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(1) Ainsi appelé du nom du capitaine qui l’apporta des Indes orientales ; c’est l’oranger pamplemousse.
de leurs fruits, les uns verts, les autres d’un or éclatant.
Les branches du cocotier, partant d’un centre commun, divergent comme celles d’un parasol, et c'est dans ce centre, hors de la portée de la main, que sont attachées les grappes de noix de coco. Dans leur état de demi-maturité, ces noix nous fournirent souvent le.breuvage délicieux d’une eau laiteuse et sucrée, prévoyance de la nature admirablement adaptée à ce climat brüûlant. Mais quelque précieux que soit le cocotier sous les tropiques, il est loin d’égaler en beauté le chou-palmiste, ou chou de montagne, qui peut être regardé comme le plus bel ornement de cette ile charmante. Son tronc droit et sans branches, haut de trente à cinquante pieds, légerement renflé vers le milieu, est revêtu d’une écorce grise et lisse, réguliérement divisée en anneaux qui marquent les diverses périodes de la crue de cet arbre. Du sommet du tronc sélève une seconde tige également droite, d’un vert brillant, qui contient le chou si estimé parmi les délicatesses de la table ; au-dessus de cette tige verte, les branches du palmier s’élancent comme celles du cocotier, mais sont infiniment plus nombreuses ; enfin, une baguette très-mince, en spirale, forme la sommité de l'arbre. Le grand chemin entre West-End ou FA
Fredericsted, et Bassin ou Christiansted, siège ? 9
du gouvernement, qui peut être dequinze milles, passe entre deux rangs de cocotiers et de choux-
palmistes plantés symétriquement à droite et à
gauche sur une partie de cette route; ces derniers arbres sont d’une hauteur et d’une beauté remarquables , et telle est la régularité de leur forme, qu’on serait tenté d’y reconnaître un ouvrage de l’art; on pourrait s’imaginer un instant que l’on marche entre quelques-unes des colonnades de Pæstum, ou de Tadmor, dans le désert.
A côté du grand nombre de maux inhérents au gouvernement despotique de cette ile, on peut du moins applaudir à un de ses résultats ; c'est la sévérité avec laquelle il veille à la conservation des arbres. Il n’est permis à aucun habitant d'en couper un seul, même sur sa propriété, et l'importance qu'on y attache ne vient passeulement deleur ombrage et de leur beauté, mais on suppose encore qu'ils attirent les pluies ; et Sainte-Croix ne compte pour sa provision d’eau que sur l’état de l'atmosphère. Un autre résultat heureux du pouvoir arbitraire, c'est d’avoir contraint les habitants à payer le macadamisage (x) deleurs chemins; aussi voyage-t-on à
(1) Mode de pavage ainsi appelé du nom de l'inventeur, ingénieur écossais.
Sainte-Croix d’une manière aussi commode que rapide, et une promenade du soir en voiture, à travers les vallées pittoresques des environs de West-End, est une véritable jouissance, même pour les malades.
À l'extrémité de la verge en spirale du choupalmiste, j'ai bien des fois remarqué un charmant oiseau gris, un peu plus petit qu’une grive, et qu'on appelle le ckincherry. Comme le king-bird de l'Amérique septentrionale, il ose, dit-on, défier le faucon lui- méme, et il règne en maitre sur tous les habitants de l'air. On voit des essaims d’oiseaux-mouches et de petits barbets se disputer le suc des fleurs du cèdre Jaune; des oiseaux noirs, fort éveillés, assez ressemblants au geai, et généralement appelés sorciers notrs , Se rencontrent en grand nombre le long des haies, ainsi qu'une multitude de cailles et de petites tourterelles ; on voit souvent aussi des butors d’une petite espèce raser de l’aile les terres basses
de Pile ; enfin, des pélicans au plumage brun ; , P P 8 ).
planant nonchalamment sur les flots, le long des
côtes, plongeant continuellement pour saisir leur proie, sont aussi nombreux que les mouettes sur les côtes de la Gande-Bretagne. Il peut n'être pas hors de propos de remarquer que toute la partie
sud de Sainte-Croix forme une vaste plaine dont le sol se compose, autant que j'ai pu m'en as-
surer, de coquillages calcaires. Les hautes terres, d'une argile durcie, en couches distinctes et régulières , et formant divers angJles , effet de quelque
grande secousse de bas en haut, bornent l'ile au
nord ; leur ondulation offre le plus singulier spectacle. La plus haute de ces collines est le Mont-Aigle, à 1,200 pieds au-dessus du niveau de la mer. En une heure de cheval, on peut aller de West-End au sommet de Prospect, ou Bodkin-Hill, d’où l'œil parcourt à vol d'oiseau le magnifique ensemble des collines et des plaines qui, toutes, du moins à peu d’exceptions prés, sont consacrées à la culture de la canne. Mais c'est le long des rivages de Sainte-Croix que le voyageur trouvera probablement à employer son temps de la manière la plus agréable. De larges conques et autres coquillages qui jonchent le bord de la mer, des coraux, des madrépores, des éventails de mer, et des éponges des formes les plus curieuses et les plus variées, sans parler des crabes-soldats (r)avec leurs uniformes pourpre et écarlate, et établissant leurs quartiers dans tous les coquillages vides qu'ils rencontrent, ne peuvent manquer d'attirer l'attention des amis de la nature, de ceux même qui, comme moi,
(1) Cancer Bernardus ; c'est le Bernard-l'ermite, le soldat, le pauvre homme.
n’ont que de fort modestes prétentions à la science. Il faut avouer, cependant, que toutes ces curiosités ne sont rien en comparaison de l’ichthyologie de Sainte-Croix.
Le marché au poisson de West-End se tient un peu avant midi, tout pres du rivage, à l'ombre de quelques cocotiers. Épier la rentrée des pécheurs au moment du marché, observer les poissons vivants, pendant qu'ils sont encore dans les barques, ou après qu’on les a déposés à l'ombre sur le gazon, c'est là une source d’amusement presque inépuisable ; on ne peut voir sans surprise la variété des espèces et l’éclat de leurs couleurs. Je ne les connais que par leurs noms vulgaires, ilest vrai, mais je croirais manquer à mon sujet si Je n'indiquais en particulier le grondeur, marqué de bandes alternées, jaune et pourpre; la chèvre, rose clair et argent; le docteur, cuivre bruni ; le welshman, rose clair, avec des raies jaunes ; le Lërd, blanc, avec des taches rouges et brunes; le rock-hind, vert, tacheté de brun; le perroquet, brun foncé, bleu et jaune; le s{/ffishk, d’un rose clair brillant; le blare-eye , rose-clair, avec un œil blanc d’une grandeur extraordinaire; le cochon d'Espagne, jaune brillant et brun; l'ange, pourpre, et de l'or le plus pur. Je pourrais grossir cette liste d’une multitude d’autres noms. Ces poissons pèsent, en
général, d’une à deux livres; ils sont, presque tous, ainsi que beaucoup d’autres, d’une plus forte taille, mais moins brillants, excellents à manger, et une ressource précieuse, même pour les plus pauvres habitants de Sainte-Croix. Notre ami, le docteur Griffith, savant naturaliste des États- Unis, qui se trouvait avec nous dans File, réussit merveilleusement à conserver ces magnifiques animaux, sans que la mort eüt altéré leurs couleurs. J'apprends que depuis il a fait présent de sa collection à une des institutions savantes de Philadelphie.
La ville de Bassin ou Christiansted, beaucoup plus grande que West-End, est agréable et bien bâtie, et possède, en dedans de la barre, un havre excellent. L'hôtel du Gouvernement est élégant et commode. Rien de plus pittoresque que les hautes collines qui avoisinent la ville; les vues dont on y jouit, savoir celle du port et de la côte, situés à leur pied, et de belles plaines qui s'étendent à l’est et à l’ouest, dédommagent de la peine qu’on a eue à y gravir. On peut en dire autant de Bulow-Minda, maison de campagne du gouverneur, jolie résidence située sur une haute colline, à environ deux milles à l’ouest de Bassin, qui offre les plus beaux points de vue, et où l’on savoure un air pur et frais. West- End, cependant, à raison de son grand nombre
d'excellents hôtels, et des charmantes promenades qui se trouvent dans ses environs, mérite la préférence des malades. Le thermomètre, pendant notre séjour, flotta entre 75 et 85 degrés , avec une très-légère variation la nuit. On est obligé d'éviter, pendant le jour, la chaleur brülante du soleil ; mais le matin, de bonne heure, et le soir, on y jouit, en général, d’une température et d’un air délicieux.
On ne saurait désirer un régime plus sain, plus agréable que celui que fournissent le poisson , le porc frais, le mouton, les légumes et les fruits de Sainte-Croix. Les yams, lorsqu'ils sont de bonne qualité, remplacent avantageusement la pomme de terre farineuse ; les plantains mürs et les bananes, ces dernières surtout, sont d’excellents fruits, et, lorsqu'ils sont frits, peuvent être rangés parmi les mets les plus délicats. Rien de plus délicieux que les oranges, les shaddocks et le fruit-défendu, quand ils sont bien choisis et en pleine maturité. On peut y ajouter le sour-sop, le star-apple, et principalement toutes les espèces de mangues. Ce dernier fruit, lorsqu'il est d’une espèce inférieure, a un goût de térébenthine; mais celui de la meilleure qualité est très-sucré, et a quelque chose de la saveur d’une bonne pêche. Cette description peut , à quelque différence près, s'appliquer
aux autres îles des Antilles, pour lesquelles on pourrait dire que la nature a fait des miracles. Notre ami, le docteur Stedman, qui a exercé la médecine dans cette ile pendant un demisiècle, nous envoya un présent de fruits de l'arbre à pain. Ce fruit est rond, de la grosseur d’une noix de coco, et couvert d’une écorce verte divisée en hexagones, comme un gâteau de miel. On nous recommanda de le garder un jour ou deux, puis de le mettre au four; on peut alors le couper par tranches et en faire des rôties pour le déjeuner. Nous y avons trouvé un manger savoureux , agréable , trèsfarineux , et le meilleur succédané qu’on ait encore découvert pour remplacer le pain.
Sur plusieurs habitations, on commençait la récolte du sucre, et nous visitämes la propriété de notre ami Adam Stevenson, de North-End, dans la vue d’y suivre les procédés de la fabrication. Lorsque le vent est assez fort pour faire tourner le moulin, les cannes qui ont été ap-
portées à dos d'âne ou de mulet sont broyées
entre deux cylindres de fer très-rapprochés, qu'on entretient dans un mouvement de continuelle rotation. La liqueur qui en sort est portée, par un long tuyau de bois, à la bouillerie, située au pied de la colline. Là elle est recue dans une grande cuve appelée clarifica-
teur, et passe ensuite par une série de chaudières soumises à différents degrés de chaleur : on la convertit d’abord en sirop, puis en un fluide plus épais, appelé s4ng. Le sling est porté par des rigoles dans des bassines, où il se grene et prend la forme de sucre mêlé de mélasse. Il est ensuite transporté dans des barriques, d'ou la mélasse, graduellement desséchée, tombe dans des récipients placés au-dessous; enfin on obtient un sucre sec et pur, bon à exporter. Le sucre de Sainte - Croix est généralement d'un gros grain, d’une couleur brillante et agréable, et l'emporte de beaucoup par ses qualités sur celui que produisent des terrains plus humides et plus riches. Il n’y a aucune partie de ce précieux végétal qui ne serve à quelque usage. Les feuilles fournissent un excellent fourrage pour les porcs et le bétail; le résidu des cannes, lorsqu’on en a extrait le jus, prend le nom de bagace, et est soigneusement mis en meule sous des hangars, pour servir de chauffage.
Une circonstance qu’on ne saurait trop déplorer, c’est qu’une distillerie est presque invariablement l’accessoire d’une bouillerie, et que deux barriques de sucre donnent au moins un poinçon de rhum. Le rhum nouveau des Antilles est une liqueur séduisante, mais en même temps une des plus funestes à la santé, et l’on
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ne saurait révoquer en doute le nombre considérable de morts prématurées dont elle a été la cause. Notre ami Stevenson ne boit que de l’eau, et, conséquent à ses principes, ne fabrique point de rhum dans son établissement. L’écume du sucre en ébullition qui, avec une certaine quantité de mélasse, sert ordinairement à la distillation du rhum, est repompée dans un clarificateur, et convertie en un sucre qui ne le cède point en qualité à celui qu'il fabrique par les procédés ordinaires. Il affirme positivement que ce système est aussi économique que profitable; et il est fort à désirer que son exemple soit suivi dans toutes les Antilles.
Les exportations en sucre de Sainte-Croix s’élevèrent, en 1839, à 19,428 barriques, de 1,300 livres chacune. Dans quelques-unes des années précédentes , le produit a dépassé 30,000 livres sterling. Tandis que d’un côté cette île tire d’immenses avantages de la vigilance, de l’habileté et des soins d’un corps respectable de propriétaires résidants, d’un autre côté on ne saurait douter que lesclavage n’y fasse sentir son in-
fluence paralysante , et il est notoire qu'un grand
nombre de propriétés ont passé des mains des possesseurs primitifs dans celles des gérants, que d’autres y sont accablées d’hypothèques, et que, depuis plusieurs années, le sol s’y appauvrit
graduellement, et tend à s'épuiser. La prospérité de cette île demande que les propriétés y soient affranchies des charges qui pèsent sur elles, et qu’une économie rurale mieux entendue y restaure un sol fatigué; mais ce sont là des bienfaits que, dans mon opinion, il est réservé à la liberté seule de consigner un jour dans ses annales.
Les esclaves, dit-on , y forment près des quatre cinquièmes de la population, et s'élèvent au nombre d’environ dix-neuf mille. Il fut un temps où le régime auquel ils étaient assujettis était d'une sévérité qui allait jusqu’à la barbarie, et l'on s’apercevait alors que leur nombre subissait un décroissement continuel. Mais, depuis quelques années, le gouvernement danois à établi diverses restrictions qui ont amélioré la condition des noirs. J'apprends qu’il est défendu de les faire travailler au delà de douze heures, c'est-à-dire, de six heures du matin à six heures du soir, avec des intervalles, trop courts quelquefois, pour le déjeuner et le diner. Il a été aussi pourvu légalement à ce qui concerne leur habillementet leur nourriture. Il est aussi défendu ‘ au piqueur qui les conduit aux champs d’avoir à la main un instrument plus redoutable qu’une baguette de tamarinier d’une médiocre grosseur. Douze coups de corde et un emprisonnement
solitaire de peu de durée, et le plus ordinairement, à ce que je crois, dans un lieu éclairé; à cela se bornent les châtiments qu’il est permis au gérant où au propriétaire de leur infliger. La corde dont on se sert est toutefois un dangereux instrument de torture ; et J'ai appris que la réduction de trente à douze, du nombre de coups qu’on pouvait leur appliquer, n’est point une disposition législative, mais seulement le résultat de l'autorité bienveillante du gouverneur général Von Scholten. Tout nègre a le droit d'acheter sa liberté, et, en cas de besoin , une espèce de commissaire priseur fixe le montant de la rançon. La conséquence de ces dispositions philanthropiques est d’avoir amélioré le sort des esclaves, et d’en maintenir le nombre au même chiffre, ou du moins sans augmentation notable. Toutefois, je ne puis m'empêcher de remarquer ici que les dispositions légales quelconques, pour l’adoucissement du sort des esclaves, sont, en général, presque inutiles. Dans les colonies anglaises, l'influence locale rendait constamment infructueuses toutes les mesures de ce genre ordonnées par le parlement de la métropole; et, en dépit de la loi et de la raison, l'homme ne sera que trop souvent disposé, au moment de
la tentation, à user arbitrairement de son pouvoir sur l’homme son semblable. Aussi est-il
très-probable pour moi, que, même à Sainte- Croix , où les lois d'amélioration sont maintenues et corroborées par un gouvernement légal, à la fois vigilant et despotique, il peut se passer de temps à autre des actes d’oppression et de cruauté dont le gouvernement n’a aucune connaissance, et qui échappent, à plus forte raison , à celui qui ne voit l’île qu'en passant.
Mais ce qui est évident, ce qui ne saurait être mis en question, c'est la dégradation de la race nègre, fruit de l'esclavage, dans les îles danoises; c'est l'extrême infériorité de la condition physique, intellectuelle et morale des esclaves, comparée à celle des nègres libérés des îles anglaises. Le trait le plus choquant du système en vigueur, c'est ce qu’on appelle le marché du dimanche. Comme on n’accorde aux esclaves aucun des jours ouvrables pour leurs propres affaires, il en résulte que le premier jour de la semaine, on les voit accourir en foule de toutes les parties du pays, souvent même de quartiers situés à des distances énormes, dans les villes de Bassin et de West-End, où ils viennent vendre leurs denrées et leurs fruits. Or, les cabarets à rhum sont tout près des marchés, et les acheteurs profanent à l’envi ce saint jour. C’est alors une scène, non pas seulement de trafic et d’affaires, mais aussi de vacarme, de divertissements, d’oi-
siveté et de dissipation. Avant de quitter Sainte- Croix, nous fimes une visite au général S‘bôlker, alors gouverneur de l'ile, pour prendre congé de son Excellence, et nous hasardämes d'appeler son attention sur ce sujet, non sans quelques observations sur l’esclavage en général. Il nous écouta de la manière la plus obligeante, et sembla faire des vœux pour des temps meilleurs; mais les derniers mots qu'il nous adressa, comme nous passions le seuil de sa porte et descendions l'escalier, furent : Patience, patience, patience !
Nous avons appris avec une bien vive satisfaction de notre ami le capitaine Von Scholten, frère du gouverneur général, alors en Danemark, qu'une commission a été formée à Copenhague, chargée d'examiner l’état de ces colonies, et dans la vue d’une émancipation plus ou moins prochaine. En attendant, de vastes bâtiments ont été construits dans diverses parties de l'île, pour servir de chapelle et d’école, et donner enfin quelque instruction religieuse et les parties fondamentales de l'instruction primaire à la population nègre. Ces établissements ne sont point encore en activité; mais plusieurs planteurs font les plus louables efforts pour que leurs esclaves puissent apprendre à lire et acquérir quelque connaissance des:saintes Écritures. Un homme de couleur, du nom de Macfarlane, a
été chargé des fonctions d’instituteur, auxquelles il est propre sous tous les rapports ; il dirige une espèce d'école ambulante qui passe d’une habitation à l’autre, et produit les meilleurs effets. Les nègres de ces habitations, instruits de leurs devoirs et de leurs obligations morales et religieuses, sont devenus meilleurs, et infiniment plus utiles à leurs maîtres qu’au temps de leur ignorance.
Les écoles tenues le premier jour de la semaine, sous la surveillance de l’église épiscopale, sont fréquentées par plusieurs centaines d’enfants, noirs, mulâtres et blancs. Quelques planteurs et leurs femmes se sont associés à des personnes de couleur et autres, et chargés de l’enseignement ; cette œuvre pie marche avec succès, sans distinction de caste ou de couleur, soit parmi les maîtres, soit parmi les élèves.
C'est avec une véritable satisfaction que nous avons découvert dans les îles danoises des Antilles l'existence d’une institution qui tire son origine de la métropole, et produit les plus heureux effets, en maintenant la paix parmi les habitants. C’est une Cour de Réconciliation, à Varbitrage de laquelle doivent être soumis tous les différends et toutes les questions de droit civil, avant de pouvoir devenir la matière d’un procès. Il est trésrare que cette cour, où tout se traite à l’amiable,
: Le ka
ne règle pas définitivement ces sortes d’affaires. Il en résulte qu'à Sainte-Croix la profession d'homme de loiest, à peu de chose près, un titre pur et simple; on pourrait presque dire qu’elle n'existe pas du tout. Une semblable institution serait d’un prix infini dans les colonies des Antilles, où les procès sont une source de vexations
et de haines.
Je ne puis terminer cette lettre sans remarquer que la société de Sainte-Croix est pleine d’agréments; et il est impossible de montrer une bonté
| plus hospitalière que celle dont nous avons été l'objet, de la part d’un grand nombre de propriétaires résidants. Aucune secte chrétienne autre que l’église luthérienne danoise n’y est
tolérée par la loi, excepté les frères Moraves, les catholiques romains et l’Église d'Angleterre ; cependant, grâce à une permission spéciale du gouvernement, nous avons tenu dans les deux villes, avant notre départ, plusieurs réunions publiques de culte, qui ont été suivies par des personnes de toute condition et de toute couleur.
Nous avons profité avec empressement de cette | occasion pour promulguer ces principes essentiels du christianisme, source véritable et unique de la pure vertu et du solide bonheur.
Espérons qu'avant qu'il soit longtemps on verra le règne bienfaisant de la loi civile et de Ja
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loi religieuse établi dans les colonies danoises ; et, quand il en sera ainsi, cette île délicieuse, si remarquable déjà par l'égalité de sa température et par tant d’autres avantages naturels, ne peut manquer de devenir la plus agréable résidence, etne le céderait en rien à aucune autre. Quel que soit même aujourd’hui l’état des choses, nous n'avons pu quitter Sainte-Croix, après un séjour de trois semaines environ, sans de profonds sentiments de regret, non moins que de reconnaissance et d'affection envers un grand nombre de ses habitants.
Je suis avec respect, etc.