‹ Un hiver en LaponieChapitre 108 sur 228 · EN ROUTE POUR ORSA · texte numérisé non relu

EN ROUTE POUR ORSA

Dalarne; la petite Kisten, douce et délicieuse enfant qui m'aimait autant que je l'aimais, sauta sur mes genoux, et leurs fils, Per et Hans, me firent toute sorte de questions. Skradder Anders avait recommandé que l'on me dît qu'étant obligé de se rendre dans les prés pour meuler le foin, je ne devais pas manquer de l'y aller voir.

A mon tour, je m'informai de mes amis : lesquels étaient mariés, lesquels étaient morts depuis ma dernière visite? La moisson promettait-elle d'être bonne? Pendant ce temps, la petite Kisten, assise sur mes genoux, me montrait ma photographie, que j'avais envoyée à ses parents. Gomme j'étais attendu, la mère avait préparé un bon repas; ils avaient aussi séché du foin nouveau pour mon lit, qui était dressé dans le grenier au-dessus de la grange. Des peaux de mouton fraîches et des couvertures le garnissaient, et, quand je me retirai, ils me dirent : « Paul, les puces ne vous gêneront pas. » Le lendemain malin de bonne heure, Lof Kislin arriva avec un seau de lait doux.

Plus d'un fermier a un état. Nous avons vu que Skradder Anders était forgeron ; Kaplans Per exerçait la profession de tailleur et avait acquis de la réputation pour sa manière de confectionner les culottes. Sa petite maison et sa. ferme reluisaient de propreté et sa femme était une excellente ménagère; ils m'aimaient tant qu'ils voulaient me faire manger toutes les deux heures. A la vérité, les repas étaient très simplement servis ; point de nappe; souvent on mettait la poêle à frire sur la table ; on servait le beurre dans un seau, afin d'être sûr qu'il y en aurait assez, avec du pain pour au moins dix personnes; ils paraissaient heureux de pouvoir me donner du lait, de la crème, des framboises, et autres choses qu'ils savaient que j'aimais.

Gontiguë à la ferme de Per Persson s'en trouvait une autre du même nom appartenant à Hans Olsson, dont la famille se composait de sa femme, d'un fils et de deux filles et d'un jeune maître d'école. A cùlé était située Pâlaek. Ici le mari n'existait plus et il avait laissé une veuve avec six enfants, quatre filles et deux garçons ; les trois filles aînées étaient nubiles et aidaient aux travaux de la ferme ; les plus jeunes y prêtaient la main selon leurs forces. J'admirais les deux petits garçons; ds ne murmuraient jamais quand on leur donnait quelque chose à faire, el semblaient empressés d'aider leur mère et leurs sœurs.

Sur les bords du lac Orsa était situé le hameau de Lunden. Je fus

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heureux d'y aller voir Mârts, pauvre ferme possédée par une digne veuve, Anna Andersdotter, qu'aimaient beaucoup mes amis de Kaplans. Le temps avait creusé des rides sur sa figure bronzée mais honnête, car elle et sa fille Kerstin avaient à rudement travailler, la ferme étant petite et ses produits pas toujours suffisants pour les entretenir ; néanmoins elles insistèrent pour que je partageasse leur modeste ordinaire. Depuis, Kerstin s'est mariée à un garçon énergique qui, je l'espère, sera digne de sa femme ; mais une lettre que j'ai reçue d'elle me dit que la bonne vieille Anna est décédée.

A environ 2 milles de Holn, se trouve Orsa Kirkoby (l'église du hameau), endroit particulièrement laid, consistant en soixante ou soixante-dix fermes ou dépendances, réunies ensemble au hasard. En été, les étables attirent des essaims de mouches qui mordent avec tant de persistance, qu'après trois heures du matin on ne peut plus dormir. Ces gens ne prennent aucune mesure pour s'en garantir et les moustiquaires leur sont inconnus. Les moustiques aussi abondent, ainsi que les puces, excepté à la station. Si un incendie éclatait par un grand vent, cet endroit serait entièrement détruit. Le veilleur parcourt constamment les rues pendant que les habitants dorment, et crie les heures de la nuit. Je prenais plaisir à voir ce vieux bonhomme qu'accompagnait une jeune et jolie fille.

Les naturels de ce hameau n'étaient point hospitaliers et n'offraient à l'étranger ni lait ni nourriture. A cette époque, l'auberge était très fréquentée; beaucoup de fermiers venaient acheter des provisions avant de partir pour leur ferme. Il y avait plusieurs magasins autorisés à vendre de la bière et du vin. Cet endroit est un centre d'affaires ; rarement les acheteurs le quittent sans avoir absorbé beaucoup de verres de bière ou de vin norvégien fait avec des baies et contenant une forte dose d'alcool. La vente (U^ spiritueux étant défendue, le vin doit être fort. Un jour, les environs de l'auberge furent plus bruyants que d'habitude. Les jeunes hommes de la bevaring revenaient et fêlaient leur retour chez eux en buvant avec leurs amis. La bevaring est une institution militaire, composée de jeunes gens âgés de vingt et un à trente-cinq ans, qui doivent faire l'exercice pendant trois semaines les deux premières années.

La dernière fois que je vins ici, j'appris que le cadeau d'une bague

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