CHAPITRE XXI
Encore en Dalécarlie. — Aimables compagnes de voyage. — Lof Kistin. — Vangsgarde. — lion accueil à Kaplans. — Palak. — Marts. — L'église du hameau d'Orsa. — Un cadeau compromettant. — Costume d'Orsa. — L'église d'Orsa. — Une belle population. — Teint exquis des jeunes femmes. — Orsa, pauvre paroisse. — Le bétail d'une ferme. — Hameaux éloignés de la grande route. — Ma première introduction chez eus. — Nous sommes grands amis. — Leurs amicales lettres. — Trois amis. — Grand nombre de veuves. — La ferme de Guiis. — Départ pour les Fabodar.
Une aimée s'étail écoulée depuis le mariage du fils de noire vieux riksdagman lorsque je revins en Dalécarlie. La foire de Mora étant passée, je me rendis à Orsa el je puis dire que nulle autre partie de la Scandinavie ne m'a laissé de plus doux souvenirs. J'avais dans ma voilure Lof Kistin, pauvre veuve à la tête d'une petite ferme, ayant plus d'enfants que de têtes de bétail, et qui, par son travail, pouvait (oui juste se suffire; mais, en dépit de sa pauvreté, elle était bonne et son visage, battu par le temps, offrait l'image de l'honnêteté. Mon autre compagne se nommait Smids Kisti, de Stenberg, aimable fille qui revenait avec le produit d'un cochon de lait, âgé de deux mois, qu'elle avait vendu à la foire moyennant un bon prix. Elle était enchantée à la pensée d'augmenter cette petite somme avec ce que je lui donnerais pour m'avoir conduit; elle avait offert une place à la pauvre Kistin, qui, le matin, avait l'ail à pied tout le chemin pour se rendre à la foire'.
Nous bavardions gaiement; il se faisait lard, aussi la route n'était
elle pas trop foulée et nous ne rencontrâmes que quelques femmes, les unes portant leurs bébés sur le dos, ou des filles et des jeunes gens retournant à leurs fermes. En me rendant à Orsapour voir mes vieux amis, je remarquai partout les restes des festons de la Saint-Jean. Après un trajet de 8 milles, nous déposâmes Lof Kistin devant sa porte ; en nous quittant elle me dit : « Paul, nous n'avons point de bétail maintenant chez nous ; mais j'ai dans l'étable une vache laitière, et, demain, les enfants vous porteront du lait doux et de la crème. »
Un peu plus loin, j'entrai dans le hameau de Vângsgârde, où, lors de mon premier voyage, Skradder Anders Hansson m'avait invité à m'arrêter chez lui en disant : « Américain, arrêtez votre cheval, passez la nuit ici! vous serez le bienvenu dans ma ferme; j'ai pris du beau poisson dans le lac et vous aurez un bon souper. J'ai un frère en Amérique et je désire que vous vous arrêtiez chez moi. Je vous en prie, quand ce ne serait qu'une nuit; j'ai un bon cheval et une bonne maison, et, demain, je vous conduirai où vous voudrez; je vous donnerai tout le lait que vous pourrez boire ! » Je ne pus résister à ses instances et mon chariot entra dans la cour de sa ferme, au milieu des acclamations joyeuses de tous ceux qui étaient présents. Je fus royalement traité par Anders et par sa femme Kirstin. Malheureusement elle ne parlait que le vieil idiome et j'eus beaucoup de difficulté à la comprendre. Anders était un des meilleurs cœurs que j'eusse jamais vus. Bientôt nous fûmes intimes. Rien n'était trop bon pour moi et je passai la nuit dans sa petite maison. Skradder, belle ferme, appartenait à mon ami, lequel passait en outre pour un excellent forgeron, et son état lui rapportait de quoi bien vivre ; il avait la réputation d'être un pêcheur émérite et aussi quelque peu chasseur. Il m'invita à venir le voir aussi souvent que je le voudrais. « Paul, dit-il, je ferai construire un étage de plus, ce sera votre chambre; de là, vous aurez une belle vue sur le lac Orsa. »
Mais celte année la grande porte donnant sur la cour de Skradder était fermée ; personne ne se trouvait à la maison. Je continuai mon chemin et j'arrivai à Holn, hameau adjacent; je mis pied à terre devant Kaplans, où mes amis Per Persson et son excellente femme, Kislen. me reçurent à bras ouverts; leurs visages rayonnaient de joie; ils m'attendaient depuis plusieurs jours, ayant appris que j'étais en