‹ Un hiver en LaponieChapitre 106 sur 228 · DÉPART POUR. L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DÉPART POUR. L'ÉGLISE

signée, souvent avec quelque difficulté, chacun pensant que le bout de la table était assez bon pour lui ; on croirait commettre une inconvenance si l'on s'asseyait tout de suite à sa place. Quand vint mon tour, j'imitai les natifs. Je résistai bravement et il fallut bien cinq minutes pour me faire arriver à ma place; une fois casé, je devins doux comme un agneau. Les mères et les sœurs étaient dans la cuisine, entourées des servantes et préparant les plats; les fils regardaient si les commensaux avaient assez à boire. Les plats, en nombre incalculable, firent le tour de la table et constamment on nous suppliait de manger davantage ; on semblait croire qu'un jour de noce on peut manger et boire des heures entières sans en ressentir les effets.

Parmi les convives se trouvait un couple ayant une belle ferme mais point d'enfants; quand le poisson fit le tour de la table, ie sueeérai 1 idée qu ils ne devaient pas le laisser passer sans en prendre et j'ajoutai que j'arrivais du Nord, où le peuple mange beaucoup de poisson et procrée de grandes familles. Ma motion fut accueillie par de bruyants éclats de rire, et le couple s'exécuta de bonne grâce en se servant l'un l'autre, au milieu de la joie générale.

Je venais de quitter la table et je prenais l'air dans la cour, lorsque je me sentis saisir à bras le corps ; c'était le père de la fiancée qui insista pour que je le suivisse chez lui et que je recommençasse un autre festin. Je m'excusai et je résistai, mais en vain; je devais manger, je devais boire; le refus n'était pas une réponse et je finis par me demander si je pourrais continuer cette vie-là pendant six jours encore. A sept heures le hameau était en pleine gaieté; chacun se sentait heureux, très heureux, car on avait bu sans cesse à la santé de la fiancée. Comme nous étions au moment des vacances, on avait obtenu la permission de transformer la salle d'école en salle de bal ; trois musiciens jouaient du violon dans un coin et des centaines de danseurs se trémoussaient à qui mieux mieux. On buvait ad libitum, les jeunes gens des familles respectives donnaient tout ce que l'on demandait. Les danses continuèrent toute la nuit; la mariée devait danser avec tous les cavaliers ; quant au fiancé, qui n'était pas très bien portant, on lui Permit de rentrer chez lui ; sans cela il aurait été obligé d'en faire autant avec chaque femme. Le second jour la danse commença dans après-midi, et de nouveau la mariée dut être présente et danser avec

ses amis. Elle avait enlevé les fleurs qui ornaient sa robe de noce et les avait remplacées par le mouchoir brodé qui enveloppait son psautier le jour de son mariage.

Le troisième jour, il y eut un intervalle dans les réjouissances ; les convives étaient très fatigués, ayant à peine pris du repos; ils se plaignaient de violents maux de tète causés par l'absence de sommeil et l'absorption exagérée d'aliments. On appelle ce mal de tête copparlagare, parce qu'on dit que ces battements des tempes ressemblent aux coups frappés par un chaudronnier en train de raccommoder une casserole. Je souffris un peu d'avoir trop mangé et trop bu; mais, malgré ma réserve, je ne pouvais toujours refuser de répondre au skal d'un ami. Ici un verre de vin, là un verre de bière, ailleurs autre chose. Je m'en allai dans une ferme voisine avec des amis, qui, eux-mêmes, étaient exténués. Dans une chambre, il y avait un lit où couchaient le père et la mère; je me jetai sur l'autre où la fille dormait déjà.

Le quatrième jour, les bombances recommencèrent et continuèrent jusqu'au samedi à midi. Rien ne manqua. Dans l'après-midi, les mariés s'assirent dans la chambre principale de la maison de Liss, où les invités qui allaient retourner chez eux vinrent l'un après l'autre leur dire adieu et les remercier du plaisir qu'ils leur avaient procuré. Chacun, en partant, mettait dans la main de la fiancée quelques banknotes que, sans les regarder, elle introduisait dans une grande sacoche en toile attachée à sa ceinture; c'était le cadeau du départ et chaque invité, dans la mesure de ses moyens, donnait de l'argent à la mariée. Les filles du hameau avaient tenu conseil et décidé que toutes donneraient la même somme. Une mariée considérée reçoit souvent ainsi une somme considérable qui met à même le jeune ménage de commencer la yie gaiement. Je trouve cette coutume bonne et pratique; je lis aussi mon offrande; je souhaitai au jeune couple longue vie et bonheur, puis je partis après les avoir embrassés.

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