UNE FERME EN DALEGARLIE
dant la cérémonie, toute la congrégation participe au chant et fait entendre les vieux airs usités à l'époque de la Réformation. En certaines occasions, on voit très peu de personnes à la table de la communion ; car ceux qui reçoivent ce sacrement ne peuvent se livrer aux fêles du jour. Après la conclusion du service, toute l'assemblée se retira lentement et en silence. Au delà du cimetière, des groupes se formèrent, se saluant les uns les autres, et beaucoup se garantirent du soleil sous une belle avenue de bouleaux. D'autres allèrent présenter leurs respects au pasteur et à sa femme qui les accueillaient avec un bon sourire, s'enquéraient de leurs familles, félicitaient ceux auxquels était arrivé quelque chose d'heureux et disaient une parole sympathique à ceux qui étaient dans la peine ; en outre, ils invitèrent deux ou trois des principaux fermiers à dîner avec eux. Le presbytère était un beau bâtiment entouré de vastes terrains, ayant une belle vue sur la rivière. Le revenu en est considéré comme un des meilleurs de la Suède. La paroisse étant grande, le pasteur a deux ou trois vicaires pour le seconder dans ses fonctions.
Les gens de Leksand comptent parmi les plus économes et les plus prospères de la Dalécarlie; leur sol est bon et les fermiers sont énergiques; certains des plus clairvoyants ont réussi à acheter dans diverses paroisses de grandes étendues de bois à des prix comparativement très bas ; celte nature de propriété a tellement monté à une époque, que les acheteurs sont devenus riches, au grand chagrin de ceux qui s'étaient défaits de leurs terrains et de leurs arbres quand ils étaient à bas prix. Les fermes peuvent passer pour des modèles de propreté; les maisons sont peintes en rouge vif, avec des bordures blanches autour des fenêtres, et les porches ont des toits en tuiles ou en bardeaux; presque toutes les maisons ont un jardin potager avec des groseillers et souvent un verger de pommiers. Ces gens aiment les oignons à l'excès, et chacun en cultive une planche ou deux.
Avant de nous rendre plus loin, promenons-nous au milieu du peuple de Leksand. De l'autre côté de Sodra-Noret est situé le hameau d'Akero, et, parmi les fermes, on trouve celles de Knubb, de Lang et d'Ersters. On peut considérer Knubb comme la ferme typique de la paroisse. Les bâtiments forment un quadrilatère dans lequel on entre par un porche ; d'un côté est la maison d'habitation avec deux chambres
réservées exclusivement aux invités ; en face se trouve la grange dont on se sert pour battre le grain, etc.
On entre dans la maison d'habitation par un petit hall en face duquel une porte ouvre sur la chambre de la fille. Sur les côtés du hall, deux portes conduisent dans de grandes chambres qui forment le reste de la maison ; celle de gauche est la chambre de famille dans laquelle il y a un grand métier pour tisser la toile ou la laine, et deux ou trois rouets à filer; dans un coin, on a construit une grande cheminée où l'on fait cuire les aliments ; en outre, une table en planches brutes avec quelques bancs et des chaises. Dans la chambre à droite, où l'on conserve les vêtements de la famille, on a placé des armoires et un miroir;
L'Ornasstuga.
sur le mur, on voit écrit : « Congratulation d'Erik à sa femme, » en commémoration d'un anniversaire de naissance. Sur des porches pendaient des jupons appartenant à la femme et à ses filles ; des corsages de robes aux couleurs voyantes ou en peau, des bas, des tabliers, des mouchoirs brodés pour envelopper les livres de prières quand on se rend à l'église. Il avait fallu plusieurs années aux filles pour les tisser, et elles étaient fières de leurs garde-robes, produits de leur propre industrie, toujours prêtes lorsqu'elles doivent se marier afin d'avoir un trousseau digne de leur position et de la fortune de leur famille. Les habits des dimanches du mari et des garçons, et d'autres pour l'usage journalier des enfants, sont rangés en ordre; les vêtements d'hiver en