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sieurs des institutions publiques. Nous vimes ; entre autres, deux maisons d’aliénés, qui nous parurent parfaitement tenues; la Beneficencia , ou hospice d'orphelins, où nous trouvames environ trois cents enfants blancs, et qui nous a semblé assez paternellement administrée; un excellent asile de lépreux de toutes couleurs ; et enfin la prison de Tacon, qui renfermait huit cents criminels ; un des côtés de l'édifice est destiné aux blancs, et l’autre aux noirs. La population blanche de Cuba , comparée à la population noire, est, dit-on, comme cent trente est à cent. Le corps de logis de la prison assigné aux blancs paraissait le plus rempli des deux. Les prisonniers travaillent ordinairement à l’entretien des routes et au brisement des pierres; mais lorsqu'ils ne sont pas occupés, on les enferme nuit et jour par chambrées nombreuses, et là, abandonnés à eux-mêmes, ils deviennent pires chaque jour, et forment une véritable école de corruption mutuelle. Dans l'intérieur est un cabaret qui n’échappa point à nos regards; on y débite du rhum , boisson funeste, dont l'usage ne peut qu'accélérer les progrès de la démoralisation. Nous ne pümes nous défendre d’un sentiment bien sincère de commisération pour un capitaine américain enfermé avec ce ramas de bandits. Il jJouissait autrefois d’une grande
considération ; mais, accusé d'avoir détourné à son profit des fonds appartenant à son batiment, apres une détention de six mois, dont il ne pouvait, je crois, se prendre qu'à lui-même, et au désir de tirer son procès en longueur, il avait été condamné à six ans de prison. Miguel de Cabrera eut la bonté de se charger de mettre son affaire sous les yeux de la reine d'Espagne, et nous avons l'espoir que, malgré Île délit dont il est convaincu , il ne tardera pas à être tiré de l’affreuse situation où il se trouve. Tout ce que nous voyions nous fournissait une éclatante et déplorable preuve de la corruption, ou plutôt de la mort morale qui a frappé cette société de marchands d'esclaves.
Dans l’après-midi, on nous avertit qu'il était temps de nous rendre à bord du Wihtmore, où notre obligeant ami Cabrera etle consul d’Angleterre voulurent nous conduire. Après leur avoir fait les adieux les plus affectueux, nous levàmes l'ancre, et ainsi se termina notre tournée de trois jours à la Havane. Cependant une légère avarie dans nos manœuvres nous empécha de sortir du port la même nuit: la soirée était calme, et nous en profitèmes pour tenir, avec nos compagnons de voyage, une réunion religieuse, qu'aucune cause étrangère ne pouvait interrompre. Le lendemain, de très-bonne heure,
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nous passäines de nouveau sous le canon du Moro, et nous mimes en route pour Savannah, en Géorgie.
Peut-être aurais-je supprimé cette partie de mon récit, sans le désir que j'avais d'appeler ton attention sur un sujet qui réunit l'intérêt à l’importance, et sur lequel notre court séjour à Cuba nous à mis à même de recueillir quelques renseignements: je veux parler de la part que prennent les États-Unis au trafic des esclaves.
L Par la construction des bâtiments négriers. Les négriers de Cuba demandent des bâtiments d’un modèle particulier, d’une marche rapide, ou, en d'autres termes, d’une construction appropriée au trafic des esclaves. Or, les Américains, ayant à leur disposition les bois, les capitaux et d’habiles ingénieurs, ont des facilités immenses pour cette construction. Il en résulte qu'ils peuvent suffire à toutes les demandes, et que les neuf dixièmes des bâtiments employés à Cuba pour la traite, dans ces dernières années, ont été construits aux États-Unis , et principalement dans les chantiers de Baltimore. On ne saurait alléguer , pour justifier les constructeurs, qu'ils n'ont pas eu connaissance de la desünauon de ces bâtiments, puisqu'ils différent sensiblement du modele ordinaire des bâtiments
CUBA. JT
de commerce. Souvent ils sont ouvertement commandés par des maisons espagnoles de Cuba qui se livrent à la traite, et auxquelles ils appartiennent, lorsqu'ils sont en état de mettre en mer; et cependant, des registres américains leur sont délivrés, et c’est sous pavillon américain qu'ils font voile pour la Havane. Évidemment il y a ici acte frauduleux : dans d’autres cas, on les expédie par spéculation à Cuba, où ils sont vendus aux négriers, au fur et à mesure des demandes.
IL. Par l'abus du pavillon des États-Unis. Le traité entre la Grande-Bretagne et l'Espagne, de 1835, déclare saisissable, comme négrier, tout bâtiment sous pavillon espagnol, qui, même sans avoir actuellement des esclaves à bord, serait équipé pour ce trafic, pourvu des provisions et instruments qu'il nécessite ordinairement, et dont la présence le caractérise : tels sont les chaînes, les coutelas, la poudre, les faux ponts, les grilles, un nombre de barriques d’eau et un amas de provisions plus considérables que ce qu’exigent les besoins ordinaires, etc., etc. Un acte du parlement, récemment passé, rend les mêmes dispositions applicables au Portugal. Avant cet acte, les négriers espagnols, pour se soustraire à cette disposition du traité, ne manquaient pas de se munir de pièces
de bord portugaises, et de se couvrir du pavillon de la même puissance. C'est à la Havane, le plus souvent, que se fabriquent ce pavillon et ces pièces, et il est d’ailleurs d’autres moyens frauduleux de se les procurer. Cependant, en dépit de l’acte du parlement relatif au Portugal, c'est encore le pavillon de cette nation que l'on préfére à celui de l'Espagne, attendu qu’en cas de capture sous pavillon espagnol , les négriers sont soumis à la décision de la cour de commission mixte séante à la Havane, et que la condamnation entraine le payement d’une forte amende pour les parties intéressées. Nous apprimes que les autorités espagnoles ont soin de se faire payer d’amples rétributions pour les bâtiments capturés , ainsi que pour les esclaves que l’on réussit à importer , et couvrent leur connivence à l'égard de ce trafic en le punissant avec un redoublement de sévérité, quand il vient à être découvert. Au contraire, lorsque les négriers sont capturés sous pavillon portugais, 1ls ne peuvent être condamnés que dans nos cours d’amirauté; et, dans ce cas, on ne prononce aucune punition contre les équipages, qui en sont quittes pour se retirer. Néanmoins, ‘comme aujourd'hui, ni le pavillon de lEspague, ni celui du Portugal, ne sont un abri contre les croiseurs anglais, on a recours, le
plus que l’on peut, au pavillon des États-Unis.
Et, pour y parvenir , on emploie diverses sortes de ruses. Lorsqu'un bâtiment de construction américaine, par exemple, est vendu à une maison de la Havane faisant la traite, arrivé dans ce port, il passe, au moyen d’un transfert frauduleux, du capitaine au second, et se rend en Afrique sous le commandement de ce dernier, avec pavillon et papiers américains. Pendant tout le temps employé à faire sa cargaison d'esclaves, il conserve sa qualité d'américain , et c’est quand elle est au complet que commence sa phase portugaise , pour laquelle il prend secretement toutes ses précautions à la Havane; il se décide alors à tenter l'aventure, et s'en retourne à Cuba , en forçant sa marche pour éviter les croiseurs anglais. Dans ce voyage de retour, le second prend ostensiblement la qualité de passager, mais garde en réalité le commandement du navire.
Une autre combinaison pour pouvoir conser:
ver le pavillon américain jusqu’à ce que cette criminelle opération en soit arrivée au même point, c’est-à-dire, jusqu’à ce que la cargaison soit complète, consiste à acheter le batiment dit Clipper, de Baltimore, livrable sur la côte d'Afrique, en payant une moitié du prix au moment même du marché ; et l’autre moitié en
prenant livraison. Au moyen de cet arrangement, le Chpper fait voile pour l'Afrique , avec son registre américain et sous les couleurs de l'Union. A l’arrivée en Afrique, on coupe le re-
gistre en deux, et on en envoie les deux mor-
ceaux aux vendeurs par deux voies différentes; et, à partir de ce moment , la phase portugaise commence, et le voyage de retour s'accomplit. UT. Par l'assistance que donnent aux négriers les bätiments de commerce américains. En effe , Sh, en définitive, les bâtiments de traite partent de la Havane pour l'Afrique, sous pavillon espagnol ou portugais , les intéressés ont encore recours à une autre manœuvre pour éluder le traité ou Pacte du parlement dont nous avons parlé plus haut. C’est de mettre à la voile sans avoir fait les dispositions intérieures ordinaires, et surtout sans ces articles caractéristiques qui ne manqueraient pas de les trahir, et de leur attirer une condamnation. Cependant des bâtiments américains, qui se rendent sur leur lest à la Havane, les conduisent Jusqu'aux différents dépôts d’esclaves établis sur la côte d'Afrique ; et là, le négrier espagnol, après une traversée faite sans interruption et sans obstacle, trouve tout ce dont il peut avoir besoin en matériel et en approvisionnements. Et de quoi se compose la cargaison de retour de ces bâtiments américains , à leur départ de la côte d'Afrique ?
généralement, nous a-t-on dit, de bultos, balles ou büches d’ébène, c’est-à-dire, de créatures vivantes, raisonnables, qu'ils ont arrachées à l'Afrique, et qu'ils transportent soit aux colonies espagnoles, soit parfois , très-probablement, au Texas, soit enfin, peut-être même dans quelque coin ignoré et sûr du territoire de votre propre république. Tu n’as pas oublié que le négrier le Æound, qui apporta trois cent soixantedouze esclaves à Porto-Rico, ainsi que la goëlette que nous vimes à Antigoa, et qui venait d'accomplir une expédition du même genre, étaient l’un et l’autre américains, et sous le pavillon des États-Unis. Les agents de la société de colonisation, dans leur dernier rapport, ont donné la liste nominative de dix-huit bâtiments qu'ils ont observés sur la côte d'Afrique, employés au commerce des esclaves. On peut toutefois mettre en question si ce sont les mêmes bâtiments qui transportent sur la côte d'Afrique les articles nécessaires pour le trafic des esclaves, et qui prennent les esclaves pour les introduire sur les divers points du monde occidental, ou si ces deux opérations sont exécutées par des bâtiments affectés séparément à l’une et à l’autre. Mais un fait certain, un fait déplorable, qu'on ne saurait cacher, qu'il faut publier au contraire, c'est qu'un grand