRT · texte numérisé non relu

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nous nous retirâmes, pénétrés de tous les sentiments de l'amitié chrétienne pour tous ceux avec qui nous venions de passer ces agréables moments. Puissent-ils ne jamais oublier que pour les hommes publics, non moins que pour les particuliers, l'équité est la seule garantie de la sûreté et de la paix! | Le jour suivant nous retournâmes à Kingston, où nous trouvâmes nos nombreux amis qui ar- . rivaient de Sainte-Croix, et avec eux Miguel Cabrera de Navares, gouverneur de Madrid, qui avait été chargé dernièrement de reviser, en qualité de commissaire de la reine d'Espagne, les lois municipales des colonies espagnoles des Indes occidentales. Nos amis lavaient pris à Porto-Rico, dans la vue de lui procurer un passage pour la Havane, circonstance qui ne fat pas pour moi-même d'une importance médiocre. En effet, le consul d’Espagne à Kingston, tout plein de ces terreurs si naturelles aux partisans de l'esclavage, avait répondu par un refus positif à ma demande d’un passe-port pour Cuba, et se disposait même à adresser au capitaine général de cette colonie une lettre dans laquelle il me signalait comme président de la société abolitioniste ; mais grâce à la recommandation de notre ami Cabrera, il se décida à modifier cette lettre, et ce fut même à son influence per-

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sonnelle que je dus plus tard de débarquer tranquillement à Cuba et d'y être bien recu. Ici nous eümes encore occasion de reconnaître cette main protectrice de notre Père céleste qui prévient tous les besoins de ceux qui n’ont d'autre désir que de le servir.

L'impression d’une petite brochure adressée aux planteurs m’occupa quelque temps à Kingston ; elle était intitulée : Za réconciliation recommandée à tous les partis de la Jamaïque , et avait . pour but de démontrer l'identité absolue qui existe aujourd'hui entre les intérêts des planteurs, et des travailleurs et des abolitionistes, et de les inviter à se réunir tous, d'âme et de corps, en donnant pour base à ce rapprochement, des principes équitables et salutaires, et à travailler de concert à la prospérité de cette noble colonie. Nous avons eu depuis la douce satisfaction d’apprendre que cet appel à la concorde avait été bien accueilli de tous les partis.

Le dernier jour que nous passämes à la Jamaique, 29 du troisième mois (mars), se trouvait le premier de la semaine. Un jour sur sept, ex-

clusivement consacré au repos et au culte , est un privilége précieux et cher à tout véritable chrétien. Nous sentions combien il y avait de L | douceur pour nous-mêmes, et quel besoin nous N) avions de perdre de vue, pendant quelques heures,

LA JAMAIQUE. 271 tout intérêt temporel, toute sollicitude terrestre, quelle qu’en füt l’mportance, pour nous réunir encore une fois avec les hommes nos frères, et nous approcher en esprit de la source de tout bien. Nous tinmes donc notre assemblée du matin dans une chapelle des baptistes ; la congrégation, principalement composée de noirs, y apporta le plus sérieux recueillement ; et au moment où le tableau des malheurs de l'Afrique fut déroulé devant leurs yeux, il fut aisé de voir que ce sujet excitait dans leurs cœurs la plus profonde émotion. La plupart des nègres prennent un vif intérêt au bien-être religieux de tous ces peuples dont ils tirent leur origine; et nous avons les plus fortes raisons pour espérer qu'avant peu on verra des missionnaires noirs partir des Indes occidentales pour aller répandre l’évangile de Christ parmi ces nations africaines ensevelies aujourd'hui dans les ténebres de la barbarie et de l'ignorance. Cet esprit d'amour et de zèle qui s’est éveillé chez eux, en faveur de leurs ancêtres, est une des plus précieuses bénédictions qui ont accompagné leur émancipation.

Nous nous réunimes de nouveau l’après-midi dans la salle des Wesleyens, où nous trouvâmes une nombreuse affluence de personnes de tout rang et de toute classe, et, après avoir encore

une fois appelé leur attention sur ces principes fondamentaux dont le maintien fait de la véritable église de Christ, quels que soient le nom, le pays et la couleur de ses membres, un seul corps, nous dimes un dernier et solennel adieu à la Jamaïque et à ses habitants. Le lendemain matin, nous primes congé de nos amis anglais établis dans la colonie, nous nous rendimes à bord du Whitmore, et aussitôt que le vent et

la marée le permirent, nous fimes voile pour la Havane.

Je suis avec respect, etc.

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