DR FERME EN FERME
rencontrais une Dalkulla, elle sortait de sa poche, en signe d'amitié, un morceau de sucre candi et me le donnait, ou elle insistait pour que j'en prisse au moins une écaille; ou bien elle me faisait prendre à sa bouche un peu de la kada qu'elle mâchait : refuser aurait été manquer de politesse.
Pendant que j'étais en Orsa, je fus frappé du grand nombre de veuves que j'y trouvai. Je ressentais de la tristesse à voir tant de familles livrées aux seuls soins de pauvres mères. « D'où cela vientil? demandai-je. — Paul, me répondit-on, l'argent est dur à gagner, nos fermes sont pauvres et nos enfants nombreux ; nos maris sont obligés de travailler aux carrières de pierre meulière; la poussière qu'ils respirent est malsaine et cause leur mort prématurée ; telle est la raison pour laquelle vous voyez tant de veuves. » En ces cas, la mère se charge de la ferme, et les enfants, toujours respectueux, font de leur mieux pour lui venir en aide,.
Mes amis de Guns étaient ceux pour lesquels j'avais le plus de sympathie. Cette ferme appartenait à Anna, qui était restée veuve avec cinq fdles dont les plus âgées avaient vingt et dix-huit ans; avec le reste de la famille, elles se chargeaient de tout l'ouvrage de la ferme, excepté celui de la charrue et du battage. Elles accomplissaient un rude travail durant l'été, surtout pendant la moisson et l'époque du déplacement. Elles semblaient heureuses lorsque je les aidais à meuler le foin.
Enfin arriva le moment de quitter le hameau. Les gens avaient rassemblé et séché les feuilles des aunes, les champs avaient été sarclés. et les pommes de terre labourées ; chaque jour, on partait pour les fabodar, ou aaeters.
C'est là que je prie le lecteur de vouloir bien me suivre.