‹ Un hiver en LaponieChapitre 103 sur 228 · UN LIEU SACRE · texte numérisé non relu

UN LIEU SACRE

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peau de mouton, quelques-uns bordés de fourrure, ont leurs places désignées.

De l'autre côté, en face du porche, est une maison dont l'étage inférieur sert de magasin ou de garde-manger; la partie supérieure, à laquelle on arrive par un escalier aussi raide qu'une échelle, est la chambre du tissage en hiver et sert de dortoir en été ; les lits sont généralement placés les uns au-dessus des autres comme les cases sur les navires ; un autre bâtiment, utilisé comme étable pour les vaches, complète le quadrilatère.

Knubb Erik Andersson, le père, est le vrai type du Dalécarlien ; sa femme s'appelle Anna Mattsdotter ; l'aînée de ses fdles, nommée, d'après sa mère, Anna Ersdotter, est une belle et bonne personne aux yeux bleus ; Margareta, Karin, Maria, et une plus jeune, avec un beau garçon, Anders Ersson, constituent la famille.

A ce moment de l'année, tous étaient dehors dans les bois à la récolte du foin ; mais beaucoup revenaient le samedi soir pour passer le dimanche à la ferme, aller à l'église et rencontrer des amis qui, comme eux, étaient venus ce jour-là.

Une semaine après la Saint-Jean, je me rendis à la foire qui allait se tenir à Mora. Je m'y trouvai avec quelques amis que j'avais invités à y venir avec moi et à être mes commensaux à bord du steamer qui voyage entre Leksand et Mora. Cet endroit est distant du premier de 30 milles et situé au nord extrême du lac Siljan, fort belle nappe d'eau llanquée de collines on pente douce, parsemées de hameaux et de fermes; sur ses bords existent quatre paroisses : Leksand, Râttvik, Sollerô et xMora. La foire commence le 1er juillet et dure trois jours.

Le steamer était rempli de Dalécarliens des deux sexes ; les marchandises encombraient tellement le pont qu'on ne pouvait passer de l'avant à l'arrière qu'avec beaucoup de difficulté. Parmi les passagers, on comptait des marchands allant à la foire avec leurs pacotilles et des touristes suédois. Outre ceux que je connaissais, il y avait une naïve jeune dame de Stockholm, qui me dit avoir suivi mes faits et gestes avec les paysans mes amis ; puis elle s'écria brusquement : « Herr Du Ghaillu, je vous aime ! » Je m'inclinai en lui demandant comment j'avais pu produire sur elle une si bonne impression. Elle répondit : « Parce que vous êtes si excentrique! » A quoi je répliquai par une autre révérence.

Deux fois nous passâmes à côté de flottes de troncs d'arbres de forme triangulaire, remorquées par un steamer jusqu'au déversoir du lac ; nous en vîmes d'autres à l'ancre, attendant un remorqueur. Chacun semblait disposé à se donner du bon temps; la gaieté devint générale après que l'on eut pris des rafraîchissements. Un des fermiers de Mora, auquel j'avais offert un verre de bière, en fut si enchanté qu'il insista pour que j'allasse demeurer dans sa ferme. La navigation était délicieuse; quand nous approchâmes de l'église, les jeunes gens se peignèrent et se bichonnèrent à qui mieux mieux. Je ne m'étonnai pas de ces préparatifs; car la jetée était encombrée de jolies filles venues pour assister au débarquement des passagers. De nombreux véhicules étaient déjà arrivés et les nouveaux venus avaient pris leurs logements dans les hameaux près du champ de foire ; des familles entières couchaient partout où il y avait de la place : les granges mêmes se remplissaient de monde. Point de chambre à obtenir dans l'auberge; quant à l'endroit, il me parut fort joli avec ses nombreuses maisons d'été à l'ombre desquelles on peut dîner et se rafraîchir. Je fus, en conséquence, charmé de l'invitation que me fit Johansson chez lequel je trouvai d'excellents quartiers à Noret, où m'attendait le cordial accueil de son vieux père

et de sa mère.

Non loin du débarcadère se trouve l'église paroissiale, beaucoup moins vaste que celle de Leksand, avec ses murs blanchis à la chaux. Elle contient quelques tableaux curieux, entre autres une représentalion du diable avec une corne effrayante. Cette peinture donne, je suppose, une idée de ce que le peuple pensait de la forme du monstre et de l'opinion populaire régnant sur le prince des ténèbres à l'époque où elle fut exécutée.

A une courte distance, de l'autre côté de la rivière, se trouve Ulmeland, cher aux cœurs suédois ; car c'est là que le grand Gustave, fondateur de la dynastie des Wasa, fui caché dans un cellier par la femme de Matts Larson. Quand ceux qui le cherchaient pour le tuer arrivèrent, celte femme, qui brassait de l'aie, posa une cuve sur la trappe qui conduisait en bas. La voûte est la seule chose qui reste de la vieille maison ; mais sur cette voûte on a construit un sanctuaire enrichi de tableaux historiques dont l'un est de la main de Charles XV. Ce fut avec une forte émotion que je descendis dans ce petit cellier ;

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