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BÉBÉS A L'ÉGLISE

aux barrières conduisant à des ruelles, des branches vertes et des festons se déploient dans toute leur splendeur. Partout il entend de la musique et voit des foules de joyeux danseurs autour des arbres de mai. En aucune partie de la Scandinavie le jour de la Saint-Jean n'est plus intéressant que sur les bords du lac de Siljan, dans les paroisses de Leksand, Rattvik, Mora et Orsa, par suite du nombre immense de personnes qui encombrent les grandes églises.

Dans toute la Dalécarlie, la veille de la Saint-Jean, la dalkulla (jeune femme) vient avec des fleurs, et le dalkarl (jeune homme) avec des branches vertes, pour orner l'arbre de mai, au milieu d'acclamations joyeuses et de réjouissances. Le naturel ardemment religieux de la population rurale Scandinave la porte à célébrer tous les festivals en se rendant d'abord à l'église.

Le matin de bonne heure, j'allai me placer sur un monticule dominant le lac Siljan ; l'église de Leksand, bien que proche, était cachée à la vue. Il faisait un temps délicieux ; on ne voyait pas une ride sur la surface du lac, qui ressemblait à un miroir. A cinq heures, j'aperçus les bateaux venant des hameaux, faisant force de rames vers l'église. Beaucoup se trouvaient si éloignés, qu'ils n'apparaissaient d'abord que comme des points noirs grandissant à vue d'œil en approchant, et leur nombre s'accrut rapidement. Puis je pus distinguer les mouvements des avirons, les formes des bateaux et les corsages rouges des femmes qui aidaient les hommes à ramer. Lorsqu'ils abordèrent, je constatai que les bateaux avaient de 35 à 45 pieds de longueur et portaient jusqu'à soixante-dix personnes. De temps en temps sortait d'une embarcation une famille entière, depuis le grand-père jusqu'aux arrières-petits-enfants, et des bébés portés dans les bras ; tous avaient l'air aussi grave que des quakers en se rendant à l'église, où je suivis la foule.

Par terre aussi, un véhicule après l'autre délivrait ses passagers et les chevaux étaient entravés tout autour de l'église. On en voyait beaucoup venir à pied ; chaque fdle tenait d'une main un petit bouquet de fleurs sauvages et de l'autre son livre de prières enveloppé dans un mouchoir brodé par elle; ce mouchoir est épais et ressemble un peu à une petite nappe. A la ceinture de son tablier pend une gibecière brodée également et contenant un goûter composé de pain, de beurre, de fromage et de quelques jeunes oignons, dont ils sont très friands. Les

cordons en cuir du tablier, quelquefois ouvragés en laines de diverses couleurs, finissent par des glands en cuir ou en soie.

Le cimetière était rempli d'hommes et de femmes attendant le commencement du service, — quelques-uns errant parmi les tombes pour mettre des fleurs sur la pierre d'un parent ou d'un ami. Du côté ombreux de l'église, auprès d'une entrée, des personnes lisaient dans leur livre de prières tandis que les enfants jouaient. Les femmes qui devaient participer à la communion avaient l'air grave dans leur large bonnet blanc de forme particulière, à peu près comme celui qu'elles portent en Hardanger en signe de deuil, pour indiquer qu'elles étaient contrites de leurs péchés. Les jeunes filles sont si réservées alors, que leurs amoureux n'osent pas s'aventurer à les visiter, et que plusieurs jours s'écouleront encore avant qu'il leur soit permis de continuer leur cour.

L'église paroissiale de Leksand a la forme d'une croix grecque ; c'est une structure imposante située au sud-est du lac Siljan , près de son déversement, et ses murs blancs, ombragés par le feuillage des arbres, étincellent sous les rayons du soleil. Environ cinq mille personnes se tiennent dans l'édifice qui peut en contenir quatre mille. J'étais dans la galerie qui fait face à l'autel, au banc d'œuvre du vieux riksdagman, qui, de temps en temps, me montrait dans le livre où en était le service. Le spectacle m'impressionna; pendant les chants, la congrégation entière accompagnait l'orgue avec une ferveur incomparable et les couleurs des robes des femmes, mêlées aux sombres costumes des hommes, rendaient la scène pittoresque à l'extrême. Le sermon fut écouté avec attention ; même les cris perçants des bébés — il y en avait peut-être deux cents dans l'église — ne parurent troubler en rien le digne pasteur ni les fidèles; évidemment ils étaient accoutumés à cet accompagnement du service. Souvent les mères quittent leurs places et vontdans une chambre construite expressément pour elles, auprès de l'église, où elles donnent à ces petits êtres les soins qu'ils réclament.

A cause de l'étendue de la paroisse et du grand nombre de paroissiens, la communion est administrée tous les dimanches. Tous s'avancent à l'autel, — hommes et femmes en nombre égal, — chaque sexe occupant la moitié de l'espace, et, après avoir eu leur part de pain et de vin, ils se retirent la tête baissée et retournent à leurs bancs. Pen-

Extérieur de l'église de Leksand.

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