DE FERME EN FERME
Sur le grand chemin de Mora au lac Skattungen s'embranchent une infinité de routes étroites, raboteuses, conduisant à de nombreux hameaux cachés à la vue par des collines ou des bois. Là, les gens sont primitifs et sincères ; il me semble encore entendre les éclats de bienvenue qui me saluaient sur le seuil de chacpie ferme.
La première fois que je visitai un de ces hameaux, je le fis en compagnie de Skradder Anders, qui voulut me présenter à un de ses amis, Gubb Ole Andersson, propriétaire d'une très bonne ferme à Wiborg. Je ne m'étendrai pas sur l'accueil que je reçus, ni sur la grande émotion des voisins, qui accoururent lorsque Anders donna de minutieux détails sur sa connaissance avec moi, sur ce qu'il avait appris du ricksdagsman de Leksand, et ce que lui dirent beaucoup d'autres personnes qui m'avaient vu à la foire de Mora. Il parla aussi des lettres spéciales du gouverneur, d'une entre autres pour Mangs Hans Ersson de leur paroisse, bonde bien connu de Stackmora ; et, pour couronner le tout, il leur affirma que j'étais le meilleur garçon du monde. Tels furent mes litres de créance lors de ma première visite, et le chaleureux accueil que tous me firent prouva que l'allocution d'Anders avait eu l'effet désiré et que ses amis croyaient en ses paroles.
Je n'avais plus besoin d'introduction dans Orsa, ni ailleurs dans les environs. Partout où j'allais, je voyais la joie du ménage; je fus traité comme \m de leurs parents et j'appris à connaître la vie intime de ce peuple au cœur chaud et bon. L'Atlantique nous sépare; des mois et des années ont roulé dans l'éternité, mais les mêmes cœurs battent chez les Dalécarliens ; mes vieux amis pensent encore à moi et m aiment. Souvent mes pensées se reportent à ces jours écoulés, à cette nature aimante, pure et loyale que l'on trouve encore de loin en loin au milieu de notre monde agité et affairé, mais tout spécialement en Scandinavie. Si nous ne pouvons nous voir, il nous est au moins possible de nous écrire; et que leurs simples lettres sont belles! Là, point de pensées cachées, point de phrases étudiées ; tout coule de source; ils disent ce qu'ils pensent et jamais je n'ai mieux su comhien ds m'aimaient que depuis que je les ai quittés. Combien leurs expressions sont tendres! N'était la signature, j'aurais souvent pris la lettre ûun homme pour celle d'une femme. J'en ai reçu d'eux près de tr°is cents dans une année, et j'en ai conservé beaucoup; parfois j'aime
à les relire; elles font revivre en mon esprit des amis qui sont bien loin, mais non oubliés.
Par une brûlante journée d'été, je dis adieu à Holn et à Vangsgarde, et un trajet agréable me conduisit aux hameaux de Olionsby et de Wiborg, situés à environ 2 milles de la grande route. Les fermes de ces deux endroits sont disséminées et un étranger ne sait pas quand il entre dans l'une ni quand il quitte l'autre.
Dans bien des paroisses ou districts judiciaires, il y a un morceau de terre public, comme la vaine pâture en Angleterre, appelé aUmarimg, où les gens du hameau ont droit de faire paître leurs troupeaux. Il y a aussi des forêts communes. Si quelqu'un de la paroisse, désirant bâtir une maison, peut prouver qu'il ne possède pas le bois nécessaire pour cet objet, il adresse une requête au juge du district et celui-ci ordonne au garde général et à deux membres du conseil communal de lui faire délivrer le bois pour construire.
Presque toutes les fermes appartenaient à quelqu'un de mes amis, et il me serait difficile de dire où j'ai élé le mieux accueilli. Je me souviens seulement qu'il me fut impossible d'avoir faim ; car je ne pouvais entrer dans une maison sans qu'on plaçât un mets quelconque devant moi, et tout refus était hors de question; je n'aurais pas osé le faire sans courir le risque de déplaire à la famille. J'avais mangé chez un voisin, je devais encore manger chez l'autre; peu importait si j'avais pris mon repas seulement une heure auparavant. Une rivalité semblait exister entre eux Ions pour se surpasser en boulé à mon égard. Quand j'allais dans une ferme, immédiatement le mari el la femme, le fils et la fille insistaient pour que j'y passasse la nuit, el, si je m'étais engagé ailleurs, ils me priaient de ne pas quitter le hameau sans faire de même chez eux. Ils voulaient que leur cher ami Paul fût heureux ; car Paul étail en pays étranger et ils craignaient qu'il ne se sentît isolé cl triste. Je leur rendais leur affection cl je m'efforçais de leur plaire de mdle manières. Ils appréciaient les simples souvenirs dont je leur faisais présent, comme s'ils eussent été «le In plus grande valeur. Souvcni je pense à ces hameaux où j'ai passé des heures si agréables à étudier ces natures primitives, dans lesquelles je découvrais chaque jour des traits caractéristiques qui m'avaient été inconnus jusque-là.
Une particularité dufpays est bonne à noter. Chaque fois (pic je
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